Épargne verte : Goodvest et Time for the Planet lancent une assurance vie pour flécher l'argent vers le climat

Aligner enfin épargne et climat : une promesse encore trop rare dans l’industrie financière. - © Westend61 / stock.adobe.com

Publié le par Florence Santrot

Ils avancent depuis des années sur des terrains différents, mais avec une intuition commune : l’argent peut – et doit – devenir un outil de transformation écologique. D’un côté, Time for the Planet, qui a convaincu des centaines de milliers de citoyens d’investir dans des innovations capables de réduire les émissions de gaz à effet de serre. De l’autre, Goodvest, pionnière d’une épargne alignée avec l’Accord de Paris. Deux trajectoires qui, chacune à leur manière, cherchent à réconcilier finance et impact, mais qui restaient jusqu’ici parallèles.

Aujourd’hui, leurs trajectoires se croisent dans un produit commun : une assurance vie conçue pour flécher l’épargne vers des projets à impact réel, structurée avec la société de gestion Ecofi et distribuée notamment via l’assureur Spirica.

Une rencontre entre deux visions de l’impact

L’idée n’est pas née d’un calcul marketing, mais d’un constat partagé. Chez Time for the Planet, les actionnaires (plus de 600 000) expriment depuis longtemps le même besoin : aller plus loin.

“Nous avions beaucoup de retours de gens qui nous disaient qu’ils aimeraient bien pouvoir aussi mobiliser leur épargne pour des choses très concrètes, pour la transition, parce qu’ils ont un sentiment flou généralisé sur ce qu’il se passe avec leur épargne”

Un homme souriant avec une barbe se tient dehors, éclairé par la lumière naturelle.

Arthur Auboeuf

Cofondateur de Time for the Planet

Car derrière les promesses “vertes”, une opacité persiste. “On nous dit un peu partout ‘c’est green’, mais on ne sait pas bien ce qui se passe avec, nous disent ”, poursuit-il. Goodvest, de son côté, s’est construit sur cette même exigence de clarté, avec une sélection drastique des investissements, excluant notamment les énergies fossiles, l’armement, le tabac et toutes les entreprises qui violent le Pacte des Nations Unies.

Un produit hybride, entre obligations vertes et innovation

Le produit conçu ensemble repose sur un équilibre précis : 10 % des fonds sont directement investis par Time for the Planet dans des innovations climatiques de rupture, et 90 % dans des obligations vertes. “Nous avons créé ce produit en collaboration avec la société de gestion du Crédit Coopératif”, précise Arthur Auboeuf, en référence à Ecofi, partenaire clé dans la structuration du fonds.

Concrètement, il s’agit de financer des entreprises ou des projets compatibles avec une trajectoire climatique exigeante. “Nous avons créé un fonds à 1,6 degré en termes de trajectoire climat”, précise Joseph Choueifaty, CEO de Goodvest. Pour atteindre ce niveau, la sélection repose sur plusieurs filtres : exclusion sectorielle, analyse des émissions sur les trois scopes et prise en compte de la biodiversité. Des partenaires spécialisés, comme Carbon4 Finance, sont mobilisés pour évaluer l’empreinte carbone des entreprises financées.

Rendement et impact : un faux dilemme ?

Reste une question clé : faut-il sacrifier la performance financière pour investir de manière responsable ? Sur ce point, les deux entrepreneurs veulent tordre le cou à une idée reçue. “Il n’y a pas de sacrifice sur la partie rendement”, assure Joseph Choueifaty. Le fonds vise environ 5 % de rendement annuel, avec des performances globales pouvant osciller entre 3 et 7 % selon les profils.

Un positionnement qui s’explique par la nature du produit : une base obligataire, considérée comme une brique défensive dans un portefeuille.

Le vrai angle mort de la transition : notre épargne

Au-delà du produit lui-même, c’est un angle mort que les deux cofondateurs veulent éclairer : l’impact de l’épargne sur le climat. “On parle beaucoup des actions individuelles, mais quand on regarde les ordres de grandeur, savoir ce qu’on fait avec son argent a un impact bien supérieur”, souligne Arthur Auboeuf.

Il raconte ces profils engagés au quotidien – vélo, alimentation végétale – mais dont l’épargne finance, à leur insu, des activités polluantes. “Ils ont 200 000 euros sur des assurances vie qui font l’inverse de ce pour quoi ils se battent tous les jours… In fine, cela annule complètement leurs actions, c’est dommage.”

Transparence et pédagogie, les deux chantiers

La promesse du produit repose aussi sur un effort de transparence. Même si certaines contraintes réglementaires, notamment de l’AMF, retardent la publication complète des investissements, l’objectif est clair : rendre lisible ce qui ne l’est pas. Distribué via des partenaires comme Spirica, le produit entend aussi instaurer un nouveau standard de lisibilité.

En deux semaines, plus de 700 contrats ont déjà été ouverts, et le fonds a dépassé les 15 millions d’euros collectés.

Pour ses créateurs, ce produit n’est pas une fin en soi, mais un signal. Un test, aussi, pour une industrie financière encore en transition. “Cela donne un exemple… et nous espérons que cela va inspirer d’autres offres similaires”, déclare Joseph Choueifaty. Reste maintenant à voir si ce type de produit peut changer d’échelle… et peser réellement dans l’orientation de l’épargne.

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