Maisons “sans facture d'électricité” : Octopus Energy exporte son pari en France

Deux ouvriers Octopus Energy installent un panneau photovoltaïque sur la première maison "0 facture" en France, dans le Val-d'Oise. - © Octopus Energy

Publié le par Florence Santrot

Faire disparaître la facture d’électricité pendant au moins 5 ans. La promesse paraît trop belle. Pourtant, Octopus Energy, qui alimente déjà plus de 600 000 clients en France et est leader au Royaume-Uni, jure que la recette est désormais mature. “On prend quatre éléments ultra-maîtrisés : une isolation correcte, une pompe à chaleur, des panneaux solaires et une batterie. Et on crée du lien entre les quatre”, explique Lancelot d’Hauthuille, co-directeur général France.

C’est là que réside l’innovation : pas dans la technologie brute, mais dans l’orchestration. Le fournisseur d’électricité – également installateur de panneaux photovoltaïques et de batteries – utilise sa plateforme Kraken pour piloter automatiquement les flux d’énergie toutes les 15 minutes : quand charger la batterie, quand la décharger, quand consommer l’électricité produite en direct, et même quand revendre au réseau.

Vue aérienne de techniciens installant des panneaux solaires sur le toit d’un bâtiment carré.
Si Octopus Energy ne vend pas de pompes à chaleur en France, l'énergéticien est aussi installateur de panneaux solaires et de batteries. © Octopus Energy

Le rôle clé de la “flexibilité intelligente”

Pour arriver à cette facture d’électricité à 0, le principe est simple : la maison autoconsomme environ 85 % de ce qu’elle produit, le reste étant absorbé ou revendu au bon moment. “On ne peut pas demander à quelqu’un de se lever à 3 heures du matin pour bénéficier d’un signal de prix sur le marché. Donc on le fait pour lui, résume Lancelot d’Hauthuille.

En optimisant chaque quart d’heure, Octopus récupère des revenus issus de la flexibilité – ces services rendus au réseau – et les partage avec le client. Résultat : une facture garantie à 0 euro pendant au moins cinq ans, hors usages très intensifs. La recharge de la voiture électrique – environ 2 000 kWh/an – est exclue du programme, par exemple, elle est facturée à part. Ce modèle déjà déployé avec succès au Royaume-Uni, au Pays de Galles, en Allemagne et en Nouvelle-Zélande, compte déjà 5 000 maisons sont accréditées. D’ici 2030, l’objectif est d’atteindre les 100 000 maisons dans le monde.

Une première maison “sans factures” dans le Val-d’Oise

La France rejoint donc la liste des pays du programme. Octopus Energy France tient déjà fait sa première maison zéro facture, située à Bessancourt, dans le Val-d’Oise. Elle combine panneaux solaires, batterie, pompe à chaleur et isolation performante. Une deuxième maison vient d’être validée dans les Hauts-de-France. Pour l’instant, l’énergéticien étudie chaque dossier au cas par cas. Toiture orientée nord, ombrage massif, isolation trop faible… certains projets échouent encore au filtre pour que l’équilibre soit trouvé.

Mais la cible réelle, celle qui permettra de passer à l’échelle, se trouve ailleurs : les logements neufs. Avec plus de 100 000 maisons individuelles construites chaque année en France et des normes d’isolation déjà élevées, le terrain est favorable. “Dès que les promoteurs adoptent le modèle, ça décolle. C’est ce qu’on observe au Royaume-Uni”, assure le dirigeant. Un lotissement qui se construit, un quartier réhabilité… autant de gisements potentiels pour déployer ces maisons zéro facture en masse.

Deux camionnettes de techniciens sont garées devant une maison moderne en cours d'installation solaire.
La première maison accréditée "Zéro Facture" par Octopus Energy est une maison neuve dans le Val-d'Oise. © Octopus Energy

Un chantier encore complexe pour les rénovations

Pour les maisons anciennes, l’histoire est moins simple : financer une rénovation globale reste coûteux, et la pose de panneaux + batterie suppose des artisans formés. “Le solaire n’a de sens qu’avec une batterie. Sans stockage, on crée des pics de production inutilisables”, insiste Lancelot d’Hauthuille. Avec la baisse du prix des batteries et panneaux photovoltaïques, le couple solaire + stockage est devenu très intéressant, même sans soutien public comme des aides à l’achat ou à l’installation.

Reste l’épineuse question des usages excessifs. L’offre garantit l’électricité gratuite sur un profil de consommation “raisonnable”, évalué statistiquement. Pas de seuil chiffré affiché dans le contrat, mais Octopus Energy pourra suspendre la garantie en cas de dérive majeure – une manière d’éviter l’effet rebond du “c’est gratuit, alors je chauffe à 23 °C”. Concrètement, si un client venait à dépasser de 50 % la consommation d’une maison comparable à la sienne, Octopus Energy essaierait de comprendre l’écart et, le cas échéant, cette surconsommation pourrait être facturée.

Une expérimentation réaliste ou un coup marketing ?

Sur le principe, la combinaison isolation + PAC + solaire + batterie est solide. Les chiffres français le montrent : une maison bien isolée et bien équipée peut tomber sous les 30 % d’électricité importée. L’ajout d’un pilotage ultra-fin comble presque entièrement l’écart. “On peut par exemple imaginer que le système va pousser davantage la chauffe d’une maison dans l’après-midi, quand la consommation et les tarifs de l’électricité sont bas. Cela permettra qu’elle soit encore à 19 °C en soirée quand vous rentrez du bureau”, détaille le responsable. Techniquement, oui, une maison peut durablement tendre vers 0 euro, surtout si elle ne recharge pas un véhicule électrique ou ne gère pas une piscine.

Reste la question de l’échelle. Le modèle nécessite batteries, installateurs formés, promoteurs convaincus et un cadre réglementaire favorable à l’autoconsommation collective – un chantier encore lent en France. Octopus Energy y croit malgré tout et croit à son objectif de 100 000 “Zero Bills Homes” dans le monde d’ici 2030. Atteignable ? “C’est un pari, mais dans les pays où nous avons commencé, l’attraction est réelle”, répond Lancelot d’Hauthuille.

Au-delà de l’effet “waouh”, ces maisons esquissent ce que pourrait devenir le logement français : moins dépendant du réseau, plus flexible, et producteur net d’énergie propre. Un habitat où l’électricité s’achète moins au mégawattheure qu’à l’intelligence de pilotage. Autrement dit : une facture qui disparaît, et une nouvelle manière d’habiter l’énergie.

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