Navi Radjou : “L'économie frugale, ce n'est pas une punition, c'est une croissance régénérative”
Navi Radjou promeut l’économie frugale. Crédit : Anna Racota/DR.
Publié par Florence Santrot | Mis à jour le
Faire mieux avec moins. Et si la croissance retrouvait du sens ? Dans son nouveau livre, Navi Radjou propose une révolution douce qui passe par l’économie frugale. Explications.
Auteur, conseiller en innovation et penseur globetrotteur, Navi Radjou publie, en cette fin mai, la version française de son ouvrage manifeste Économie frugale, construire un monde meilleur avec moins (Pearson, 2025), paru aux États-Unis fin 2024. Quinze ans après ses premiers travaux sur le sujet, publié notamment dans le best-seller collectif L’innovation Jugaad, cet ancien de la Silicon Valley invite à rebattre les cartes d’un modèle économique à bout de souffle, en misant sur l’ingéniosité locale, la sobriété volontaire et une redéfinition profonde de la valeur.
Derrière le mot frugal, pas de repli ou d’austérité, mais une invitation à l’efficacité joyeuse et une croissance qualitative plutôt que quantitative. Celle qui conjugue les ressources locales, les systèmes d’entraide, et une vraie capacité à penser autrement la production comme la consommation. Rencontre avec un penseur lucide et optimiste, bien décidé à replacer l’humain et la nature au cœur du projet économique.
Avec ce nouveau livre, vous continuez à creuser le sillon de la frugalité. Quelle est votre motivation ?
Navi Radjou : En réalité, ce livre est le fruit d’un long cheminement. Il y a quinze ans, j’ai commencé à m’interroger sur la manière dont les entreprises pouvaient faire mieux avec moins. Je travaillais alors avec de grands groupes comme Renault, qui a notamment conçu la Logan dans une logique d’ingéniosité et de simplicité. En parallèle, j’observais ce qui se passait dans les pays du Sud, comme l’Inde où j’ai grandi. Là-bas, la frugalité n’est pas un choix idéologique, c’est une nécessité quotidienne. Et pourtant, cette contrainte stimule une créativité formidable.
Puis la crise financière de 2008-2009 a été un tournant. On a vu émerger des alternatives frugales, comme les plateformes de partage – BlaBlaCar, Airbnb, etc. J’ai senti qu’un basculement s’opérait, que les vieux repères économiques ne suffisaient plus. Mais à l’époque, les esprits n’étaient pas prêts. Aujourd’hui, avec les crises climatiques, sociales, sanitaires, les gens sont plus réceptifs. Il f
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