Créé en 2023 par Paul de Preville et Martin d’Hoffschmidt, Ensol fait partie de cette nouvelle génération d’entreprises qui veulent rendre l’autoconsommation plus simple et plus performante. À ce jour, la société revendique un peu plus de 1 000 clients équipés en panneaux photovoltaïques, batteries ou bornes de recharge. Son positionnement ne tient pas à son ampleur – encore modeste – mais à sa promesse : tout intégrer sous un seul toit. Et si Ensol n’opère pour l’heure que dans le sud de la France (PACA, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine), elle ambitionne de se déployer dans les huit régions de l’Hexagone courant 2026.
Installation, pilotage, stockage, suivi, optimisation et même participation aux mécanismes d’équilibrage du réseau : Ensol propose un guichet unique, là où le solaire résidentiel reste souvent éclaté entre plusieurs prestataires et solutions techniques. La pièce manquante vient d’être ajoutée : une application de pilotage intelligent, lancée il y a une semaine, qui orchestre automatiquement les principaux postes de consommation énergétique du foyer. Un changement profond, à la fois technique et culturel : la maison cesse d’être passive pour devenir un acteur du système électrique.
Piloter 80 % de la consommation du foyer : une bascule silencieuse
La plupart des solutions du marché s’intéressent aux “petits usages” : ampoules connectées, objets domotiques, programmations ponctuelles. Ensol prend le problème à l’inverse. “Notre application pilote les équipements qui comptent réellement : la batterie reliée aux panneaux photovoltaïques, le chauffe-eau, la pompe à chaleur, la borne de recharge du véhicule électrique… et potentiellement d’autres usages lourds. Ces postes représentent environ 80 % de la facture d’un foyer”, explique Paul de Preville. C’est donc là que se joue l’essentiel.
L’app suit en temps réel la production solaire, les besoins du foyer, la météo, les heures creuses, et jusqu’aux signaux envoyés par le réseau électrique. Elle décide automatiquement du meilleur moment pour consommer, stocker ou restituer l’énergie, sans modifier le confort des habitants. Le chauffe-eau, par exemple, chauffe en priorité aux heures d’ensoleillement ; en cas de mauvais temps, il bascule sur les heures creuses. La batterie se charge en journée avec l’excédent solaire, puis se décharge le soir lorsque l’électricité est plus chère. La borne de recharge gère la voiture pour la rendre prête quand il le faut, tout en minimisant la facture.
Le tout est automatisé, même si les utilisateurs ont tout le loisir d’ajuster certains paramètres en quelques clics. Un départ en vacances, des invités qui viennent peser ponctuellement sur la consommation globale de la maison, un besoin supérieur en eau chaude… ils peuvent ajuster les besoins s’ils en ont envie mais n’ont pas à surveiller l’application au quotidien. “Le plus souvent, nos clients laissent tout se faire automatiquement, ils veulent juste une facture la plus basse possible”, résume Jean Bastin, directeur énergie d’Ensol.
Quatre étapes pour tendre vers la facture à 0 €
La vision d’Ensol repose sur quatre étapes successives, qui jouent toutes sur le même levier : réduire la facture grâce à un meilleur usage du solaire. La première est de produire soi-même. Cela passe donc par l’installation de panneaux photovoltaïques. Soit les propriétaires du logement s’en sont déjà occupés, soit Ensol peut fournir et installer les dalles. En moyenne, cela permettrait de réduire de 40 % sur la facture, uniquement grâce à l’autoconsommation.
La deuxième étape est le stockage. Ajouter une batterie permet de déplacer l’énergie excédentaire captée dans la journée en soirée. Ici, Ensol annonce – 20 % supplémentaires sur la facture. Ensuite, vient la nouveauté : le pilotage intelligent permettrait d’aller chercher – 30 % de réduction additionnelle (environ 300€ par an par foyer), en déplaçant le fonctionnement des appareils vers les moments les plus avantageux. Grâce à de petits modules domotiques, placés sur le chauffe-eau par exemple, Ensol peut mieux lisser la consommation sans avoir d’impact sur le quotidien des habitants de la maison.
Valoriser la flexibilité
Enfin, la quatrième et dernière étape est la valorisation de cette flexibilité. En période de tension sur le réseau – par exemple lors d’une vague de froid –, Ensol peut décaler légèrement la consommation de certains équipements (pompe à chaleur, chauffe-eau, batterie, borne). Les clients sont alors rémunérés pour cet “effacement”. Cela peut aller jusqu’à environ 250 € par an, sans perte de confort.
C’est ainsi que certaines installations particulièrement bien optimisées atteignent même une facture nette négative sur une année. Ensol donne l’exemple d’un couple de retraités à Antibes, équipé de six panneaux et d’une batterie 5 kWh, qui affiche – 104 % sur son coût annuel d’électricité, grâce au pilotage et à la valorisation de la flexibilité. Ce n’est pas toujours possible (notamment si on possède des équipements énergivores comme une borne de recharge automobile ou une piscine), mais certaines configurations permettent de tendre vers une facture à zéro euro.
Dans les coulisses, une centrale électrique virtuelle
Derrière ces fonctionnalités se trouve une idée plus vaste, à l’échelle de l’Hexagone : agréger les foyers équipés pour créer une véritable centrale électrique virtuelle. Chaque maison devient un micro-producteur-consommateur pilotable. En les regroupant, Ensol peut rendre des services d’équilibrage au réseau – exactement comme une centrale classique – et rémunérer ses clients pour cette participation.
Plus le réseau Ensol gagne en taille, elle vise 300 000 foyers électrifiés d’ici 2030, plus la flexibilité disponible augmente. Plus la flexibilité augmente, plus les revenus potentiels s’élèvent. Un modèle cumulatif, qui repose sur une promesse : faire du résidentiel un acteur central de la stabilité énergétique. “Chaque foyer devient une brique d’un système plus intelligent et plus résilient”, résume Jean Bastin.
Un guichet unique dans un marché encore morcelé
Ensol veut aussi effacer un des obstacles à l’adoption de l’autoconsommation en France : la complexité des démarches. Trouver un installateur pour les panneaux, un autre pour la batterie, un fournisseur pour le rachat de surplus, des objets connectés pour suivre la consommation, parfois un agrégateur pour la flexibilité… Peu d’acteurs unifient vraiment ces briques.
C’est sur ce point qu’Ensol construit aussi sa singularité : un seul interlocuteur, du diagnostic à l’installation, jusqu’à la gestion quotidienne de l’énergie. La société installe elle-même les panneaux (fournis par le français DualSun), les batteries (Huawei), les bornes de recharge (Alfen ou Wallbox) et les pompes à chaleur (Mitsubishi) ; conçoit son propre système de pilotage ; et agrège les équipements au sein d’un réseau national via sa plateforme logicielle.
La prochaine étape est déjà évoquée : devenir, à terme, fournisseur d’énergie décentralisée pour regrouper en une seule ligne la facture d’électricité, les revenus issus du réseau et la revente de surplus.
Pour l’instant, Ensol ne dispose pas encore de l’agrément, mais l’objectif est clair.
Rendre l’autoconsommation accessible : place à la location
Autre particularité de l’entreprise : proposer une offre de location de panneaux solaires (à partir de 50 € par mois) et, depuis peu, de batteries. Une façon d’éviter une partie de l’investissement initial – souvent autour de 10 000 € pour une installation complète – et de rendre le solaire accessible aux foyers qui ne souhaitent pas mobiliser leur épargne.
La batterie est ainsi disponible en abonnement, à partir de 30 € par mois pour un modèle 5 kWh. Pour la société, c’est aussi un moyen d’accélérer la diffusion du pilotage intelligent, cœur de son modèle énergétique.
Vers une maison vraiment active
La maison pilotée n’est plus un concept. Ce n’est plus seulement l’idée d’un bâtiment qui consomme moins, mais d’un foyer qui s’adapte, optimise, anticipe et participe à la stabilité du système électrique. Un foyer qui produit localement, stocke intelligemment, restitue au bon moment, et devient un acteur à part entière de la transition énergétique.
Avec son application, Ensol propose une version très concrète de ce futur : simple en surface, sophistiquée sous le capot. Et même si le modèle devra encore faire ses preuves à grande échelle, il dessine un paysage où les foyers deviennent, enfin, des partenaires du réseau. Un nouvel ingrédient pour une transition énergétique plus fluide, plus locale, et plus intelligente.
La Suntech : industrialiser le solaire français
Ensol n’agit pas seule. Elle est l’un des initiateurs de la Suntech, un réseau qui rassemble quelque 80 entreprises françaises du photovoltaïque – start-up, installateurs, industriels, bureaux d’études… Objectif : lever les freins structurels du secteur, de la simplification administrative à la formation de techniciens, en passant par la baisse de la TVA sur les équipements solaires.
Une manière de montrer que la transition énergétique ne se joue pas seul ni uniquement dans le logiciel, mais aussi sur le terrain, sur les toits, dans les démarches, et dans la capacité à former et installer rapidement.