Villes et canicule : quelles solutions pour résister aux fortes chaleurs ?

Une fontaine dans le centre-ville de Bordeaux. Avec la végétalisation et la création de zones d'ombre, voici une solution pour se rafraîchir en ville. - © Eléonore H / stock.adobe.com

Publié le par Arnaud Pagès

Nos villes suffoquent déjà et ce n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend. Selon les travaux de la TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour s’adapter au changement climatique), le mercure pourrait dépasser les 50 °C l’été pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, dans la plupart des agglomérations françaises d'ici quelques années.

Concrètement, ce groupe d'études, qui dépend à la fois du Ministère de l'Aménagement du territoire et du Ministère de la Transition écologique, anticipe une hausse des températures moyennes de 2,7 °C à l'horizon 2050 sur l'ensemble du territoire national, avec un réchauffement progressif du climat année après année. Alors que les épisodes caniculaires ont déjà un impact désastreux sur la qualité de vie des citadins, les villes cherchent la parade. Tour d'horizon des initiatives les plus pertinentes pour gagner en fraîcheur.

La végétalisation, l’arme la plus simple contre la chaleur

Installés dans l'espace public, les végétaux sont en mesure de faire baisser naturellement les températures de plusieurs degrés. À Nice, la nouvelle coulée verte, dite Promenade du Paillon, illustre parfaitement ce principe. Composée de 1 600 arbres, de 6 000 arbustes et de 50 000 plantes vivaces sélectionnées pour leur résistance au changement climatique, elle permet de relier à pied la promenade des Anglais au théâtre national sans subir les fortes chaleurs.

À Paris, la municipalité prévoit de planter 170 000 arbres partout où cela est possible d'ici 2026, dont certains seront resserrés pour former des canopées protectrices, et de végétaliser 120 nouvelles rues et places, pour proposer des environnements plus respirables lors des canicules. À Bordeaux, le projet "Bordeaux grandeur Nature" repose sur des micro-forêts urbaines et des îlots boisés qui, selon les élus, "procurent, pour 100 m², des baisses de 1°C dans les rues adjacentes en cas de pic de chaleur".

Créer des “milieux urbains protéger” pour rendre la ville plus agréable à vivre

"La végétalisation doit être pensée à l'échelle locale, en créant des parcs, des promenades ou des squares où il va être possible de planter abondamment. C'est le moyen le plus simple pour mettre en œuvre des milieux urbains protégés, qui vont beaucoup moins surchauffer et qui seront plus agréables à vivre", explique Clément Gaillard, urbaniste, consultant et designer indépendant spécialisé dans la conception bioclimatique.

Autre exemple des bienfaits de la nature : les “corolles végétalisées” mises au point par la start-up Urban Canopée. Déjà présentes dans différentes villes françaises et étrangères, notamment Metz, Arles, Orléans, Lausanne, Sidney ou encore Atlanta, ces structures métalliques recouvertes de plantes grimpantes peuvent rafraîchir l’air ambiant dans un périmètre de 50 m² autour d’elles grâce au phénomène d'évapotranspiration, ce qui permet de déployer facilement des zones tempérées dans chaque quartier.

L’ombre et l’eau, nos alliées inattendues

L'ombre joue aussi un rôle clé dans la quête de fraîcheur des villes. À Toulouse, la municipalité a multiplié les pergolas en bois végétalisées et les voiles d’ombrage dans de nombreux quartiers, ce qui permet un gain allant jusqu'à -5 °C. À Lyon, une structure géante de 1 500 m² de voiles, haute de 6,5 mètres, a été expérimentée cet été Place Bellecour, pour que les habitants et les touristes puissent supporter plus facilement les envolées du mercure. Dans le sud de l'Europe, en Espagne, en Grèce ou en Italie, plus habituées aux fortes chaleurs, ce sont désormais des rues entières qui sont équipées de ce type de dispositifs.

La fraîcheur vient aussi de l'eau. À Séoul, en Corée du Sud, la restauration de la rivière Cheonggyecheon, autrefois recouverte par une voie rapide dans les années 60, a fait naître une promenade de 11 km qui est moins chaude de près de 6 °C. Au centre de Rennes, c'est un tronçon de 270 mètres de la Vilaine, jusqu'ici cachée sous une dalle de béton, qui va renaître en 2028, dans un environnement végétalisé de 4 hectares, avec des températures plus basses.

À Poitiers, la municipalité propose une zone de baignade sécurisée sur la rivière Clain, avec un bassin aménagé en bordure de l'îlot Tison, disponible chaque été. Idem à Paris où, depuis les Jeux olympiques, il est désormais possible de nager dans la Seine grâce à trois sites ouverts en juillet et en août.

Innover par les toits, changer les revêtements au sol…

D'autres aménagements viennent compléter l’arsenal contre la chaleur. À l’instar du mouvement Cool Roof, qui préconise de recouvrir les toits de peinture blanche pour rafraîchir les bâtiments, certains quartiers de Los Angeles ont vu leurs rues peintes avec un revêtement gris, appelé CoolSeal, qui réfléchit les rayons du soleil et réduit la température au sol de 9 °C.

À Lyon, sur l’esplanade Moncey, c'est un asphalte beige grenaillé qui a été choisi pour limiter le stockage de la chaleur. À Toulouse, les revêtements sombres sont progressivement remplacés par des matériaux plus clairs pour obtenir le même effet.

Des villes-refuges face aux canicules

Un cran plus loin dans l'adaptation aux températures extrêmes, la ville de Paris peut activer le plan canicule lorsque la hausse du mercure atteint un niveau jugé dangereux. Dans le détail, 1 300 points d'eau et fontaines, 175 brumisateurs, 100 ombrières, 140 parcs et jardins ouverts 24h/24 sont mis à disposition des habitants. Ce dispositif est renforcé par 17 espaces climatisés dans quinze mairies d’arrondissement, avec la possibilité d'en ouvrir dix autres rapidement dans d’autres équipements municipaux en cas d’affluence importante.

Même son de cloche à Marseille où la municipalité ouvre largement, pendant les mois d'été, des espaces publics rafraîchis, de nombreux équipements climatisés – maisons de quartier, centres d’animation, musées, bibliothèques, piscines, centres sociaux – ainsi que des parcs, des squares et des jardins dans chaque arrondissement. "L'espace public est en train de devenir un refuge climatique. C'est l'endroit où les citadins vont pouvoir se mettre à l'abri en cas de fortes chaleurs, car il aura été réaménagé pour répondre aux besoins de fraîcheur et de confort", conclut Clément Gaillard.

En multipliant ces refuges de fraîcheur, les villes ne cherchent pas seulement à survivre aux canicules : elles esquissent un nouveau modèle urbain, où l’adaptation climatique devient un art de vivre.

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