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Lena Hartog : “La mode est l’exemple le plus marquant de la surconsommation”

Aux Pays-Bas, elle s’active à sa manière pour la planète. Son objectif : transformer l’industrie de la mode. Et promouvoir la Slow Fashion.

Lena Hartog
Lena Hartog veut transformer en profondeur l'industrie de la mode en faisant la promotion de la Slow Fashion. Crédit : Astrid de Rengervé et Carla Dominique.
Lena Hartog veut transformer en profondeur l'industrie de la mode en faisant la promotion de la Slow Fashion. Crédit : Astrid de Rengervé et Carla Dominique.

La Néerlandaise Lena Hartog, 30 ans, vit à Amsterdam, où elle s’engage pour le climat depuis plusieurs années. Elle a participé à des campagnes très diverses en faveur d’une transformation de nos modes de production et de consommation, avant de se focaliser sur l’industrie de la mode. Aujourd’hui, elle est à la tête du “Slow Fashion Movement“.

Changearth Project est une série de portraits de jeunes engagés pour la transition écologique, partout en Europe. Co-créé par deux étudiantes, Astrid et Carla, ce projet vise à mettre en lumière ces jeunes qui se mobilisent en faveur du climat et de la biodiversité, et à inspirer les autres à faire de même. Tout au long de l’été, WE DEMAIN va publier une fois par semaine l’un de ces portraits engagés.

L’activisme, une activité à part entière ?

Lena a d’abord été sensibilisée aux inégalités sociales au travers de son Master en sociologie. Puis c’est grâce à la lecture de This changes everything de Naomi Klein qu’elle a pris conscience de l’urgence climatique, et de son lien direct avec les problématiques sociales qui lui tenaient déjà à cœur. Elle a alors commencé à militer pour des enjeux clés mais encore négligés de la lutte contre le dérèglement climatique. C’est ce qui l’a amenée à participer à la campagne Fossil free il y a quelques années, pour pousser institutions et entreprises à retirer leur argent des énergies fossiles. Elle s’est par la suite concentrée sur le voyage durable, bien avant que ce sujet ne devienne un incontournable de l’activisme pour le climat. 

La jeune femme a ainsi pris part au projet Sail to the COP : avec plus de 36 activistes, chercheurs et entrepreneurs engagés – dont Adélaïde Charlier -, elle a traversé l’Atlantique en bateau pour rejoindre le Chili, où devait se dérouler la COP25. Si les négociations climatiques se sont finalement déroulées à Madrid en raison des manifestations au Chili, ils ont quand même pu mener à bien leur voyage et produire un rapport sur le voyage durable, porté à la COP par d’autres bénévoles.

Par la suite, elle a également dirigé l’ONG CollAction, une plateforme de “crowdacting” qui vise à “faire d’un engagement individuel, comme décider de manger vegan pendant un mois, un mouvement collectif avec un impact important“. C’est également sur cette plateforme qu’a débuté le Slow Fashion Movement il y a 3 ans, un mouvement au sein duquel Lena s’engage désormais pour faire évoluer l’industrie de la mode, qui est pour elle l’exemple le plus marquant de la surconsommation“.

“Les jeunes ont un rôle à jouer dans la transition”

Si Lena a multiplié ses engagements pour l’environnement, elle le souligne, il n’est pas facile de gagner sa vie dans ce domaine. “Le capitalisme ne va pas financer sa propre transformation“. Elle a longtemps été amenée à cumuler plusieurs activités pour conserver son indépendance financière, et effectuera toujours une partie de son travail de manière bénévole.

Malgré cela, elle soutient que les jeunes ont un véritable rôle à jouer dans la transition écologique. En effet, ils se trouvent dans une position unique. “Ils font moins partie du système actuel que les générations précédentes, mais ce sont ces nouvelles générations qui façonneront les modes de vie et standards culturels de demain“. Surtout, ils ont encore le temps de choisir leurs études, leur carrière, et d’essayer différentes manières de s’engager pour trouver celle qui leur permettra de contribuer au mieux à l’évolution de la société.

Le Slow Fashion Movement, quand l’action individuelle devient collective

L’expression “Slow Fashion” s’est construite en opposition à la Fast Fashion, une industrie responsable de 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, d’après l’ADEME. Elle est aussi connue pour ses conditions de travail désastreuses, ayant mené à des catastrophes comme celle du Rana Plaza en 2013. Après avoir visionné le documentaire “The True Cost” sur Netflix, qui dénonce la réalité sociale et environnementale derrière l’industrie de la mode, un groupe de jeunes a décidé de lancer un défi sur la plateforme CollAction et les réseaux sociaux. Durant ces trois mois de “détox”, ils n’achèteraient aucun nouveau vêtement. La première année, près de 2 500 personnes ont relevé le défi, suivis par 15 000 l’année d’après. Désormais, des dizaines de milliers de personnes y participent chaque été partout dans le monde. 

Face au succès du challenge, Lena et d’autres activistes ont lancé le “Slow Fashion Movement“. L’objectif : “construire une communauté globale de militants qui font campagne en faveur d’une mode plus responsable“. Le mouvement et ses branches internationales proposent du contenu sur les réseaux sociaux et des événements en physique ou en ligne pour sensibiliser aux problèmes de l’industrie de la mode, tout en mettant en avant les alternatives existantes. Pour rejoindre le mouvement, rien de plus simple : “n’importe qui peut devenir ambassadeur ou ambassadrice sur les réseaux sociaux, proposer et repartager des posts, créer un groupe national pour proposer un contenu adapté à sa propre culture, ou encore participer à la prochaine saison du défi Slow Fashion !

Réduire l’impact écologique et social de nos vêtements, mode d’emploi

Comme Lena nous l’a très justement rappelé, “avoir un comportement écoresponsable implique d’abord de se demander ce dont on a réellement besoin, ce qui fait notre bonheur“. Il faut ainsi savoir faire preuve de sobriété. En l’occurrence, apprendre à faire le tri dans son placard et à se demander de combien de nouveaux vêtements on a réellement besoin, sans se laisser influencer par les réseaux sociaux ou la publicité. “Le but, c’est d’utiliser, de réparer ou d’échanger les vêtements qu’on a déjà, et d’acheter uniquement les quelques articles par an dont on a vraiment besoin.”

Le modèle “The Buyerarchy of Needs” résume bien ces conseils. Inspiré de la pyramide de Maslow, il classe les pratiques de la plus à la moins durable. D’abord, utiliser les vêtements qu’on possède déjà. Puis emprunter un habit à quelqu’un. Ensuite, échanger ses vêtements avec son entourage. Ou bien en acheter dans des boutiques de seconde main, voire les fabriquer soi-même. Enfin, consommer neuf, auprès de marques plus éthiques et durables, si nécessaire.

Des labels de Slow Fashion pour identifier les marques réellement engagées

Afin de distinguer une marque engagée d’une autre qui fait du greenwashing, on peut se référer aux labels internationaux. Ou à des plateformes comme Good on you qui jugent les marques selon des critères sociaux, environnementaux, et de transparence. Quoi qu’il en soit, Lena nous conseille de privilégier les petites entreprises innovantes de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). En effet, si certaines grandes entreprises commencent à changer leurs pratiques, “elles ont encore beaucoup d’efforts à faire pour limiter leur impact sur la planète“. Il existe également de plus en plus d’initiatives qui visent à favoriser l’échange de vêtements entre voisins, comme le propose The Clothing Loop aux Pays-Bas.

Enfin, si les vêtements éco-responsables coûtent parfois plus cher que ceux de la fast fashion, “il ne faut pas oublier que ces prix reflètent bien mieux le travail et l’énergie nécessaires à leur production“. Et pour tous les budgets, la seconde main reste l’alternative à privilégier. En plus d’être abordable, elle est encore plus favorable à l’environnement puisqu’elle seule permet d’économiser toute l’énergie nécessaire à la production d’un vêtement neuf. 

Trouver sa place dans la lutte contre le réchauffement climatique

Lena compte continuer à travailler activement pour le mouvement Slow Fashion. Mais également se pencher sur “l’impact psycho-sociologique du changement climatique“, à l’instar de Joanna Macy, éco-philosophe et auteure du livre Active Hope (L’espérance en mouvement). Elle envisage de lancer une entreprise à impact qui proposerait du tutorat climatique au travers d’ateliers et de formations menés par de jeunes scientifiques. “Je voudrais aider les autres à reprendre espoir et à trouver leur place dans la lutte contre le changement climatique“. 

Cette jeune femme et activiste a été la première personne que nous avons rencontrée durant notre périple. Elle nous a conseillé, comme à tous les jeunes, d’échanger avec le plus de personnes possibles. C’est comme cela que l’on trouvera la meilleure manière de s’engager pour la planète. Elle a été une véritable source d’inspiration pour le reste de notre voyage. Merci Lena !

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