“En classe de cinquième, je me demandais ce que je pourrais faire comme métier plus tard, se souvient Arnaud Delorme. Je voulais comprendre pourquoi j'étais là, et j'ai décidé que j'allais découvrir ce qu'est la conscience” – cette expérience subjective de l'existence, dont personne ne parvient à déterminer la nature, même si une activité neuronale semble bien y être liée. Arnaud, aujourd'hui âgé de 52 ans, est donc devenu neuroscientifique.
Après presque trente ans d'exercice et quantité d'expériences – certaines menées sur des phénomènes inexpliqués qui impliqueraient une conscience non localisée dans notre cerveau -, il envisage plutôt la conscience comme "une force de la nature, présente partout mais se concentrant dans certains endroits, tel le cerveau qui opérerait comme une sorte de contenant". Ses réceptacles ne seraient toutefois pas forcément constitués de nos stocks de neurones. La conscience pourrait peut-être même se détecter dans une intelligence artificielle.
Quand l'esprit vagabonde…
Bien avant ChatGPT, Arnaud Delorme avait déjà utilisé l'IA pour sa thèse soutenue en 2000, qui portait sur les réseaux de neurones connectés du système visuel, et combinait expérimentations et modélisations à la fois chez le singe, l'homme et la machine."Un travail exceptionnel", estime Simon Thorpe, son directeur, toujours impressionné par cet étudiant hors norme, qui avait obtenu simultanément une maîtrise de biologie et une d'informatique avant d'enchaîner avec un DEA de sciences cognitives."Il a une extraordinaire capacité à mener différents choses en parallèle. Pendant sa thèse, il a développé une version ultraperformante du logiciel SkyNet pour simuler des réseaux de neurones."