BioLit, le programme qui transforme les promeneurs en sentinelles de la biodiversité côtière

À marée basse, l’observation des algues et des espèces qui vivent sur les rochers permet aux participants de BioLit de contribuer au suivi de la biodiversité du littoral français. - © ACALU Studio/Stocksy / stock.adobe.com

Publié le par Florence Santrot

Observer des algues à marée basse. Photographier un rocher. Noter l’heure, le lieu, la météo. Et, sans forcément le savoir, contribuer à mieux comprendre l’état de santé des côtes françaises. C’est tout le pari de BioLit, un programme de sciences participatives qui transforme les balades en bord de mer en outil scientifique. Avec une idée simple : pour protéger le littoral, encore faut-il apprendre à le regarder.

Le littoral est une zone frontière. Ni tout à fait terrestre, ni totalement marine. Une bande étroite, souvent piétinée, parfois bétonnée, toujours exposée : aux embruns, aux tempêtes, aux pollutions, au tourisme de masse. Et pourtant, c’est l’un des milieux les plus riches en biodiversité. Une mosaïque d’habitats où algues, mollusques, crustacés et micro-organismes cohabitent dans un équilibre aussi subtil que fragile. Problème : cette biodiversité est encore mal connue. Trop vaste pour être étudiée uniquement par les chercheurs. Trop mouvante pour se contenter de quelques campagnes ponctuelles. C’est là que BioLit entre en scène.

La science participative comme levier de connaissance

Lancé pour suivre l’évolution de la biodiversité du littoral français, BioLit repose sur un principe désormais bien rodé : mobiliser les citoyens pour collecter des données à grande échelle, dans la durée. Promeneurs, habitants du littoral, scolaires, associations locales… chacun peut contribuer, à condition de respecter des protocoles simples et accessibles.

Le programme propose plusieurs actions, selon les régions et les façades maritimes. Sur l’Atlantique, la Manche et la mer du Nord, l’accent est mis sur les côtes rocheuses et l’observation des grandes algues brunes et des bigorneaux. En Méditerranée, d’autres volets existent : suivi de la végétation littorale, observation des saisons de la mer, perception des menaces par le public. Une manière de croiser données biologiques et regards humains.

Concrètement, il s’agit de choisir un site, de noter précisément le lieu, la date et l’heure, de prendre des photos d’ensemble et des espèces observées, puis de transmettre le tout via la plateforme en ligne. L’intérêt ? Revenir régulièrement au même endroit, année après année, pour documenter les évolutions. Ce que les scientifiques appellent des séries temporelles longues. Et qui manquent cruellement dans l’étude du littoral.

Algues brunes : sentinelles discrètes du changement

Parmi les stars (discrètes) de BioLit, il y a les grandes algues brunes : fucus, himanthales, pelvéties. Elles tapissent les rochers découverts à marée basse et forment de véritables forêts miniatures. Sous leurs frondes, une foule d’espèces trouvent refuge et nourriture. Un écosystème à part entière, longtemps sous-étudié.

Depuis plusieurs années, les chercheurs observent pourtant un déclin de ces algues sur certaines portions du littoral. Un phénomène multifactoriel : réchauffement des eaux, artificialisation des côtes, piétinement, pollution, modification des régimes de tempêtes. D’autant plus que ces facteurs écologiques se combinent bien souvent et se renforcent mutuellement. Si ces algues disparaissent, c’est toute la biodiversité associée qui vacille.

D’où l’intérêt de multiplier les observations. Les citoyens deviennent alors des capteurs vivants, capables de fournir une masse de données impossible à obtenir autrement. Observer quelles algues sont présentes, leur abondance, les gastéropodes associés comme les bigorneaux… Ces informations permettent peu à peu de dégager des indicateurs de l’état de santé des littoraux.

Des données ouvertes, utiles bien au-delà de la recherche

Autre particularité de BioLit : la transparence. Les données collectées sont consultables par tous. Elles sont relues, discutées, parfois corrigées avec l’aide de naturalistes bénévoles et de scientifiques. Une intelligence collective à l’œuvre, qui fait aussi monter en compétence les participants.

Ces données alimentent ensuite les bases de l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) du Muséum national d'histoire naturelle, mais aussi celles de Planète Mer. Elles sont utilisées par des laboratoires de recherche pour étudier la répartition des espèces, leur évolution, l’apparition d’espèces invasives ou, à l’inverse, la présence inattendue d’espèces protégées. Elles servent également aux gestionnaires d’espaces naturels pour orienter leurs actions de protection.

Autrement dit : une photo prise par un promeneur un jour de grande marée peut, quelques années plus tard, contribuer à une décision de gestion ou à une publication scientifique.

Une reconnaissance institutionnelle

En ce début 2026, BioLit a franchi un cap symbolique. Le programme a été retenu par la Fondation Vendée Globe, dédiée à la connaissance des océans. À la clé : un soutien financier de 25 000 euros par an pendant trois ans. Une reconnaissance de l’intérêt scientifique du dispositif, mais aussi de sa capacité à embarquer largement le public.

Car au-delà des données, BioLit joue un rôle pédagogique essentiel. Observer, c’est déjà prendre conscience. Regarder autrement un rocher, une algue, un bigorneau, c’est comprendre que le littoral n’est pas qu’un décor de vacances, mais un écosystème vivant, sensible, sous pression.

Marcher, observer, transmettre

BioLit ne demande ni expertise préalable, ni équipement sophistiqué. Juste un peu de temps, de curiosité, et l’envie de participer. En cela, il s’inscrit dans une tendance plus large : celle d’une science plus ouverte, plus distribuée, plus ancrée dans les territoires. Une science qui accepte de lâcher prise sur le contrôle total pour gagner en ampleur et en finesse.

À l’heure où le littoral français est confronté à l’érosion, à la montée des eaux, à la pression touristique et aux effets du changement climatique, ce type de programme se révèle être un véritable outil de veille écologique. Une manière de faire du promeneur une sentinelle. Et de rappeler que, parfois, protéger commence simplement par regarder.

Pour participer ou en savoir plus : https://biolit.fr/

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