7 livres pour reprendre le large, la route et le sentier

Couvertures de livres sur la nature, les voyages et l'aventure en plein air. Des abysses aux sentiers franciliens, sept livres pour prendre le large sans perdre le monde de vue. - © DR

Publié le par Florence Santrot et Olivia Recasens

Dans les abysses, quelque chose nous regarde

Couverture de livre "Des Nouvelles de la Terre" par Damien Roudeau, sous-marin jaune dans l'océan.
© Éditions Arthaud

Descendre là où presque personne ne va. C’est le geste de Damien Roudeau dans Des nouvelles du fond. Le dessinateur de reportage ne raconte pas les abysses depuis la surface : il embarque à bord du Pourquoi Pas ?, navire de l’Ifremer, auprès de celles et ceux qui étudient les grands fonds marins. À travers ses croquis, ses scènes de vie, ses observations de terrain, il transforme une mission scientifique en carnet sensible. On y croise des chercheurs, des marins, des instruments, le sous-marin Nautile, mais surtout un monde que l’on connaît encore très mal et que l’on convoite déjà trop.

Le livre tient dans cette tension : émerveillement devant les écosystèmes hydrothermaux, inquiétude face à l’exploitation annoncée des ressources minérales, biologiques et énergétiques des profondeurs. Roudeau ne plaque pas un discours sur l’océan. Il regarde, écoute, dessine. Et c’est précisément cette attention qui donne sa force au livre. En rendant visibles des paysages presque invisibles, il rappelle que protéger les abysses commence peut-être par une chose très simple : apprendre à les considérer.

Des nouvelles du fond, carnet embarqué jusqu’aux abysses, Damien Roudeau, éditions Arthaud, avril 2026, 208 pages, 25 €.

Îles confidentielles, Europe désirable

Paysage côtier avec plage et rochers, texte "Îles secrètes en Europe" en blanc.
© Gallimard

Il y a les îles que l’on coche sur une carte, et celles que l’on aborde presque sur la pointe des pieds. Îles secrètes en Europe appartient à cette seconde famille. Le mot “secrètes” est à prendre avec souplesse : mieux vaut parler d’îles confidentielles, discrètes, parfois éclipsées par leurs voisines plus célèbres. Mais des îles qui valent le détour. Si la sélection des 50 destinations couvre pas moins de 17 pays, le livre fait néanmoins la part belle à l’Italie, et c’est presque logique : le pays semble avoir gardé quelques refuges à l’écart du grand bruit, des petits trésors moins fréquentés que les îles les plus mises en lumière.

Trois coups de cœur se détachent, très différents. Bréhat, en Bretagne, pour la douceur : une île-jardin, presque sans voitures, où le granit rose, les agapanthes et les sentiers côtiers composent une échappée très française, lumineuse sans être tapageuse. Alicudi, dans les îles Éoliennes, au nord de la Sicile, pour le dépouillement : des marches, la mer, le silence, et cette sensation rare d’un monde qui ralentit pour de bon. Saaremaa, en Estonie, pour le contrepoint nordique : plus vaste, plus sauvage, plus horizontale, ouverte aux vents de la Baltique. Le livre fonctionne alors moins comme un guide de destinations que comme un atlas du désir de retrait. Partir, oui. Mais pas forcément plus loin. Plutôt autrement. Et pour un bon nombre, accessibles en train + ferry.

Îles secrètes en Europe, 50 idées pour prendre le large, collectif, Gallimard Loisirs, collection Voyages Gallimard, avril 2026, 320 pages, 25,95 €.

Un piano dehors

Couverture du livre "Un pianiste dans l'herbe" avec illustration de plantes vertes et fleurs blanches.
© Éditions Apogée

Penser l’écologie non comme une contrainte, mais comme une expérience à éprouver. C’est moins un pari qu’un geste chez Patrick Scheyder. Avec Un pianiste dans l’herbe, il ne théorise pas : il déplace. En moins de cent pages, il fait glisser le regard, du cadre codifié de la salle de concert vers l’imprévisibilité du vivant. Scheyder sort le piano, l’expose aux jardins, aux forêts, au vent, et transforme la musique en pratique située. Ce passage du dedans au dehors structure tout le récit. Il ne s’agit plus de jouer pour un public, mais avec un milieu. Ce qui donne au texte sa cohérence, entre trajectoire et propos. L’abandon relatif des circuits classiques n’est pas un argument, c’est une preuve. Dès lors, le livre échappe au registre du plaidoyer : il montre au lieu de convaincre. L’écriture suit cette ligne. Sobre. Scheyder parle d’”écologie culturelle” car l’émotion esthétique joue un rôle central dans la prise de conscience. Musicien formé au classique, improvisateur, engagé de longue date dans des projets à la frontière des arts et de l’environnement, il construit une pensée à partir de sa pratique. C’est la matière même de son livre. Et c’est ce qui en fait la singularité.

Un pianiste dans l’herbe, l’écologie autrement, Patrick Scheyder, éditions Apogée, mars 2026, 80 pages, 12€.

Un géant encerclé

Couverture du livre "Mort à la baleine" de Farley Mowat avec dessin minimaliste.
© Glénat

Il y a des livres qui reviennent du passé avec une urgence intacte. Mort à la baleine, de Farley Mowat, appartient à cette catégorie. Publié en version originale en 1972 et enfin traduit en français chez Glénat, ce récit part d’un fait presque irréel : à la fin des années 1960, sur la côte isolée de Terre-Neuve, un rorqual commun se retrouve prisonnier d’un étang salin, coupé de la mer par les marées. Très vite, l’animal devient une cible. Des hommes arrivent, armés, fascinés autant qu’excités par ce colosse vulnérable. Face à eux, Mowat, écrivain canadien et écologiste avant l’heure, tente de défendre la baleine.

Le livre tient dans cette confrontation brutale : d’un côté, un monde ancien, nourri de réflexes de prédation, de folklore viril et d’habitudes industrielles ; de l’autre, une conscience qui refuse de voir un être vivant réduit à une masse de chair exploitable. Farley Mowat ne fait pas seulement le récit d’un sauvetage impossible. Il raconte notre manière de regarder les autres espèces, surtout lorsqu’elles sont grandes, puissantes, mystérieuses, mais soudain à notre merci. C’est ce qui donne à Mort à la baleine sa force. Sous ses airs de chronique maritime, le texte devient une fable écologique d’une violence sèche, presque insoutenable, et terriblement actuelle.

Mort à la baleine, Farley Mowat, préface de Paul Watson, traduction de Christophe Bernard, éditions Glénat, janvier 2024, 256 pages, 22 €.

Le vélo, sans sermon ni mollets héroïques

Personne en jean bleu sur vélo jaune avec panier, ciel bleu en arrière-plan.
© Éditions Point Nemo

Faire du vélo une solution, pas une injonction. C’est tout l’intérêt de Solution vélo, enquête dessinée de Céline Pernot-Burlet et Valéry Pernot. Le livre part d’un paradoxe très français : la bicyclette coche presque toutes les cases de l’époque, santé, climat, pouvoir d’achat, mobilité, plaisir, et pourtant elle reste encore minoritaire dans les déplacements du quotidien. Alors les deux auteurs, vélotafeurs et voyageurs à vélo depuis une dizaine d’années, enfourchent le sujet par le bon bout : non pas en culpabilisant les automobilistes, mais en démontant les freins, les idées reçues, les peurs et les petits blocages qui empêchent de s’y mettre.

Le format graphique donne de la légèreté à un sujet très dense. On y parle infrastructures, logistique, entretien, équipement, météo, sécurité, mais aussi désir de ville, autonomie et liberté retrouvée. Avec des voix expertes comme Valérie Masson-Delmotte, Aurélien Bigo, Olivier Schneider, Stein van Oosteren ou Will Butler-Adams, Solution vélo compose moins un plaidoyer qu’une boîte à outils. Une manière de rappeler que la transition ne commence pas toujours par de grands discours. Parfois, elle tient dans un antivol solide, un bon garde-boue et l’envie de reprendre la route autrement.

Solution vélo, une enquête dessinée pour donner envie de pédaler, Céline Pernot-Burlet et Valéry Pernot, éditions Point Nemo, avril 2026, 144 pages, 22,90 €.

Le Québec, loin des cartes postales

Homme en tenue d'hiver avec bonnet et lunettes, regardant vers l'horizon.
© Éditions Arthaud

Marcher, ici, n’est pas une parenthèse. Et pas question de chercher à prendre des raccourcis. Avec Marche au pays réel, le Canadien Samuel Lalande-Markon traverse 3 000 kilomètres à travers le Québec sauvage, loin des images trop lisses de grands espaces disponibles, silencieux, presque décoratifs. Le titre dit bien l’enjeu : quitter le “pays” fantasmé pour éprouver un territoire dans sa rugosité, ses distances, ses routes, ses forêts, ses présences humaines, ses angles morts. Le voyage devient alors moins une performance qu’une enquête sensible.

À mesure que les kilomètres s’accumulent, l’auteur déplie une autre géographie du Québec : celle des marges, des ressources, des villages, des mémoires autochtones, des paysages exploités autant qu’admirés. Il ne marche pas pour fuir le monde, mais pour mieux le rejoindre. C’est ce qui donne au livre sa force : derrière le récit d’itinérance, une réflexion sur notre façon d’habiter les lieux, de les nommer, de les traverser, parfois de les abîmer. Un livre de marche, oui. Mais surtout un livre de désenchantement actif. On y perd quelques illusions, et l’on y gagne un pays plus vrai.

Marche au pays réel, 3 000 kilomètres à travers le Québec sauvage, Samuel Lalande-Markon, éditions Arthaud, collection Documents, mai 2026, 368 pages, 21 €.

La grande échappée… en passe Navigo

Personne marchant dans une forêt près de Paris, entourée d'arbres et de fougères.
© Gallimard

Partir loin, sans vraiment quitter l’Île-de-France. C’est la promesse très simple, et très réjouissante, de 45 randos nature autour de Paris. Le guide, signé Marine Loisy et Clément Lhommeau, ne vend pas l’aventure comme une expédition héroïque, mais comme une possibilité à portée de train, de RER ou de passe Navigo. À moins d’une heure de chez soi, il ouvre des chemins vers les forêts profondes, les rives du Loing ou de l’Yvette, les chaos rocheux de Fontainebleau, les falaises de craie de la vallée de la Seine, les champs, les villages, les parcs naturels régionaux.

Le livre a quelque chose de très contemporain : il répond au besoin de nature sans ajouter une injonction au grand départ. On y marche quelques heures ou plusieurs jours, selon l’envie, le temps disponible, l’énergie du moment. Les QR codes associés aux itinéraires, les cartes à télécharger et les propositions d’activités donnent au guide son côté pratique, mais ce n’est pas seulement un mode d’emploi. C’est aussi une invitation à réhabiter les alentours. Pas une région à fuir le week-end, davantage un territoire à explorer, pas à pas.

45 randos nature autour de Paris, accessibles en passe Navigo, Marine Loisy et Clément Lhommeau, Gallimard Loisirs, collection Voyages Gallimard, avril 2026, 272 pages, 25,95 €.