Petite-Synthe (Nord, 59), Hauts-de-France. C’est à l’initiative du groupe familial Daudruy Van Cauwenberghe, spécialiste depuis deux siècles des huiles végétales et animales pour l’agroalimentaire, la pétrochimie, les cosmétiques et l’énergie que ce site a vu le jour en mai 2023. Construit grâce à un budget de 16 millions d’euros, il produit une énergie locale et propre, tout en évitant le rejet dans la nature de substances nocives pour l’environnement. Autrement dit : un projet qui coche toutes les cases de la décarbonation industrielle.
L’objectif de Nord-Métha est simple : transformer en énergie le maximum de déchets et coproduits issus des activités du groupe, tout en ouvrant ses portes aux flux des agriculteurs et industriels voisins. Cela inclut notamment les huiles, les eaux acides, les terres grasses, la glycérine, les pâtes de neutralisation savonneuses, les boues de station d’épuration, les eaux de lavage des poids lourds et des cuves, les fonds de moissonneuses-batteuses, les pâtes de décantation… mais aussi fientes de volailles, débris de croquettes pour animaux domestiques, poussières de lin, brisures de maïs, oignons ou céréales.
40 000 tonnes de déchets organiques par an
À date, l’unité de biométhanisation transforme en biogaz quelque 40 000 tonnes de ces déchets organiques par an, soit un peu plus de 100 tonnes par jour. Les trois quarts proviennent du groupe lui-même, le reste étant collecté auprès de partenaires locaux.
Pour y parvenir, le site s’appuie sur trois digesteurs géants de 5 500 m³ chacun, un épurateur capable de traiter jusqu’à 1 800 Nm³/h de biogaz, ainsi qu’une précuve de mélange et de prédigestion de 800 m³. À cela s’ajoutent un hangar de 1 800 m² et un atelier de manutention de 450 m². Sa capacité modulable permet de passer de 100 à 180 tonnes traitées par jour selon les besoins.
Une puissance énergétique déjà considérable
"Le gain écologique de ce projet tient dans la production d’une énergie locale et verte, dans la valorisation in situ d’une partie du gaz que nous produisons, dans l’absence de transport de nos déchets, mais aussi dans notre indépendance énergétique. Autant de facteurs qui limitent mécaniquement nos émissions de gaz à effet de serre”, explique Benoît Coffre, manager sécurité environnement et responsable du site Nord-Métha.
Avec 65 GWh de biométhane produits par an, Nord-Métha injecte déjà dans le réseau GRDF l’équivalent de 875 Nm³/h de biogaz. De quoi alimenter 12 000 foyers en énergie locale et durable, avec l’ambition de doubler ce chiffre dans les prochaines années. Une partie de cette production est également réutilisée sur le site, réduisant la dépendance du groupe aux hydrocarbures. Autre atout : la sobriété de l’installation. L’unité consomme très peu d’eau et fonctionne en circuit fermé, évitant ainsi tout gaspillage.
Transformer le CO2 en ressource agricole
Au-delà de la production de gaz vert, Nord-Métha a mis en place une unité de liquéfaction du CO2 biogénique issu de la biomasse. Ce CO2 est transformé en digestat, un fertilisant naturel destiné aux exploitations agricoles locales. Concrètement, l’épurateur sépare d’abord méthane et CO2 : le premier est injecté dans le réseau, le second est refroidi, liquéfié puis réutilisé comme engrais.
Chaque année, ce sont 7 500 tonnes de digestat qui sont produites et épandues dans des champs situés dans un rayon de 10 kilomètres. De quoi nourrir les sols et les cultures sans intrants chimiques.
Un levier pour l’industrie et les territoires
Cette circularisation exemplaire est le fruit d’une collaboration étroite entre le groupe Daudruy Van Cauwenberghe, les agriculteurs, les industriels locaux, le Centre de valorisation énergétique et la Communauté urbaine de Dunkerque. « De par la spécificité de nos produits et les volumes que nous parvenons à traiter, notre modèle est assez difficile à reproduire par d’autres industriels », reconnaît toutefois Benoît Coffre. Mais l’essentiel est là : chaque tonne de déchets valorisée contribue à éviter l’émission de milliers de tonnes de gaz à effet de serre.
Les bénéfices dépassent d’ailleurs la seule décarbonation. La méthanisation crée des emplois locaux, dynamise l’économie des territoires et améliore leur attractivité. Elle favorise aussi la structuration de filières communes entre agriculteurs, industriels et collectivités, renforçant ainsi la souveraineté énergétique.
Les Hauts-de-France en ont fait un axe stratégique dans sa réponse aux objectifs nationaux de lutte contre le réchauffement climatique. Dans sa feuille de route Rev3, elle indique ambitionner de faire de la région un leader européen du biogaz. Pas moins de 50 projets de méthanisation ont ainsi vu le jour entre 2016 et 2024. Et tout indique que ce n’est qu’un début.