Dans les Yvelines, un nouveau centre de déconstruction dessine un avenir circulaire pour l'automobile

À Flins, une usine veut faire en sorte que la casse ne soit pas la seule issue possible pour les voitures en fin de vie. - © shocky / stock.adobe.com

Publié le par Arnaud Pagès

En France, selon le Ministère de l’Écologie, environ 1,2 million de véhicules hors d’usage (VHU), principalement des voitures particulières, finissent leur vie dans des casses ou dans des broyeurs chaque année. En Europe, ce chiffre monte à près de 12 millions. Bien que le recyclage, la revalorisation, le réemploi ou la réutilisation des pièces aient été rendus obligatoires par des directives européennes de plus en plus contraignantes, entre 5 et 10 % des VHU, soit des centaines de milliers d’unités, ne sont pas traités.

Les substances toxiques qu’ils contiennent, que ce soit les huiles de vidange, les liquides de frein, les métaux lourds, les batteries au plomb, les câbles, les composants électroniques, les fluides de climatisation, ou les pneus, vont alors contaminer les sols, les cours d’eau et les écosystèmes, en ayant un impact durable et particulièrement néfaste sur l’environnement. Lorsqu’ils sont enfouis ou brûlés, ils vont libérer massivement du méthane, du protoxyde d’azote, du dioxyde de carbone, ainsi d’autres gaz à effet de serre, ce qui va aggraver le dérèglement climatique.

Alors que la masse de déchets automobiles en France est comprise entre 1,5 et 1,6 million de tonnes par an, chaque véhicule recyclé, chaque pièce revalorisée, évite l’émission de plusieurs tonnes de CO2 dans l’atmosphère, et limite le recours à l’extraction de métaux et matières premières vierges. Pour les constructeurs, il est donc urgent de passer la seconde, d’autant que depuis 2024, l’obligation de responsabilité élargie des producteurs (REP) de véhicules ne leur laisse plus vraiment le choix.

Accélérer la circularité dans le secteur automobile

C’est précisément pour renforcer les capacités de recyclage, de revalorisation et de réemploi du groupe Renault qu’un nouveau centre de déconstruction va ouvrir à la Refactory de Flins en fin d’année. À l’initiative de The Future is Neutral, filiale de la marque au losange et seul fournisseur de solutions complètes d’économie circulaire pour l’industrie automobile en Europe, ce projet permettra de prendre en charge, de réparer et de restaurer la plupart des pièces issues des véhicules hors d’usage pour produire de nouveaux véhicules.

En réunissant toutes les compétences requises pour ce type d’opération, en mobilisant des méthodes uniques pour récupérer les matériaux, les métaux et les plastiques, comme le démantèlement basé sur les données, c’est-à-dire une cartographie numérique des véhicules qui guide chaque geste de dépose pour maximiser le réemploi et le recyclage, l’objectif est de rendre plus efficaces les procédés de fabrication centrés sur la réutilisation.

Pour ce faire, le centre bénéficiera de l’expertise d’Indra Automobile Recycling, entreprise pionnière dans le recyclage à 360° des véhicules, qui assurera l’ingénierie de la déconstruction et la formation aux métiers du traitement des VHU. La dimension opérationnelle a été confiée à Gaia, filiale de The Future is Neutral spécialisée dans l’économie circulaire, qui est implantée à la Refactory depuis plusieurs années.

Industrialiser la déconstruction

Grâce à l’implication, à l’expérience et au savoir-faire de ces différents partenaires, l’ambition de ce projet est de mettre en œuvre un processus industrialisé de la déconstruction, afin d’augmenter de manière significative les volumes de traitement, tout en optimisant l’extraction des éléments à réemployer.

Comme l’explique Xavier Kaufman, Chief Business Officer de The Future is Neutral et vice-président de la Refactory, le but est de parvenir à fabriquer l’automobile à partir de l’automobile, sans faire appel à l’économie linéaire : « Les VHU représentent pour nous une matière première essentielle pour pouvoir alimenter le secteur automobile avec les pièces et les matières nécessaires à son fonctionnement, sans ponctionner les ressources naturelles. Le Centre de Déconstruction permettra de mettre en place des boucles fermées et des circuits courts qui alimenteront nos autres activités d’économie circulaire implantées à la Refactory. Cela répond aux exigences et attentes de différents clients, notamment réparateurs et assureurs, en matière de performance, de qualité de service et de normes environnementales. »

Pour atteindre cet objectif, le nouveau centre sera équipé d’une ligne de sept postes ayant une capacité globale de démontage de 7 000 VHU par an, avec la possibilité d’extraire plus de 25 pièces différentes, notamment les boîtes de vitesses, les alternateurs, les démarreurs, les cardans, les radiateurs, les portières, les pare-chocs, les vitrages, les phares, les sièges, les tableaux de bord, et de traiter plus de quatorze matières à recycler, acier, aluminium, cuivre, plastiques, verres, caoutchoucs, textiles, en visant un taux de valorisation de 95 %. La réception des véhicules sera assurée 24h sur 24 et 7 jours sur 7, et leur stockage sera opéré directement sur le site.

Un écosystème circulaire unique en Europe

Une fois opérationnel, le nouveau centre complétera l’écosystème industriel de la Refactory, première usine d’économie circulaire de la mobilité en Europe, qui comporte déjà les départements Rétrofit, destiné à rénover et réparer les véhicules d’occasion ou lourdement accidentés, Re-energy qui regroupe les activités autour de l’énergie, notamment les solutions de stockage pour les batteries de seconde vie, Re-Cycle, constitué de spécialistes du remanufacturing, du recyclage de matières et de la réparation de batteries électriques, dont Gaia, et Re-Start, le pôle consacré à l’innovation et à la transmission des savoir-faire en matière d’économie circulaire de la mobilité. Il manquait néanmoins une unité dédiée à la déconstruction. Ce sera chose faite sous peu.

Avec cette initiative, Renault veut accélérer le passage de chaînes d’approvisionnement classiques à des circuits de réusage à grande échelle, pour alimenter le marché en véhicules commercialisables tout en respectant ses engagements climatiques. Plus qu’un modèle industriel, c’est un modèle économique et écologique qui se concrétise à Flins. En clair : faire du neuf avec du déjà-là, et le faire à l’échelle.

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