Malaunay, ville 5 étoiles pour son engagement écologique

En 2015, Malaunay lance sa première opération d’autoconsommation photovoltaïque, avec cette “fleur solaire” signée EDF Énergies Nouvelles. Les 18 m² de panneaux alimentent directement le serveur municipal. - © Malaunay

Publié le par Florence Santrot

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Malaunay devient la première commune française de moins de 20 000 habitants à décrocher les 5 étoiles du label T.E.T.E. de l’ADEME. Une distinction qui salue une stratégie écologique transversale, amorcée dès 2012.
  • Les résultats sont au rendez-vous : –36 % de consommation énergétique dans les bâtiments municipaux, 62 % de chauffage alimenté par la biomasse et 39 % d’électricité d’origine photovoltaïque. En huit ans, 18 millions d’euros ont été investis, sans dérapage budgétaire.
  • Pionnière à l’échelle régionale, la commune a déjà entraîné 70 autres villes dans son sillage. Elle vise désormais l’European Energy Award Gold pour faire rayonner son modèle à l’échelle européenne.

Malaunay (Seine-Maritime, 76), Normandie – C’est une première en France. Le label “Territoire Engagé pour la Transition Écologique” (T.E.T.E.), décerné par l’ADEME, vient d’attribuer, début juillet 2025, ses cinq étoiles à Malaunay, une commune de 6 170 habitants située en Normandie. Jusqu’ici, seules des villes de plus grande taille (Besançon, Rennes, Grenoble, Nantes, Lyon et Strasbourg). avaient obtenu la note maximale. Ce “petit poucet” de la transition écologique a bâti pas à pas sa transition écologique

“La fierté est énorme, confie le maire Guillaume Coutey. Je dis souvent que j’ai la meilleure équipe pour porter ce projet de transition car elle est composée de 130 acteurs : tous les élus et tous les agents, ambassadeurs et faiseurs de la transition” Une équipe soudée qui a su faire de la petite ville un véritable laboratoire des possibles. C’est la première commune de moins de 20 000 habitants à décrocher la précieuse distinction nationale de l’ADEME.

Une approche systémique et transversale à Malaunay

Tout commence en 2012 avec les premières actions sur la transition énergétique. Puis la commune chausse “les lunettes du développement durable”, selon l’expression du maire. Dès lors, plus une décision n’est prise sans en mesurer l’impact écologique. L’urbanisme, la mobilité, l’alimentation, les marchés publics, la gestion de l’eau ou des déchets… tout est passé au crible.

Malaunay installe un maraîcher bio local, encourage la rénovation énergétique des logements, développe les cantines durables (80 % de bio et/ou local), équipe la ville de plus de 100 arceaux à vélos, limite la vitesse dans 66 % de ses rues et forme ses agents à la transition. Chaque action s’inscrit dans une dynamique globale, pensée pour durer. “Moins de pesticides, c’est une eau de meilleure qualité. Un maraîcher local, c’est moins de transport et une meilleure santé”, souligne Guillaume Coutey.

Des résultats concrets et chiffrés

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, la consommation énergétique des bâtiments municipaux a baissé de 36 % par rapport à 2012. Trois chaufferies biomasse couvrent désormais 62 % des besoins en chaleur, tandis que 39 % de l’électricité provient du photovoltaïque. Et pour le reste, la ville achète une électricité garantie 100 % renouvelable.

Autre indicateur clé : plus de 18 millions d’euros ont été investis dans la transition sur les huit dernières années, soit en moyenne 63 % du budget annuel. Une ambition assumée, mais aussi maîtrisée. La Chambre régionale des comptes, qui a audité la commune de 2018 à 2023, souligne la rigueur budgétaire : 82 % des dépenses d’équipement sont dédiées à la transition, l’endettement reste très raisonnable (4 ans), et les subventions sont systématiquement recherchées (192€ par habitant contre 72€ en moyenne ailleurs).

Un effet d’entraînement sur tout le territoire rouennais

Mais ce qui rend Malaunay si singulière, c’est sa capacité à embarquer les autres. La transition se vit à l’échelle communale, mais rayonne bien au-delà. Le maire a endossé un rôle d’ambassadeur au sein de la Métropole Rouen Normandie, entraînant derrière lui 70 autres communes pour la COP21 locale, en parallèle de la création d’un “Giec normand”. Résultat : un Accord de Rouen pour le climat signé en 2018 et plus de 1 200 engagements pris.

Les bailleurs sociaux, entreprises, artisans, citoyens suivent le mouvement, galvanisés par l’exemplarité municipale. “Nous avons sollicité beaucoup d’experts, et aujourd’hui, ce sont les experts qui nous sollicitent”, résume Guillaume Coutey. Malaunay multiplie les partenariats : avec Enedis sur l’autoconsommation collective, avec Eaton pour le stockage d’énergie dans une église, avec Terraleo sur la valorisation des biodéchets, etc.

Panneaux solaires installés sur le toit d’un bâtiment ancien en pierre entouré de verdure
Dans le cadre d'un partenariat avec Eaton, la ville a installé des panneaux solaires sur la toiture de l'église Saint-Nicolas de Malaunay. © Eaton

T.E.T.E. : un label exigeant, un cap collectif

Le label T.E.T.E. est l’un des plus rigoureux : 1 200 actions sont suivies et mesurées via des indicateurs précis. “Ce référentiel puissant nous accompagne depuis près de dix ans, étape par étape”, rappelle le maire. Cette rigueur permet de maintenir une progression continue, sans jamais relâcher l’effort.

Et cette réussite n’est pas celle d’une poignée de décideurs. À Malaunay, les habitants sont partie prenante de la transformation. Des défis participatifs comme “la transition prend ses quartiers”, transformés en bande dessinée, ont ancré la démarche dans le quotidien. La ville mise aussi sur le récit : en 2018, elle lançait sa marque “Malaunay en transitions”, pour incarner le changement, renforcer l’adhésion et inventer, ensemble, un futur plus désirable.

Malaunay : une ambition désormais européenne

Portée par son élan, Malaunay vise désormais plus haut : l’European Energy Award Gold. Cette reconnaissance, attribuée aux villes les plus avancées en Europe (Lausanne, Genève, Münster…), exige des standards encore plus élevés. Mais la ville en est convaincue : elle a sa place dans ce cercle restreint.

“Oui, nous osons avoir l’ambition de démontrer qu’une petite collectivité peut se hisser parmi les territoires européens les plus exemplaires, affirme Guillaume Coutey. Le rêve, le désirable, l’imaginaire ont été importants dans toute cette aventure. Alors on continue de croire qu’on peut aller toujours plus loin ensemble.”

Au-delà des slogans, Malaunay démontre que la transition est possible, même pour une petite collectivité. “Ce que nous faisons ici est réplicable ailleurs”, assure le maire. À l’heure où beaucoup de communes hésitent encore à s’engager, l’exemple normand fait figure de boussole. Une bousole cinq étoiles.

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