42,2 milliards de tonnes de CO₂ émis : un nouveau record mondial en 2025

La concentration de CO₂ dans l’atmosphère atteint 425,7 ppm en 2025, un nouveau record depuis le début des mesures. Et la preuve que nous n'agissons pas assez pour le climat. - © WD/Canva

Publié le par Florence Santrot

En 2015, les signataires de l’Accord de Paris promettaient d’infléchir la courbe mondiale des émissions. Dix ans plus tard… elle grimpe toujours. Le Global Carbon Project (GCP), consortium international rassemblant 133 chercheurs issus de 102 institutions dans 21 pays, estime que les émissions fossiles ont progressé de 1,1 % en 2025, comme en 2024. Elles sont aujourd’hui 10 % plus élevées qu’en 2015, année où le monde s’était engagé à les réduire.

« Avec des émissions toujours en hausse, maintenir le réchauffement sous 1,5 °C n’est plus plausible », affirme Pierre Friedlingstein, coordinateur du GCP et chercheur à l’Université d’Exeter. Les émissions issues de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz atteignent 38,1 milliards de tonnes, tandis que les émissions liées à l’usage des sols (déforestation, agriculture, reboisement) s’établissent à 4,1 milliards de tonnes, en légère baisse. Résultat : le total mondial s’élève à 42,2 milliards de tonnes de CO₂, un niveau stable par rapport à 2024 mais toujours insoutenable.

Charbon, pétrole, gaz : la dépendance se poursuit

Derrière ce chiffre, peu de bonnes nouvelles. En 2025, toutes les énergies fossiles repartent à la hausse : + 0,8 % pour le charbon, + 1 % pour le pétrole et + 1,3 % pour le gaz naturel. Le pétrole retrouve sa trajectoire pré-Covid, le gaz renoue avec sa croissance d’avant l’invasion de l’Ukraine, et le charbon reste le pilier énergétique de nombreuses économies émergentes.

Si la décarbonation progresse dans plusieurs pays, la demande énergétique mondiale continue d’augmenter plus vite que les renouvelables. “Nous avons désormais des preuves solides que les technologies propres réduisent les émissions tout en étant plus rentables que les énergies fossiles”, souligne Glen Peters, chercheur au CICERO, le centre norvégien de recherche sur le climat.

Chine, États-Unis, Inde : trois trajectoires contrastées

La Chine reste le plus grand émetteur mondial, représentant près d’un tiers des rejets de CO₂. Ses émissions devraient augmenter de 0,4 % cette année – une progression quasi nulle, laissant penser que le pic pourrait être atteint. “Les émissions chinoises sont pratiquement stables depuis dix-huit mois, grâce à la forte croissance des renouvelables qui absorbe la hausse de la demande d’électricité”, précise le GCP.

Aux États-Unis, la tendance est inverse : + 1,9 % en 2025, après plusieurs années de déclin. En cause : un hiver rigoureux, une demande électrique en hausse et la flambée du prix du gaz, qui a favorisé un retour au charbon. L’Inde, troisième émetteur, ralentit également sa progression : + 1,4 %, contre + 4 % l’an passé. Une mousson précoce et la montée en puissance du solaire ont limité la consommation de charbon.

Côté Europe, les émissions sont quasiment stables (+ 0,4 %), une hausse trop faible pour être significative. En France, elles continueraient à baisser, de 0,8 % en 2025, selon le baromètre du CITEPA. Mais cette baisse, plus lente qu’en 2023 et 2024 (–2,5 % par an), “ne suffit pas à maintenir la trajectoire de la Stratégie nationale bas carbone” du pays, regette Pierre Friedlingstein.

À noter, enfin, un bon élève : le Japon. Il affiche une baisse nette de 2,2 %, tirée par la réactivation de centrales nucléaires et le développement du solaire.

La déforestation en recul, mais des forêts tropicales qui basculent

Les émissions liées aux changements d’usage des sols reculent, portées par le reflux de la déforestation au Brésil : elles tombent à 4,1 milliards de tonnes de CO₂, leur plus bas niveau depuis vingt ans. Mais le répit est fragile. “La baisse de la déforestation démontre que les politiques environnementales fonctionnent. Pourtant, les incendies de 2024 ont révélé combien les écosystèmes restent vulnérables si nous ne limitons pas le réchauffement”, avertit Julia Pongratz, de l’Université de Munich.

Au total, la déforestation permanente émet toujours environ 4 milliards de tonnes de CO₂ par an, compensées à moitié par le reboisement ou la régénération naturelle. Et si les forêts d’Europe et de Chine captent toujours du carbone, les forêts tropicales d’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Sud deviennent désormais des sources nettes de CO₂. Sous l’effet combiné du stress climatique et des défrichements, elles relâchent plus de carbone qu’elles n’en absorbent.

Émissions et leur répartition depuis 1850
© Global Carbon Project / WD

Depuis 1850, la moitié environ du CO₂ émis par les activités humaines (en gris et orange) est absorbée par les océans et les écosystèmes terrestres (en vert et bleu). Le reste s’accumule dans l’atmosphère, alimentant la hausse continue des concentrations de CO₂.

Des puits de carbone sous pression et un nouveau plafond de CO₂ à 425,7 ppm dans l’air

Depuis soixante ans, les océans et les écosystèmes terrestres absorbent environ la moitié du CO₂ émis par l’humanité : 21 % par les sols et les forêts, 29 % par les océans. Mais cette capacité s’érode. Selon les nouvelles méthodes du GCP, les puits terrestres sont aujourd’hui 25 % moins efficaces qu’ils ne le seraient sans changement climatique, et les puits océaniques 7 % moins efficaces.

Le phénomène s’explique par la hausse des températures, qui réduit la solubilité du CO₂ dans les eaux chaudes, et par les sécheresses récurrentes qui affaiblissent la photosynthèse. Le réchauffement océanique de 2023-2024 dans l’hémisphère Nord, conjugué à l’épisode El Niño, a particulièrement perturbé le cycle du carbone. “Nous estimons qu’environ 8 % de la hausse du CO₂ atmosphérique depuis 1960 est directement due à cet affaiblissement des puits naturels”, précise le rapport.

En 2025, la concentration de dioxyde de carbone dans l’air atteint 425,7 parties par million (ppm), soit une augmentation de 52 % par rapport à l’ère préindustrielle (278 ppm au XVIIIsiècle). Après un bond record de 3,7 ppm en 2024, lié à la faiblesse temporaire des puits de carbone, la hausse se stabilise à 2,3 ppm cette année. Mais la tendance reste à la hausse continue : chaque année, la planète ajoute environ 2,6 ppm de CO₂ à son atmosphère.

Le budget carbone du + 1,5 °C est presque épuisé

Le calcul est simple : pour avoir une chance sur deux de limiter le réchauffement à 1,5 °C, l’humanité ne peut plus émettre que 170 milliards de tonnes de CO₂. Soit quatre années au rythme actuel. À 1,7 °C, la marge passe à douze ans ; à 2 °C, vingt-cinq ans. Autrement dit, sans réduction rapide et massive, la fenêtre du 1,5 °C se refermera avant 2030.

“Nous estimons que le changement climatique réduit désormais l’efficacité combinée des puits de carbone terrestres et océaniques – un signal clair de la planète qu’il faut réduire les émissions de manière drastique”, pointe Pierre Friedlingstein. Pour espérer rester sous 1,5 °C, il faudrait atteindre la neutralité carbone avant 2040. Une trajectoire que Corinne Le Quéré, professeure à l’Université d’East Anglia, juge encore hors de portée : “Les progrès sont visibles, avec 35 pays ayant réussi à baisser leurs émissions tout en continuant de croître économiquement, mais ils restent trop fragiles pour inverser la tendance mondiale.”

Une décennie décisive s’ouvre

L’année 2025 marque aussi le 20ᵉ anniversaire du Global Carbon Budget. Vingt années de mesures, de modèles et de débats, qui racontent la lente prise de conscience d’une planète encore sous perfusion fossile. Malgré l’explosion du solaire, de l’éolien et des véhicules électriques, le monde n’a pas encore amorcé la descente.

“Il est clair que les pays doivent hausser leur ambition”, alerte Glen Peters. Les scientifiques rappellent qu’il n’est pas trop tard : chaque dixième de degré évité, chaque tonne de carbone non émise, compte. À Belém, où se tient la COP30 actuellement, les négociateurs n’auront plus d’alibi. Le verdict du carbone est sans appel : le monde n’a plus que quatre ans pour inverser la courbe. Ou se résoudre à dépasser les seuils qu’il s’était juré de ne jamais franchir.

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