COP30 au Brésil : pourquoi Belém est la “COP des COPs”

La COP30, conférence de Belém sur les changements climatiques, se tiendra du 10 au 21 novembre 2025. - © CURIOS / stock.adobe.com

Publié le par Vincent Rondreux

En dépit d’une capacité hôtelière limitée et de tarifs vertigineux, c'est bien la ville de Belém, capitale de l'État brésilien du Pará et véritable porte d'entrée de l'Amazonie, qui accueillera, du 10 au 21 novembre prochain, la 30ᵉ Conférence des parties (COP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a confirmé le président de cette COP30, le diplomate André Corrêa do Lago. Un choix politique du Brésil, chargé de symboles.

Symbole du rôle de puits de carbone des forêts face au réchauffement planétaire: chaque année, celles-ci captent normalement environ un quart des émissions de CO2 dues aux activités humaines. Symbole de l'affaiblissement actuel de ces forêts : entre déforestation, sécheresses et incendies, l'Amazonie elle-même devient une source de carbone. Symbole de la lutte contre la déforestation : le Brésil développe un objectif de zéro déboisement d'ici 2030. Symbole aussi de l’importance des peuples autochtones.

3 000 représentants de peuples autochtones annoncés, un record

En conservant des territoires parmi les plus préservés, comme en Amazonie, les communautés autochtones défendent le climat et la biodiversité. Du reste, le gouvernement brésilien prévoit une participation record des peuples autochtones à Belém : 3 000 de leurs représentants sont espérés, avec un camp spécialement dédié.

1 000 d'entre eux, dont 500 Brésiliens, devraient même participer à des négociations officielles, indique le site de la COP30. De quoi mettre la question des forêts, et plus généralement de la nature, au centre des débats, y compris pour le grand enjeu du moment: les nouvelles feuilles de route des États à l'horizon 2035, appelées contributions déterminées au niveau national (CDN) dans le jargon onusien.

De nouveaux plans climat nationaux attendus

L'Accord de Paris de 2015 stipule que chaque État signataire soumette à la CCNUCC, tous les cinq ans et en progressant à chaque fois, un nouveau plan climat qui détaille sa participation à l'ambition commune : "limiter l'augmentation de la température moyenne mondiale bien en-dessous de +2 °C" par rapport à l'époque pré-industrielle, en visant +1,5 °C.

Ce mécanisme stratégique vise à coordonner, de manière juste, les actions de chacun sur le chemin de la neutralité carbone de la planète (équilibre entre les émissions de CO2 dues à l'activité humaine et le CO2 capté par les forêts, océans, etc.).

Les feuilles de route doivent également permettre aux pays de planifier leurs politiques nationales et locales: objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, programmation de la sortie des énergies fossiles, développement des énergies renouvelables, mobilisations financières, actions développées dans les transports, l'industrie, l'habitat, l'agriculture...

Vers un réchauffement d'au moins 2,5 à 2,9 °C

Deux séries de contributions ont déjà été enregistrées, en 2015 et 2020-21. Bilan : "des progrès significatifs" depuis 2015, mais des engagements actuels "loin d'être suffisants". "Ils nous placent sur la voie d'un réchauffement de 2,5 à 2,9 °C", estime l'ONU. Ce à quoi il convient d'ajouter "une disparité significative entre les objectifs et leur mise en œuvre réelle". Si bien que les États ont été invités par la CCNUCC, en 2023, à "revoir à la hausse les objectifs fixés pour 2030", afin d'être en ligne avec l'objectif de l'Accord de Paris. Sans succès à ce jour.

La CCNUCC a également souligné il y a deux ans que, pour limiter le réchauffement vers +1,5 °C, les émissions mondiales devaient être réduites de 60 % en 2035 par rapport à 2019, avant de viser des émissions nettes nulles en 2050. Cet objectif sert de boussole pour de nouveaux engagements efficaces, les pays développés devant se montrer les plus ambitieux.

Plus de 160 contributions nationales encore attendues

Les nouvelles feuilles de route 2035 étaient initialement attendues par la CCNUCC pour le 10 février dernier. Seuls dix pays sur les 194 signataires de l'Accord de Paris ont rendu leur copie dans les temps, dont le Brésil, les États-Unis, la Grande-Bretagne. À la mi-août, on en compte moins de trente, avec des efforts toujours insuffisants, selon les experts. Plus de 160 pays manquent donc encore à l'appel, dont de grands émetteurs comme la Chine, l'Inde, la Russie et même l'Union européenne, d'habitude bonne élève.

À l'heure du dépassement depuis deux ans des +1,5 °C et d'une multiplication des désastres (inondations, sécheresses, canicules, incendies...), la ministre brésilienne de l'Environnement, Marina Silva, qualifiant la COP30 de "COP des COPs", souligne la nécessité d'un "alignement sur l'urgence climatique" d'ici novembre. Vœu pieux ?

Finance : le sujet qui fâche

En parallèle, la question de la finance climatique, toujours brûlante, reviendra une nouvelle fois sur la table. Elle concerne à la fois l'atténuation du réchauffement et l'adaptation aux changements climatiques, traditionnel parent pauvre des COPs, mais thème majeur à Belém, avec un "Objectif mondial d'adaptation" en préparation.

Depuis un an, les pays du Sud trouvent "insultant" l'engagement des pays développés, lors de la COP29 à Bakou, de leur apporter 300 milliards de dollars par an d'ici 2035, pour les aider à financer leur transition climatique. Ils en réclament 1 300... Sachant que les besoins globaux des pays en développement sont estimés, hors Chine, à 3 300 milliards de dollars d'ici 2035 (2 400 d'ici 2030).

Datant de 2009 (COP15 à Copenhague), la précédente promesse des pays riches s'élevait à 100 milliards par an à partir de 2020. Mais elle n'a été tenue qu'après cette date, et sous la forme de prêts plus que de dons le plus souvent, ce qui alimente un climat de défiance. Sans parler des "pertes et préjudices" déjà subis par les pays les plus vulnérables : jusqu'alors, "les engagements des pays développés n'ont pas été à la hauteur des attentes. Cette incapacité à tenir les promesses de financement rend les pays en développement de plus en plus vulnérables", alerte le GNDR (Global Network for Disaster Reduction), réseau mondial d'organisations de la société civile.

Des initiatives pour trouver des financements

La notion de "transition juste", qui sera mise en avant à Belém, par exemple avec un mécanisme d'accompagnement des États dans leur transition, est perçue comme un levier pour restaurer la confiance, relève le Réseau Action Climat.

Il s'agira également pour la présidence de la COP30 de chercher à renforcer l'aide aux pays en développement pour combler le gap actuel. Des initiatives internationales comme la "Coalition de solidarité pour la taxation des vols premium" et l'"Alliance pour la suspension de la dette" (en cas de catastrophes climatiques), soutenues entre autres par la France, vont dans ce sens. L'an passé, lorsque le Brésil présidait le G20, le président Lula a de son côté lancé un projet de taxe mondiale sur le patrimoine des milliardaires.

L'effet de la mise en place, lors de la COP 2024 à Bakou, des nouveaux mécanismes de crédits carbone voulus par l'Accord de Paris, sera également à suivre, notamment dans les plans climat nationaux et pour la lutte contre la déforestation.

L’ombre de Donald Trump

Cependant, le contexte international actuel apparaît bien défavorable. Et ce, aussi bien pour la finance que pour le renforcement des engagements des États. Les conflits armés se multiplient. La guerre commerciale s’intensifie. Les États-Unis – première puissance économique, premier émetteur historique de gaz à effet de serre et premier producteur de pétrole – sortiront effectivement de l’Accord de Paris en janvier 2026.

L’administration Trump affiche une politique ouvertement anti-climat et pro-énergies fossiles. L’opposition entre compétitivité et écologie s’exacerbe, tandis que l’Union européenne, désorientée, recule sur certains fronts environnementaux. Dans ce contexte, un autre défi de la COP30 sera de continuer à faire vivre le multilatéralisme climatique.

Le "mutirao", nouvelle dynamique mondiale ?

La stratégie d'André Corrêa do Lago repose sur un concept novateur, issu des traditions collectives du Brésil : le "mutirao", terme portugais désignant un groupe qui se mobilise pour travailler sur une tâche commune indispensable.

Dans l'esprit de la COP30, la tâche commune relève de l'action de chacun pour le climat (gouvernements, secteur privé, société civile, particuliers…), tandis que le groupe qui doit se mobiliser est constitué des peuples de la planète. Une manière de placer les populations au centre des discussions.

Par exemple, il est prévu que les dirigeants mondiaux soient invités à s'engager dans un débat de fond, "à la recherche de solutions concrètes reliant la question climatique à la vie quotidienne des populations".

Laurent Fabius, le retour

Ce mutirao doit aussi mettre en valeur les contributions des acteurs non-étatiques, dans le but de "coordonner les efforts entre les gouvernements, les entreprises, les marchés, les scientifiques, les universitaires, les innovateurs..." Un Sommet des peuples, organisé par les mouvements sociaux et les communautés autochtones, est également programmé.

La présidence sera, elle, conseillée par différents "cercles de sagesse humaine" dont un cercle des peuples autochtones et, également, un cercle des présidents des COPs, mené par l'ancien Premier ministre français Laurent Fabius, "cerveau de l'accord" de la COP21. Entre autres objectifs : renforcer la gouvernance climatique internationale... Donc les COPs.

De quoi apporter, comme espéré, une nouvelle dynamique mondiale à la mobilisation contre le réchauffement ?

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