Clipperton, l'île aux mirages
Perdu au milieu du Pacifique, l’atoll inhabité est pourtant aux premières loges du dérèglement climatique. Mais ce n'est pas le seul danger qui plane au-dessus de l'île… - © Stéphane Dugast / Zeppelin
Publié le par Frederic Joignot
Polluée, envahie par les rats mais riche en coraux et en métaux rares, l’île Clipperton, perdue au large du Mexique, est à la fois la poubelle du Pacifique et un enjeu géopolitique majeur. Entre surpêche, appétits miniers et souveraineté contestée, ce confetti de 12 km² concentre à lui seul les défis écologiques et stratégiques du XXIe siècle. Un paradis empoisonné qu’il faut sauver.
Par la mer ou vu du ciel, l’atoll semble paradisiaque. De longues plages blanches où viennent mourir des vagues émeraudes, une grande cocoteraie et un rocher volcanique torturé. Minuscule île tropicale française du Pacifique oriental, ce frêle anneau de sable et de corail de 12 kilomètres de circonférence affleure à 1 081 kilomètres des côtes mexicaines, 2 420 des Galápagos au sud-est, 3 980 des îles Marquises au nord-ouest. Il est l’unique point émergé d’une chaîne de monts et de volcans sous-marins. Son nom : Clipperton, ou Passion-Clipperton.
“Passion” parce que découverte en 1711, un Vendredi saint, et Clipperton en souvenir d’un flibustier anglais qui y aurait caché son trésor. Son code postal ? 98 799. Mais personne n’y reçoit de courrier. Normal, elle est déserte. Une barre de brisants furieux la protège. Le médecin-explorateur Jean-Louis Étienne le dit bien dans le journal de son voyage de 2004 : “L’approche maritime est périlleuse […] La côte au vent est impraticable, submergée par des trains de déferlantes, alimentés par la grande houle du Pacifique […] La côte sud-ouest sous le vent est le seul endroit où, par mer calme, on peut espérer franchir la barrière.”
Un atoll inhabité qui accumule les détritus
À peine à terre, le voyageur déchante : l’atoll inhabité est une poubelle. Le 13 juin dernier, le photographe Stéphane Dugast s’en plaint amèrement dans une tribune de la Société des explorateurs français où il fait parler l’île : “Mes douze kilomètres de côtes sont couverts d’ordures. Courants marins et tempêtes déposent sur mes plages des chaussures, des bouteilles, des cordages, des pièces métalliques, des bidons d’huile, et mille et un biens de consommation en plastique qui se désagrègent.”
Déjà abonné(e) ? Activez votre compte ou connectez-vous en un clic.
Je continue