On le connaissait dessinateur, grimpeur, conteur de montagne. Jean-Marc Rochette est tout cela à la fois, et bien plus encore dans La chair du monde (Allary Éditions), un ouvrage d’entretiens mené avec le journaliste Adrien Rivierre, également collaborateur régulier de WE DEMAIN. À 70 ans passés, l’auteur du Transperceneige revient sur son itinéraire cabossé, entre art et vertige, pour mieux transmettre ce qui, aujourd’hui, lui paraît essentiel : une forme de réconciliation physique, spirituelle et poétique avec le vivant. “J’ai une relation mystique avec la montagne, et en particulier avec ce lieu-là”, confie-t-il en évoquant sa maison perchée dans la vallée du Vénéon, en Isère. Cette installation tardive loin de tout n’est pas qu’un décor : c’est une renaissance.
“C’est à partir du moment où j’ai revécu en montagne que j’ai retrouvé un public. Ce que j’avais à dire touchait les gens“, a-t-il confié lors du festival Agir pour le glaciers. Ce livre, construit comme une conversation libre et habitée, revient sur les deux accidents de montagne qui ont forgé l’homme, qui se destinait à devenir guide, autant que l’artiste. “Je suis un grimpeur. J’ai touché à la chair du monde par le rocher“, résume-t-il, en évoquant son lien viscéral à la matière, au minéral, à la pente. La montagne lui a fait du mal mais “la montagne m’a sauvé”, avoue-t-il. Le réel, chez Jean-Marc Rochette, a une densité, une texture, presque une odeur. Il se touche, se respire, se traverse.