Elle avait jusqu’ici refusé les entretiens, même téléphoniques, et décliné les invitations aux conférences. Trop éprouvant. “Mon état ne le permettait pas”, confie Teresa Vicente Giménez, professeur de philosophie du droit à l’université de Murcie (Espagne). Épuisée par cinq années de lutte acharnée, elle a été contrainte de s’arrêter. “Sinon, je serais morte.” Alors que son corps était sur le point de lâcher, c’est un autre organisme moribond qu’elle ramenait à la vie : la Mar Menor, la plus grande lagune salée d’Europe, 135 km2 d’eau fragilisée, enclavée entre la province de Murcie et la Méditerranée.
Son exploit ? Avoir obtenu pour cette lagune et son bassin le statut inédit de personnalité juridique, grâce à une loi votée par le Parlement espagnol en septembre 20221, confirmée par le Tribunal constitutionnel en novembre 2024. Ce texte octroie à la lagune le droit fondamental d’exister, et aussi des droits à la protection, à la conservation et à la restauration – ce qui va lui permettre de se refaire une santé. Et désormais, la Mar Menor peut être représentée devant une juridiction au même titre qu’une personne morale et ainsi défendre ses droits. Une première en Europe.