IGN : une carte inédite pour visualiser le risque d'inondation en France

Esbl, commune située en Seine-et-Marne (Île-de-France), a subi cinq crues significatives sur les dix dernières années. - © AUFORT Jérome / stock.adobe.com

Publié le par Florence Santrot

Des pluies torrentielles à Annonay, des rues submergées dans le Nord, des crues éclairs en vallée de Loire… Chaque année, les inondations rappellent leur force destructrice. Premier risque naturel de l’Hexagone, elles concernent déjà plus de 17 millions de personnes. Face à cette réalité, l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) vient de publier une première cartographie 3D couvrant l’ensemble du territoire. Objectif : rendre visible l’invisible et anticiper les catastrophes.

“Nous voulions montrer l’étendue du risque et son évolution avec le réchauffement climatique”, explique Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN. Car il ne s’agit pas seulement de recenser les zones à risques : cette cartographie doit aussi permettre de comprendre comment l’eau se déplace, où elle s’accumule et quelles infrastructures ou habitations sont menacées.

Des données inédites grâce à l’intelligence artificielle

Pour bâtir cet outil, l’IGN a mobilisé ses savoir-faire traditionnels – relevés topographiques, images satellites et aériennes – mais aussi les dernières innovations numériques. Grâce à l’intelligence artificielle, les précipitations sont modélisées en temps réel pour visualiser leurs trajectoires sur le territoire.

“Cette cartographie 3D sera intégrée à différents modèles comme Vigicrues”, précise Swann Lamarche, chargé de relations partenariales à l’IGN. Concrètement, cela signifie qu’il sera possible de simuler l’écoulement des eaux, d’anticiper les inondations et d’orienter l’aménagement des territoires. Une avancée cruciale pour les collectivités locales, qui pourront désormais s’appuyer sur des données précises pour décider d’implanter – ou non – de nouvelles infrastructures.

Les inondations, un risque multifirme

Quand on parle d’inondations, les images qui viennent à l’esprit sont celles de rivières en crue. Mais le risque est bien plus divers. Débordement de cours d’eau, submersion marine, ruissellement pluvial après un orage violent ou encore remontée de nappes phréatiques : autant de phénomènes qui menacent régulièrement les villes et villages français.

Le nouvel atlas de l’IGN recense tous ces cas de figure. Dans le Finistère, par exemple, la pointe de Penmarch apparaît comme particulièrement vulnérable aux submersions marines d’ici 2100. Dans le Val de Loire, c’est le risque de crue qui domine. Sur le pourtour méditerranéen, ce sont les épisodes cévenols et les pluies éclairs qui inquiètent. Autant de menaces qui, combinées, font de la France un territoire fortement exposé.

Le climat, multiplicateur de risques

Si les inondations existent depuis toujours, leur intensité s’accroît sous l’effet du réchauffement climatique. Plus l’atmosphère se réchauffe, plus elle retient d’humidité, augmentant mécaniquement la violence des précipitations. À l’échelle de la France, on observe déjà une hausse de 12 % de l’intensité des pluies extrêmes par rapport aux années 1960, selon Météo-France. Et la tendance devrait se poursuivre : +10 à +15 % supplémentaires d’ici 2050 selon les modèles climatiques.

L’année 2024 en est l’illustration frappante. Avec des précipitations record, elle figure déjà parmi les plus pluvieuses du siècle. Or plus d’eau en un temps réduit signifie plus de débordements, de coulées de boue et de crues rapides, difficiles à prévoir et potentiellement dévastatrices.

Penser différemment l’aménagement du territoire

Au-delà de l’alerte, cette cartographie ambitionne de changer la manière dont nous habitons et aménageons les territoires. L’IGN insiste sur le rôle des solutions naturelles : zones humides restaurées, haies et forêts capables de ralentir le ruissellement, sols agricoles préservés pour mieux absorber l’eau.

“La carte doit servir à éclairer la gestion des cours d’eau et à repenser les espaces”, explique l’IGN. Car si la France reste marquée par une urbanisation rapide, parfois mal maîtrisée, il devient urgent d’intégrer ces contraintes naturelles dans chaque projet de construction. Bâtir en zone inondable, c’est multiplier les coûts humains et financiers lors des catastrophes futures.

La carte de l’IGN, disponible en ligne, n’est pas réservée aux experts. Elle s’adresse aussi aux citoyens, pour leur permettre de connaître leur niveau d’exposition. L’enjeu est de favoriser une prise de conscience à l’échelle individuelle : choisir son lieu d’habitation, protéger sa maison, participer aux débats locaux sur l’urbanisme… En montrant concrètement comment une pluie se déplace sur un territoire, l’outil devient également pédagogique. Dans les écoles, les associations ou les médias, il peut aider à mieux expliquer le lien entre climat, territoires et catastrophes naturelles.

De la prévision à la résilience

La publication de cette cartographie ne signe pas la fin des inondations, mais elle représente une étape majeure dans la préparation. L’idée est simple : plus on connaît le risque, mieux on peut s’y adapter. Cela implique d’améliorer les systèmes d’alerte, de renforcer les protections existantes – digues, bassins de rétention – mais aussi de développer une véritable culture du risque.

Pour cela, l’IGN travaille en partenariat avec Météo-France, les collectivités locales et différents opérateurs publics. L’intégration de la cartographie dans Vigicrues, par exemple, permettra d’affiner les prévisions et d’alerter plus rapidement les populations. Mais la résilience passe aussi par des choix collectifs : ne plus construire dans des zones exposées, restaurer les écosystèmes naturels et accepter de laisser certaines terres à l’eau.

Un tournant nécessaire

Les inondations de ces dernières années ont marqué les esprits par leur ampleur et leur répétition. Elles rappellent qu’aucun territoire n’est à l’abri. L’initiative de l’IGN arrive donc à un moment charnière. Elle pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont la France perçoit et gère ce risque.

En rendant visible la circulation de l’eau, en montrant les zones menacées et en liant ces données au changement climatique, cette carte devient bien plus qu’un simple outil technique. Elle est un révélateur. Révélateur de notre vulnérabilité, mais aussi des marges de manœuvre dont nous disposons pour construire une société plus résiliente face à l’inéluctable : l’eau reviendra. Reste à décider comment nous choisissons d’y faire face.

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