Innovation verte : l'A10 devient la première route au monde à recharger les véhicules… en roulant

Sur l’A10, un poids lourd électrique teste la recharge dynamique par induction, intégrée directement dans la chaussée. - © Vinci Autoroutes

Publié le par Florence Santrot

Des bobines sous la chaussée, des voitures branchées sans câble : la recharge dynamique par induction devient réalité. C’est une première mondiale, et elle a lieu en France. Depuis quelques jours, un tronçon de l’autoroute A10, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Paris, permet à des véhicules électriques de se recharger… tout en roulant. Le projet, baptisé “Charge as you drive”, est mené par le consortium emmené par Vinci Autoroutes (et Electreon, Vinci Construction, Hutchinson ainsi que l’Université Gustave Eiffel). Il inaugure une nouvelle ère pour la mobilité électrique : celle de la route qui produit et transmet l’énergie.

Sur 1,5 km, la chaussée de l’A10 cache près de 900 bobines de cuivre reliées à un système de recharge par induction. Les véhicules, équipés de récepteurs sous leur châssis, peuvent ainsi se recharger dynamiquement, sans contact ni borne. Depuis quelques semaines, quatre prototypes – un poids lourd, un bus, un véhicule utilitaire et une voiture – circulent sur cette section test en se fondant dans le trafic.

Une recharge plus rapide qu’à une borne… tout en roulant

Après quelques semaines d’expérimentation – et de premiers tests entamés en septembre 2023 –, Vinci Autoroutes a publié le 22 octobre 2025 les premiers résultats de cette expérimentation grandeur

Selon l’entreprise, c’est un succès : les bobines peuvent transférer jusqu’à 300 kW instantanés, avec une moyenne stable de 200 kW en conditions réelles. Une puissance supérieure à celle de la majorité des bornes rapides actuelles. Qui plus est, la recharge est obtenue sans immobilisation du véhicule.

En cours de roulage, le camion est rechargé par induction, comme l'affiche l'écran à droite du conducteur
Pendant le roulage, le camion-test se recharge à 211 kW lros d'un test sur le tronçon à induction de l'A10. © Vinci Autoroutes

Moins de batterie, plus d’autonomie

L’un des grands atouts de cette technologie, c’est la réduction du besoin en batteries. Les poids lourds électriques pourraient embarquer des accumulateurs beaucoup plus petits, donc plus légers et moins coûteux. Résultat : des véhicules moins gourmands en ressources critiques (lithium, cobalt, nickel) et une empreinte carbone réduite dès la fabrication.

Une étude menée par le cabinet de conseil Carbone 4 à la demande de Vinci Autoroutes confirme ce potentiel : les routes électriques, ou Electric Road Systems (ERS), permettraient de diminuer significativement les émissions de CO₂ du transport routier de marchandises sur l’ensemble de leur cycle de vie, par rapport à des poids lourds classiques, diesel ou électriques à grande batterie.

Le transport routier, talon d’Achille de la décarbonation

Le secteur des transports représente près d’un tiers des émissions françaises, et 95 % proviennent encore de la route. Or, neuf marchandises sur dix circulent sur nos axes autoroutiers. Même avec la montée en puissance du fret ferroviaire, cette part devrait rester majoritaire.

Pour Nicolas Notebaert, directeur général des concessions du groupe Vinci et président de Vinci Autoroutes, ce projet ouvre une voie décisive : “Les premiers résultats confirment que la recharge dynamique peut accélérer l’électrification des poids lourds et réduire les émissions du transport de marchandises, qui représente à lui seul plus de 16 % des gaz à effet de serre du pays.”

Un pari industriel et européen

La France devient ainsi le premier pays à tester la recharge dynamique sur autoroute ouverte à la circulation. D’autres pays suivent : l’Allemagne, la Suède, l’Italie, la Norvège, Israël ou les États-Unis expérimentent eux aussi des routes électrifiées, mais aucune n’avait encore franchi l’étape de la mise en service réelle. En Suisse, c’est sur les rails que l’énergie renouvelable a trouvé son chemin. Des panneaux ont été installés entre les rails d’un tronçon de 100 mètres pour une expérimentation.

Mais l’avancée de l’induction sur l’A10 ouvre aussi des perspectives économiques : les composants des systèmes ERS peuvent être fabriqués en Europe, renforçant la souveraineté industrielle et réduisant la dépendance aux importations de batteries asiatiques. “C’est une technologie qui pourrait créer une filière industrielle européenne complète”, souligne Electreon, entreprise israélienne spécialisée dans les solutions de recharge sans fil pour véhicules électriques.

Reste la question du coût d’installation de ce système…

Cette innovation peut-elle être déployée à grande échelle ? Le coût initial d’installation pourrait être un obstacle dans un premier temps. Il est actuellement très élevé – environ 1,5 million d’euros par kilomètre – mais les gains à long terme en énergie, en maintenance et en émissions pourraient inverser la tendance. Vinci et ses partenaires espèrent déjà étendre le dispositif à d’autres tronçons et l’intégrer dans les projets d’infrastructures européens. Et faire ainsi peu à peu baisser les coûts des travaux d’équipement.

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