Voitures thermiques, pesticides, loi Omnibus : l'Europe appuie sur le frein écologique

Sur les pesticides, la voiture thermique ou le devoir de vigilance, l’Union européenne multiplie les “ajustements pragmatiques”, au risque d’affaiblir durablement ses ambitions écologiques. - © mast3r / stock.adobe.com

Publié le par Florence Santrot

Il fût un temps où l’Union européenne se rêvait en boussole climatique mondiale. Première à dégainer un pacte vert d’ampleur, première à promettre la neutralité carbone en 2050, première à fixer une date claire pour la fin des voitures thermiques… Un cap lisible, structurant, presque rassurant. Et puis, sans grand discours de rupture, ce cap a commencé à se fissurer.

En ce mois de décembre 2025, trois décisions prises il y a quelques jours à Bruxelles racontent un même mouvement de fond. Le vote de la loi Omnibus, l’assouplissement durable des règles sur les pesticides et l’abandon de l’interdiction des voitures thermiques neuves à partir de 2030 marquent une inflexion nette. L’écologie européenne n’est plus un projet prioritaire, mais une variable d’ajustement.

La loi Omnibus, ou l’écologie à la trappe de la simplification

Présentée comme un grand texte de “simplification”, la loi Omnibus I devait initialement harmoniser et clarifier les règles européennes, notamment en matière environnementale et sociale. Dans les faits, elle a surtout servi de véhicule législatif pour affaiblir plusieurs piliers du Pacte vert.

Le texte, définitivement adopté mardi 16 décembre 2025, a été adopté à 428 voix pour, 218 voix contre et 17 abstentions. Il vide largement de sa substance la directive sur le devoir de vigilance des entreprises (CS3D), censée contraindre les grands groupes européens à s’assurer que leurs chaînes d’approvisionnement respectent les droits humains et l’environnement. L’entrée en vigueur est repoussée, les obligations amoindries, les sanctions affaiblies. Officiellement, il s’agit de soulager les entreprises face à une “surcharge réglementaire”. Officieusement, Bruxelles cède à une pression industrielle intense.

Ce vote acte un changement de doctrine. Là où l’Union européenne revendiquait une capacité à fixer des règles ambitieuses pour transformer l’économie, elle assume désormais un virage pro-business. L’écologie n’est plus le cadre, elle devient une contrainte qu’il faut alléger.

Pesticides : la normalisation du provisoire

Le recul sur les pesticides est moins spectaculaire, mais tout aussi révélateur. En simplifiant le mécanisme de réévaluation des substances actives, l’Union européenne accepte de facto que certains pesticides soient autorisés pour une durée quasi illimitée. Une logique de tolérance permanente, alors même que la toxicologie est une science évolutive.

Jusqu’ici, le principe était clair : toute substance devait être régulièrement réexaminée à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques. Désormais, cette exigence est édulcorée. Le discours officiel parle de “lisibilité” et de “sécurité juridique” pour les agriculteurs. Le résultat, lui, est limpide : moins de contrôles, moins de remises en question, plus d’inertie.

Ce choix n’est pas anodin. Il entérine une hiérarchisation des priorités où la protection de la biodiversité et de la santé publique passe après la stabilité économique à court terme. Une décision politique, là encore, présentée comme technique.

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