Belgique : ils fabriquent de la bière avec le pain invendu

Par I Publié le 27 Mars 2015

Et si on réutilisait le vieux pain des supermarchés pour faire de la bière ? C’est le pari de deux jeunes entrepreneurs bruxellois, qui se sont inspirés de l'Antiquité pour créer Babylone, une bière sociale et solidaire.


(Crédit : Beer Project)
(Crédit : Beer Project)
Le 21 mars dernier, dans les locaux en chantier d'une future micro-brasserie bruxelloise, 800 personnes sont venues jouer les cobayes. Olivier De Brauwere et Sébastien Morvau, cofondateurs de l'association Beerproject présentaient leur nouvelle bière à base... de pain recyclé !

Leur breuvage a réussi son examen de passage : depuis, en seulement une semaine, les deux brasseurs ont recyclé plus d’une tonne de pain en bière fraîche ! "Son goût plait par sa note saline et toastée, qui vient du pain séché", se réjouit Olivier De Brauwere. Chaque bouteille renferme l’équivalent d’une tranche et demi de vieux pain, qui représente un tiers de la composition de cette nouvelle boisson.

La technique de brassage de Babylone - c'est son nom - s'inspire de celles de l'Antiquité. Il y a 7 000 ans, les Babyloniens faisaient fermenter leur pain pour fabriquer des boissons alcoolisées. Aujourd'hui, alors que nos sociétés cherchent à réduire leur volume de déchets, pourquoi ne pas réhabiliter ces techniques ? C'est la question que se sont posée les deux jeunes micro-brasseurs.

UN COUP DE VERT

"Cela fait des années que le monde brassicole belge repose sur un savoir-faire gigantesque et séculaire, un peu comme chez vous, en France, dans le domaine viticole", observe Olivier De Brauwere, cofondateur de l'association Beer Project en 2013, avec son ami Sébastien Morvan. Après s'être rapprochés de CODUCO, une association écologiste bruxelloise, ils aboutissent à ce constat : le monde de la bière belge a besoin d'un coup de vert.
 

(Crédit : Beer Project)
(Crédit : Beer Project)
"Après une longue phase de recherche et développement, nous avons élaboré une bière à base de nouvelles variétés de houblons, venues de Grande-Bretagne et des États-Unis, ainsi que de malts d’orge et surtout, de pain", explique Olivier De Brauwere. Les deux amis créent alors leur marque : Babylone.

Et pour appliquer à la bière les principes de l'économie circulaire (comprenez une économie où tout se recycle), les entrepreneurs se sont alliés à deux partenaires. L'Atelier Groot Eiland, une association à but non lucratif, récupère quotidiennement les invendus de pain auprès de trois supermarchés, tandis que l'entreprise Bier Anders se charge de brasser la bière.

"Chaque jour, une personne en réinsertion sociale se charge de couper en tranches 30 kg de pain, de le sécher dans un four à 180 degrés, pour enfin le mixer et en extraire une farine. C'est dans cette farine, conditionnée sous vide, que l'on trouve le sucre qui contribuera à faire fermenter la bière.".
Beer Project estime ainsi qu'il faut recycler 500 kg de pain pour produire 12 000 bières. Et afin d'accélérer la cadence de production de la Babylone, en vente depuis le 23 mars dans des bars, des supermarchés et des magasins spécialisés belges, l'association l'Atelier Groot Eiland envisage d'embaucher un deuxième employé.

Les deux entrepreneurs interviewés par la RTBF (Crédit : Beer Project)
Les deux entrepreneurs interviewés par la RTBF (Crédit : Beer Project)
À terme, les deux entrepreneurs espèrent commercialiser cette bière à l'étranger, notamment en France, comme le sont déjà leurs précédentes créations. Toutes ont été conçues avec l'aide du public, qui choisit chaque année les bières que l'association brassera.

600 000 BOUTEILLES

Aujourd'hui brassées par le partenaire de Beer Project, Deltha, Grosse Bertha, Dark Sister et bien d’autres bières, seront bientôt directement produites au sein de la micro-brasserie collaborative de l'association, dont l’inauguration est prévue pour l’été 2015. Un lieu dont la construction a été permise par le financement participatif. Contre 160 euros, les participants reçoivent douze bières gratuites par an… à vie.

Les deux entrepreneurs, qui espèrent produire un total de 200 brassins par an, soit 600 000 bouteilles, sont convaincus du potentiel de développement de leur nouveau breuvage : "Tout le monde est gagnant : les supermarchés, les consommateurs et l'environnement". Alors que les grandes surfaces commencent à se poser la question de leurs invendus, que de plus en plus d'acheteurs aspirent à consommer mieux, et qu'1,3 milliard de tonnes de denrées comestibles sont jetées à la poubelle chaque année, on serait tenté d'y croire avec eux.

Lara Charmeil
Journaliste à We Demain
@LaraCharmeil







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