Transition écologique : le défi colossal qui attend Monique Barbut

Monique Barbut en 2021, quand elle a pris la présidence de WWF France. - © WWF France

Publié le par Coline Bérard

Peu connue du grand public, Monique Barbut, la nouvelle ministre de la Transition écologique, n’en est pas moins une diplomate chevronnée. À 69 ans, cette économiste de formation a consacré l’essentiel de sa carrière à la défense de l’environnement sur la scène internationale. En 1992, elle participe à la création du Fonds mondial pour l’environnement, qu’elle finira par diriger. Deux décennies plus tard, entre 2012 et 2019, elle prend la tête du secrétariat exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, avant d’être nommée par Emmanuel Macron envoyée spéciale pour la biodiversité.

De 2020 à 2021, Monique Barbut représente ensuite la France au One Planet Summit pour la biodiversité en 2020-2021 avant de prendre la présidence du WWF France, l’une des principales ONG dédiées à la protection du vivant, jusqu’en 2023. Autant dire que cette figure de la société civile arrive avec un CV impressionnant et une parfaite maîtrise des négociations climatiques – un atout précieux à quelques semaines de la COP30. Reste à savoir si cette experte des dossiers techniques saura imposer sa voix dans un gouvernement où l’écologie reste souvent reléguée au second plan.

Un ministère fragilisé malgré un rang protocolaire renforcé

Autre nouveauté du gouvernement Lecornu II : le ministère de la Transition écologique remonte au quatrième rang dans la hiérarchie protocolaire – il n’était qu’à la onzième place sous le précédent exécutif (Lecornu I). Le symbole est fort, mais la réalité budgétaire, bien moins glorieuse. Les coupes opérées depuis février 2024 ont laissé des plaies profondes : budgets amputés, reculs environnementaux, attaques contre les énergies renouvelables et les agences nationales. Un ministère en tension, aux marges de manœuvre réduites, que Monique Barbut devra tenter de ranimer.

Pour cela, elle pourra compter sur deux délégués aux profils contrastés. Catherine Chabaud, ancienne navigatrice et première femme à avoir bouclé un tour du monde en solitaire, prend la Mer et la Pêche. Journaliste de formation – elle fut rédactrice en chef de la revue Thalassa –, elle a cofondé la plateforme Océan et Climat et la Fondation de la Mer, avant de siéger au Parlement européen (2019-2024).

À ses côtés, Mathieu Lefèvre, ancien député du Val-de-Marne et proche de Gérald Darmanin, devient délégué à la Transition écologique. Plus connu pour sa défense de la fin des 35 heures que pour ses positions vertes, il résumait récemment sa ligne dans une tribune : “Qui peut raisonnablement croire que nous financerons par de l’argent public que nous n’avons pas la transition écologique dont le coût sera de plusieurs dizaines de milliards d’euros ?”

Entre résistances internes et échéance internationale

Outre ces arbitrages internes, la ministre devra composer avec des résistances venues d’autres portefeuilles. À l’Agriculture, Annie Genevard, députée Les Républicains et secrétaire générale de LR, a été reconduite malgré son exclusion du parti de Bruno Retailleau. Opposée à la montée du bio et favorable à la loi Duplomb sur le retour de certains pesticides, elle incarne une ligne résolument productiviste. Et les questions d’énergie, elles, restent gérées par le ministère de l’Économie, sous la houlette de Roland Lescure – un partage des compétences qui réduit encore le poids politique de la Transition écologique.

Dans son calendrier chargé, Monique Barbut devra aussi faire de la place pour la 30e conférence climat de l’ONU. Elle représentera en effet la France lors des négociations de la COP30, qui s’ouvriront dans moins d’un mois (10 novembre 2025) aux portes de l’Amazonie, à Belém, au Brésil. Une échéance majeure… si elle est toujours en poste à cette date-là.

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