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60 euros la côte de boeuf : le vrai coût carbone des aliments

Des chercheurs allemands ont calculé le coût carbone des aliments, en comparant le bio et le conventionnel. Ils proposent de l’intégrer aux prix final des produits.

Le 14/01/2021 par Sofia Colla
Selon des chercheurs allemands, il faudrait intégrer le coût carbone dans le prix final du produit. (Crédit : Shutterstock)
Selon des chercheurs allemands, il faudrait intégrer le coût carbone dans le prix final du produit. (Crédit : Shutterstock)

Quel serait le prix de nos courses si leur impact carbone était pris en compte ? Pour la première fois, des chercheurs allemands de l’université technique de Munich ont calculé le coût financier de cette empreinte carbone. Une étude publiée dans la revue scientifique Nature le 15 décembre dernier.

Pour cela, ils ont divisé les catégories d’aliments en trois : les produits carnés, laitiers et végétaux, Sans surprise, le coût le plus élevé en termes de gaz à effet de serre est celui de la viande.

Plus étonnant, l’étude montre que l’empreinte carbone de certains produits biologiques est parfois identique à celui des produits conventionnels. C’est le cas pour la viande, dont l’impact est évalué à 2,41 euros le kilo. Suivent les produits laitiers conventionnels à 24 centimes d’euros par kilo (19 centimes en bio). Le coût le plus bas revient aux végétaux biologiques : 2 centimes d’euros le kilo (4 centimes en non bio).

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La viande bio parfois plus polluante

Contrairement aux catégories d’aliments, l’influence des méthodes de production sur les coûts climatiques externes est bien moindre”, souligne l’étude. La culture biologique peut même s’avérer plus émissive dans certains cas.

“Pour les catégories des œufs, de la volaille et des ruminants, l’agriculture biologique entraine des émissions plus élevées. Pour le porc, cependant, l’agriculture biologique permet de réduire les émissions.”

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Si la viande biologique génère souvent plus d’émissions, c’est que les animaux disposent de plus de terre, vivent plus longtemps et sont donc nourris plus longtemps, pour un rendement inférieur à l’agriculture conventionnelle.

“43 kg d’aliments sont nécessaires pour produire 1 kg de viande bovine”, précisent les auteurs de l’étude. 

Les ruminants sont la catégorie la plus émettrice. Le poulet est la denrée carnée qui a le ratio le plus bas de toutes les viandes. Les produits secondaires tels que le lait ou les œufs produisent moins d’émissions.

Pollueurs – payeurs

Bien sûr, les scientifiques soulignent qu’un passage à l’agriculture biologique est important pour les sols et les écosystèmes. Il l’est aussi pour la santé humaine.

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Mais ils précisent que cette transition ne peut être réellement bénéfique pour la planète sans changement de mode de consommation. Manger moins de viande de boeuf reste crucial pour diminuer les émissions.

Pour accélérer ce changement, les chercheurs estiment qu’il faudrait ajuster les prix des produits en fonction de leur coût carbone. “Afin de réduire l’écart entre les prix actuels du marché et les coûts réels des denrées alimentaires, les émissions de GES de l’agriculture doivent être quantifiées et monétisées”, écrivent-ils. Si cela était le cas, le prix de la viande conventionnelle augmenterait de 40 %, contre 25 % pour la viande biologique (une augmentation moindre car celle-ci est déjà plus chère). En prenant en compte cette surtaxe carbone, 1 kilo de bœuf à 25 euros coûterait en fait 60 euros. 

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Les universitaires plaident aussi pour une aide aux foyers les plus démunis. Cette mesure pourrait, selon eux, encourager les consommateurs à se tourner davantage vers les végétaux, moins polluants, et notamment vers les légumineuses, la catégorie qui génère le moins de gaz à effet de serre. 

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