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Bientôt une sécurité sociale de l’alimentation ?

Le collectif “Pour une sécurité sociale de l’alimentation” propose d’allouer à tous un chèque pour mieux manger. Le point sur ce projet alléchant en six questions.

Le 03/05/2021 par Ouns Hamdi
La sécurité sociale de l'alimentation doit permettre d'accéder à des aliments de qualité, bio, locaux.
La sécurité sociale de l'alimentation doit permettre d'accéder à des aliments de qualité, bio, locaux. (Crédit : Shutterstock)
La sécurité sociale de l'alimentation doit permettre d'accéder à des aliments de qualité, bio, locaux. (Crédit : Shutterstock)

Mettre fin à la faim. Et permettre à chacun de choisir des aliments de qualité. Pour y parvenir, un collectif défend une idée novatrice : la création d’une “sécurité sociale de l’alimentation”. Chaque mois, les Français recevraient une somme fixe pour mieux manger.

Un système universel, financé par des cotisations comme l’assurance maladie, qui assurerait aussi des débouchés à l’agriculture bio et locale. Bref, une petite révolution de l’alimentation, selon ce collectif composé notamment d’Ingénieurs sans frontières (ISF), de la Confédération paysanne ou du Secours Catholique. Belle utopie ou projet réaliste ? Explications en six questions.

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1. Quel montant et qui pourrait en bénéficier ?

Tout comme la sécurité sociale de la santé, Vivien Bourgeon, militant du collectif, précise que celle pour l’alimentation “sera accordée à tous, sans conditions de revenu, pour ne pas stigmatiser les plus précaires”.

Si les contours de la proposition sont établis, les détails peuvent évoluer. “Nous partirions sur 150 euros par personne et par mois. C’est une base qu’on a choisie, mais si on se rend compte que c’est insuffisant, cela pourra être recalculé”, prévoit Vivien Bourgeon. Le montant pourrait aussi être pondéré en fonction du lieu de vie.

2. Quels produits seraient pris en charge ? 

L’initiative se base sur le modèle de la sécurité sociale. À savoir, un système de démocratie au sein des caisses locales. “Des tirés au sort ou élus auront du temps pour se former et pourront ensuite prendre des décisions collectives sur ce qu’on peut produire sur le territoire, et sur ce qu’il est possible ou non d’acheter avec la nouvelle ‘carte vitale alimentaire’”, explique Vivien Bourgeon.

Cette idée s’appuie aussi sur l’expérience de la Convention citoyenne pour le climat. “Elle a pu montrer que, lorsque les personnes ont le temps de se former, ils sont capables de faire des choix pour l’intérêt général. On fait l’hypothèse que des citoyens bien informés décideront plutôt de conventionner des produits bio, locaux, mais on ne veut pas l’imposer. 

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3. D’où vient cette idée de sécurité sociale de l’alimentation ?

Vivien Bourgeon déplore qu’on ait “longtemps pensé qu’il suffisait d’installer des agriculteurs en maraîchage bio pour que les gens mangent des légumes organiques et locaux. Une fois qu’on a pourvu la demande des classes sociales aisées, on ne constate pas d’augmentation de la demande”.

Un constat partagé par Louise Seconda, docteur en santé publique et autre militante du collectif. “On dit aux gens de consommer autrement s’ils ne sont pas contents des modèles de productions industriels, en les faisant culpabiliser. Mais on n’a pas tous la même bourse et les moyens de le faire, regrette-t-elle. Avec cette sécurité sociale de l’alimentation, le collectif a donc pour objectif de créer une nouvelle demande. Mais aussi de transformer l’agriculture.

Un enjeu sanitaire également : “Aujourd’hui on a plus de 20 % de la population qui se dit en insatisfaction alimentaire, que ce soit en termes de qualité ou de quantité, rappelle Louise Seconda. Une situation qui peut avoir des répercussions physiques, mais aussi psychologiques. Pour l’instant, ça semble un peu contradictoire d’assurer la santé sans assurer l’alimentation”

4. Cette idée s’oppose-t-elle à l’aide alimentaire existante ? 

5,5 millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire en 2019, avant la crise du Covid. Un chiffre qui risque d’augmenter avec la pandémie. Mais cette aide ne convient pas au collectif. “C’est déjà très dur quand on n’a pas les moyens de s’acheter ce qu’on veut. Mais si en plus on nous impose ce qu’on doit manger, et si on mange ce que les autres n’ont pas voulu, on est au niveau zéro du droit à l’alimentation“, estime Vivien Bourgeon. On n’imagine pas quelqu’un se faire payer sa consultation médicale par une association caritative. De la même manière, ce n’est plus acceptable quelqu’un aille dans une association pour se nourrir”, compare Vivien Bourgeon. 

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5. À combien chiffre-t-on cette sécurité sociale de l’alimentation et comment la financer ?

Entre les sommes versées et le budget de fonctionnement, le collectif estime qu’il faudrait 120 milliards pour faire tourner la sécurité sociale de l’alimentation. Un projet qui serait financé par de nouvelles cotisations mais dont les modalités pratiques restent encore très abstraites. “Pour l’instant, on pense à une cotisation progressive sur les salaires brut ou net. Et/ou un prélèvement sur la valeur ajoutée. On peut aussi imaginer des cotisations proportionnelles aux revenus, ou d’autres modes de financement. Tout le monde n’est pas encore d’accord sur le sujet.”

6. Des politiques sont-ils intéressés par cette idée ? 

Le collectif aurait d’ores et déjà reçu des sollicitations de divers partis politiques, mais souhaite surtout “que cette idée se diffuse dans la société“. Il a aussi eu des demandes d’expertises de députés, auxquels il répond “quelque soit le parti. C’est ensuite à eux de traduire cette idée comme ils le souhaitent dans leurs propositions politiques”. Prochainement, il ne serait donc pas impossible de voir émerger à l’Assemblée Nationale des débats sur la sécurité sociale de l’alimentation. 

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