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Crise climatique : ce mémo de 1977 de la Maison-Blanche qui aurait pu tout changer

Révélé le 16 juin dernier par le Guardian, un mémo reçu au bureau oval sous la présidence de Jimmy Carter en 1977 alertait déjà des dangers des émissions mondiales de CO2 sur l’environnement. Une note qui aurait pu changer le monde.

Le 20/06/2022 par Lorine Toumia
Jimmy Carter est le premier locataire de la Maison blanche à y avoir fait installer des panneaux solaires. Photograph: Harvey Georges/AP
Jimmy Carter est le premier locataire de la Maison blanche à y avoir fait installer des panneaux solaires. Photograph: Harvey Georges/AP

Il y a moins de cinquante ans atterrissait, dans le bureau oval de la Maison-Blanche, une note qui aurait pu changer le monde. La note, désormais déclassifiée, vient d’être dévoilée par le journal britannique The Guardian. Appelée “Libération de CO2 fossile et possibilité d’un changement climatique catastrophique“, elle expliquait déjà en substance comment éviter une future crise climatique. Une note dont Jimmy Carter, alors président des États-Unis et malgré son intérêt pour le sujet, n’a su prendre la réelle ampleur.

A peine élu en janvier 1977, l’homme politique démocrate, s’était pourtant construit l’image d’un président sensible aux enjeux environnementaux. C’est notamment le premier locataire de la Maison blanche à y avoir fait installer des panneaux solaires. Il proposa même un plan national pour le développement des énergies renouvelables. Etonnant, surtout lorsqu’on voit le peu d’intérêt porté à la note précurseure rédigée par son conseiller scientifique de l’époque.

Extrait de la note de Frank Press. Cliquez pour la voir en intégralité. Photo : Office of the President of the USA.
Extrait de la note de Frank Press. Cliquez pour la voir en intégralité. Photo : Office of the President of the USA.

Un mémo sur les effets du CO2 et précurseur sur la crise climatique

Derrière ce mémo, un homme, Frank Press, conseiller scientifique en chef du président Carter. Le géophysicien a su, en une page, pointer les signes avant coureurs du changement climatique et l’urgence d’agir sur la question. L’urgence du problème vient de notre incapacité à passer rapidement à une source non fossile d’énergie dont les effets négatifs deviendront incontestables peu après l’an 2000″, explique-t-il dans son mémo.

A l’époque, ses analyses étaient déjà en phase avec les projections de la communauté scientifique sur les énergies fossiles. Des analyses et un raisonnement scientifiques qui, bien que totalement validés aujourd’hui, étaient encore trop en avance sur leur temps… Et qui n’ont donc, hélas, jamais été appliqués par le gouvernement américain.

La position contradictoire de Carter en matière d’énergie

Si certains ont jugé le manque d’action de Jimmy Carter face à l’alerte de la note de Frank Press, injustifiable. Le président aurait néanmoins pris en compte l’avertissement du mémo de son conseiller. D’importantes lois comme le lancement des premiers nettoyages des déchets toxiques à échelle fédérale. Ou la création de normes pour l’économie du carburant, ratifiées sous son mandat, en témoignent. 

Un engagement environnemental et une note malheureusement très vite balayés par le contexte de sa présidence. A commencer par la crise pétrolière mondiale de 1973, à laquelle Jimmy Carter cédera en boostant la production pétrolière américaine. Pour finir, le mémo sera définitivement retiré sous la présidence de Ronald Reagan, le successeur de Jimmy Carter.On peut alors légitimement se demander à quoi cette note aura servi ?

Malgré tout, elle aura pourtant permis d’influencer un homme important dans l’histoire de la politique l’écologie : Stuart E. Eizenstat, conseiller en chef de la politique intérieure de Carter de 1977 à 1981. En effet, en 1997, l’ex-conseiller s’est engagé à servir de négociateur principal des Etats-Unis lors du Protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique. Un événement de taille sur le plan écologique, où les Etats-membres ont reconnu leur responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre. Une note qui aura donc tout de même fait son chemin, même si elle aurait pu avoir un retentissement d’une tout autre ampleur.

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