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Paris, le nouvel Amsterdam du vélo ?

Pionnier des transports partagés grâce à Vélib et Autolib, Paris est devenu un extraordinaire labo de la mobilité douce.

Paris à vélo
Bienvenue à Panamsterdam (ou presque) ! A Paris, la pratique du vélo a progressé de 66 % en un an. (Crédit : Bruno Fert)
Bienvenue à Panamsterdam (ou presque) ! A Paris, la pratique du vélo a progressé de 66 % en un an. (Crédit : Bruno Fert)

Connaissez-vous une capitale où l’on compte désormais sur ses grands axes davantage de vélos que de voitures, où la marche est plébiscitée, et où les mobilités en auto-partage se développent au rythme de l’innovation ? Amsterdam, Copenhague, Berlin ? Non, Paris, qui, comme Lyon, Bordeaux ou Strasbourg, vit une révolution silencieuse. 

Georges Pompidou voulait “adapter Paris à l’automobile”. L’ambition est aujourd’hui d’en faire la capitale de la bicyclette et de la “micromobilité”. Mais entre accidents, vandalisme et fausse écologie, le chemin est encore long pour atteindre cette cité apaisée et partagée. Promenade dans le Paris des mobilités douces et innovantes.

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À vélo, on dépasse les autos

La bicyclette est la grande gagnante de la politique anti-pollution, des grèves et du confinement. Ou plus simplement du plaisir de pédaler et d’échapper aux transports en commun. Aujourd’hui, 500 000 “biclous” circulent dans Paris. Soit autant que de deux-roues motorisés. L’engouement est sans précédent, avec une pratique qui a progressé de 66 % en an. Les embouteillages de vélos ont même fait leur apparition. En septembre  2020, le boulevard Sébastopol affichait 18 000 cyclistes par jour, davantage que de voitures ! Et rue de Rivoli, la “coronapiste” a fait passer le trafic de 2 000 à 14 000 vélos par jour entre 2019 et 2020  !

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Jamais les Parisiens n’ont autant pédalé. Vélib, né en 2007, en est le premier bénéficiaire : après un changement d’exploitant pour le moins chaotique en 2018, le service de location en libre-service et sa flotte de 19 500 vélos ont atteint 400 000 abonnés, 150 000 de plus en un an. Le nombre de courses quotidiennes peut atteindre les pics à 210 000, dont plus de la moitié avec des vélos électriques. Plusieurs opérateurs, souvent asiatiques, se sont aussi lancés à partir de 2017 dans les vélos partagés, qui étaient trop souvent abandonnés au milieu des trottoirs. La mairie de Paris est intervenue, et la plupart des opérateurs se sont découragés. Il ne restait plus que l’opérateur Jump, avec sa flotte de 500 vélos électriques, mais la start-up néerlandaise Dott les a rejoint en mars  2021.

Accident et vandalisme

La petite reine est aussi victime de son succès. Les accidents ont bondi de 30 % en un an avec 580 blessés déclarés et 4 morts sur les huit premiers mois de 2020. Il s’agit la plupart du temps de collisions avec des voitures ou des camions, qui se soldent par de grosses égratignures ou des fractures de la clavicule, du poignet ou de la jambe. Le président de l’association Paris en selle, Jean-Sébastien Catier, met en cause la discontinuité du réseau cyclable et demande une amélioration des aménagements existants. Mais l’indiscipline des cyclistes est aussi responsable de la moitié des accidents. Le nombre des PV les concernant a triplé en un an.

L’autre plaie qui freine le développement de la bicyclette, c’est le vandalisme et le vol qui explosent. Jusqu’à 1 000 Vélib disparaissent chaque semaine. L’opérateur Smovengo en récupère une bonne partie, mais avec souvent les roues tordues, les câbles arrachés, les feux arrière cassés… Quand ils ne finissent pas brûlés ou jetés dans la Seine  !

Les vélos des particuliers ne sont pas épargnés : la préfecture de police enregistre 17 vols par jour à Paris. Un tiers des cyclistes parisiens, pourtant équipés d’antivols, se sont fait dérober leur deux-roues au moins une fois en dix ans, révèle Nicolas Louvet, du bureau d’études 6t. Seuls 2 à 3 % de ceux qui ne sont pas équipés d’un système d’immatriculation sont retrouvés. D’autres finissent en vente sur des sites internet ou sont acheminés vers des pays comme le Maroc.

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Un besoin criant de stationnements sécurisés

Une première parade est le marquage, rendu obligatoire en 2021 pour les vélos neufs ou d’occasion achetés chez un revendeur agréé. Mais les associations comme la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) pressent aussi la mairie de Paris d’augmenter le nombre des stationnements sécurisés. À côté des 15 000 arceaux existant, le maire adjoint aux transports David Belliard met en avant les 50 véloboxes – des caissons grillagés pour 6 vélos, avec abonnement – ouverts fin 2020. Deux vélostations couvertes de 200 et 375 places sont désormais en service gare de Lyon et gare Montparnasse. Des emplacements payants sont disponibles dans les parkings Indigo pour 7  euros mensuels, et la mairie travaille à reconvertir des places de voitures dans des logements sociaux en stationnements pour vélos…

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