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Pesticides : une étude prouve bien leur nocivité extrême sur la biodiversité

Une vraie plaie pour la biodiversité. Une vaste étude prouve une fois de plus l’impact négatif des pesticides sur l’environnement. Et ce, dans de très nombreux domaines.

Le 08/05/2022 par Florence Santrot
Papillon

Le résultat est sans appel : oui, les produits phytopharmaceutiques sont bien extrêmement nocifs pour la biodiversité en France. Trois ministères – la Transition énergétique, l’Agriculture et la Recherche – ont commandité cette vaste étude, dévoilée début mai. Pour créer cette méta-analyse, il a fallu deux ans et 46 experts affiliés à 19 organismes. Parmi eux, l’Inrae (Institut national de recherches pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et l’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer). C’est la plus vaste étude sur les pesticides jamais réalisée à ce sujet dans l’Hexagone.

Et ce, même si le problème est déjà documenté depuis plusieurs années. Chaque année en France, ce sont entre 55 000 et 70 000 tonnes de produits phytopharmaceutiques qui se vendent. Utilisés aussi bien dans l’agriculture que dans les jardins, on les retrouve dans la moitié des fruits et légumes consommés. Mais ils contaminent aussi les sols et les cours d’eau, les animaux (notamment les invertébrés, les amphibiens, les oiseaux mais aussi les insectes tels que les abeilles). On retrouve même des traces dans le corps des êtres humains.

Depuis la zone d’épandage jusqu’aux milieux marins

Pour réaliser leur méta-analyse, la quarantaine d’experts a passé en revue quelque 4 000 études scientifiques déjà publiée. Elles portaient soit sur la France soit sur des zones géographiques similaires. Objectif : réaliser une synthèse des connaissances sur l’impact des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les écosystèmes.

Dans leur rapport, les scientifiques notent que “l’état actuel des connaissances montre une large contamination des écosystèmes par les produits phytopharmaceutiques. Avec un pic de contamination dans les espaces agricoles – dans les sols, les petits cours d’eau et l’air… Là où ils sont majoritairement appliqués. Cette contamination touche aussi les zones situées à distance des parcelles cultivées comme les milieux aquatiques et les sédiments. Ceci jusqu’à des milieux reculés comme les zones proches des pôles et les grands fonds marins.

Des traces de pesticides interdits depuis plusieurs décennies

Des traces de substances ont été retrouvées à des centaines ou des milliers de kilomètres de leur zone d’application. Aussi, les études font état de produits interdits depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies. Enfin, le rapport souligne que l’exposition aux pesticides est “avérée pour un large panel d’organismes. Et montre que la contamination se propage aussi parfois le long des réseaux trophiques”.

“Les études disponibles publiées ces vingt dernières années permettent d’affirmer de manière robuste que les produits phytopharmaceutiques sont une des causes majeures du déclin de certaines populations”, affirme Stéphane Pesce, de l’Inrae.

De multiples effets nocifs sur la biodiversité et les écosystèmes :

  • Un déclin des populations d’invertébrés terrestres. Comme les insectes pollinisateurs et les coléoptères prédateurs de certains ravageurs des cultures.
  • Un déclin des invertébrés aquatiques et d’oiseaux communs. On peut citer les abeilles, es coléoptères prédateurs, les oiseaux, les chauve-souris, les amphibiens, etc.
  • Un facteur aggravant de l’état de santé des écosystèmes, classé au 4ème rang des facteurs directs pesant sur la nature à l’échelle mondiale, parmi les autres types de pollution, et devant les espèces exotiques envahissantes.
  • Côté mer, des impacts directs et indirects sont confirmés à l’échelle des individus (sensibilité accrue des huîtres ou des dauphins à des virus, disparition d’habitats essentiels pour les invertébrés marins…).

Contre les pesticides, des mesures qui tardent à être appliquées

Malgré une littérature scientifique fournie et sérieuse sur le sujet, la diminution du recours aux produits phytosanitaires en France se fait attendre. Pourtant, dès 2007, le Grenelle de l’environnement avait fixé un objectif de réduction de 50 % de l’usage des pesticides de synthèse sur dix ans. De multiples plans allant dans ce sens ont depuis été adoptés par le gouvernement. Mais ils ont tous échoué les uns après les autres.

Au niveau de l’Union européenne aussi, des propositions émergent pour lutter contre les pesticides. Actuellement, une proposition est à l’étude pour réduire de moitié l’usage de pesticides à échéance 2030. A voir si, cette fois, les mesures seront réellement adoptées. Il y a urgence, comme ne cesse de le rappeler le GIEC.

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