Acheter une robe à 9,99 euros ou une coque de téléphone à 3 euros sur Shein ou Temu ? Jusqu’ici, ces petits plaisirs n’étaient pas taxés. Malgré les polémiques – Shein au BHV, nombre de produits illégaux vendus sur ces plateformes, menaces de suspension –, les géants chinois du e-commerce ont le vent en poupe et inondent l’Europe, notamment, de leurs articles à prix minis. Or, les colis d’une valeur inférieure à 150 euros échappaient jusqu’à présent aux droits de douane à leur arrivée en Europe. Une niche devenue un gouffre : plus de 12 millions de paquets arrivent chaque jour sur le sol européen, deux fois plus qu’en 2023, selon la Commission.
Résultat : des services de douane débordés et une distorsion de concurrence majeure avec les entreprises européennes, qui, elles, paient TVA et droits à l’importation. La France, en première ligne sur ce dossier, a obtenu un accord politique pour supprimer cette exemption dès le premier trimestre 2026. Un an et demi plus tôt que ce que prévoyait initialement Bruxelles. “La France a pris l’initiative pour réagir au phénomène des petits colis et cela a payé », se félicite le ministre de l’économie, Roland Lescure.
Taxer, mais dans quelle proportion ? La France pousse pour un prélèvement fixe
Derrière ce tournant, un débat technique mais décisif : faut-il un taux proportionnel – variable en fonction de la valeur du bien transporté – ou une taxe fixe ? La Commission européenne propose un taux forfaitaire (par exemple 10 % du prix du produit), tandis que Paris plaide pour un montant unique de 5 euros par colis. Roland Lescure justifie ainsi cette approche : “Les exportateurs chinois sous-évaluent systématiquement la valeur de leurs paquets. Un montant fixe serait plus juste et plus simple à appliquer.”
Ce n’est pas qu’un sujet fiscal : c’est un bras de fer commercial. Car les plateformes asiatiques jouent sur les failles du système, en déclarant des valeurs artificiellement basses pour contourner les taxes, ou en expédiant des produits dangereux ou contrefaits. En 2022, Près de trois quarts des contrefaçons saisies en Europe provenaient de Chine, rappelle la Commission européenne.
Une urgence économique et environnementale
Au-delà de la perte de recettes fiscales, c’est tout un modèle logistique qui interroge. Les petits colis voyagent par avion, souvent à perte pour des produits à faible valeur ajoutée. Résultat : leur empreinte carbone est vertigineuse. “Ce calendrier est incompatible avec l’urgence de la situation”, a insisté le commissaire au commerce Maros Sefcovic dans une lettre aux États membres.
Certaines mesures sont déjà envisagées en parallèle, comme des frais de gestion de 2 euros par colis, à partir de novembre 2026, afin d’aider les douanes à absorber ce flux exponentiel. La Roumanie applique déjà ce système, la France y réfléchit.
Shein et Temu dans le viseur… et tous les autres
Le coup de semonce vise directement les plateformes chinoises. Après le scandale des poupées pédopornographiques vendues sur Shein, la France avait appelé à suspendre temporairement ses ventes, avant de se raviser. Mais le message est clair : l’Europe ne veut plus être un terrain de jeu sans règles. Surtout que derrière Shein et Temu, d’autres sont déjà bien implantés – tel AliExpress – ou sont en train de monter en puissance, à l’instar de JD.com.
Cette future taxe sur les colis n’éteindra pas à elle seule l’incendie, mais elle marque une prise de conscience : derrière chaque “bon plan” livré depuis l’autre bout du monde, il y a des coûts cachés – sociaux, écologiques et économiques. Et une question politique : jusqu’où les Européens sont-ils prêts à aller pour défendre leur souveraineté commerciale ?
Le ministre de l’Économie de conclure : “C'est une étape clé pour la protection des consommateurs européens et du marché intérieur, qui permet de lutter plus efficacement contre les produits dangereux et non conformes à nos réglementations européennes. […] Nous avons franchi un grand pas pour la souveraineté économique de l'Union européenne.