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I.A., Ô mon I.A., suis-je toujours le plus beau ?

L’intelligence artificielle séduit, étonne, inquiète… Et lorsqu’elle s’attaque à la plus humaine et la plus subjective des appréciations – les critères de beauté – elle interpelle forcément. Le beau, une affaire d’algorithmes ?

Le 15/03/2021 par Cyril Fiévet
I.A
(Crédit : Mads Perch/Getty Images)
(Crédit : Mads Perch/Getty Images)

Je ne suis pas trop moche. Ce n’est pas moi qui le dis, ni ma tendre mère, ni même la femme de ma vie. Non, c’est une intelligence artificielle qui le dit. Elle me l’assure, mon “score de beauté” est de 7,2 sur 10. Je m’en sors bien.

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En quelques minutes passées sur un site Web, en face de ma webcam, un logiciel a analysé mon visage. Il en a déduit, presque instantanément et avec un “taux de confiance de 100  %”, que j’étais un homme, que j’avais entre 52 et 55 ans (j’en ai 53) et que j’avais “l’air triste” (en plein confinement solitaire et souffrant du Covid-19 depuis plus de deux mois, c’est probable). L’algorithme a finalement conclu que j’étais “normal à 92  %”.

Le site en question s’appelle “How normal am I ?” (“À quel point suis-je normal ?”). Il ne résulte pas d’une pirouette marketing d’une marque de cosmétiques, mais s’inscrit dans un vaste projet de recherche européen, Sherpa. Lancé en 2020 et impliquant onze partenaires dans six pays européens, le projet vise à “mieux comprendre les conséquences des systèmes d’information intelligents, résultants de l’intelligence artificielle et du big data, sur les plans de l’éthique et des droits de l’homme”

Les biais du beau

“How normal am I ?” a été créé par le Néerlandais Tijmen Schep, artiste et concepteur de systèmes numériques respectant la vie privée. Ravi mais surpris du succès de son site – deux semaines après son lancement fin septembre 2020, plus de 100 000 personnes y avaient déjà testé leur visage –, il met en garde contre les effets pervers de systèmes qui nous jugent à notre insu, imposant une sorte de “normalité artificielle”. 

“Ces systèmes “intelligents” influencent de plus en plus nos vies. Sur les sites de rencontres, vous risquez de n’être mis en relation qu’avec des personnes jugées aussi attirantes que vous”, explique-t-il. 

Et de souligner  : ”Si vous obtenez un score de beauté de 6,5, est-ce bon ou mauvais ? Pour le savoir, vos résultats sont comparés aux scores des personnes qui vous ont précédé. Vous pouvez ainsi savoir si vous êtes dans la moyenne ou non. C’est la même chose qui se produit aujourd’hui, avec des systèmes d’IA [intelligence artificielle] qui nous comparent les uns aux autres. Or pour un algorithme, “normal” ne peut être défini que mathématiquement, ce qui induit un glissement entre “être normal” et être juste “moyen”.”

Le point est marqué. Mais il demeure que, bon ou mauvais, le “score de beauté” que vous attribue une machine est troublant en soi.

L’idée n’est pas nouvelle. En 2016, un concours international de beauté pas comme les autres, Beauty.ai, défrayait la chronique et engendrait une vive polémique. Son ambition  : laisser des intelligences artificielles désigner “les personnes les plus attirantes” parmi plus de 6 000 photos de visages envoyés par les internautes. Le problème ? Sur les 44 plus “belles” personnes du palmarès final, 37 étaient blanches, une seule avait la peau foncée (alors que beaucoup de participants émanaient d’Inde ou de pays africains). Allons bon. Même une IA peut donc être raciste ?

À lire aussi : Les algorithmes sont-il sexistes ?

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