Rassembler toutes les populations de Strasbourg grâce à une monnaie complémentaire. C’est le projet de l’association La Stückerie, dont les premiers billets, les “Stück” (traduisez par le “morceau” ou “le petit truc”), sont partis à l’imprimerie début juin et seront mis en circulation fin septembre dans la capitale du Bas-Rhin. 100 000 Stück s’échangeront alors à Strasbourg et dans sa région.
L’idée est née en 2013 lors d’un forum organisé par les associations Colibris 67 Strasbourg et Eco-Quartier Strasbourg. Ce jour-là, des citoyens se demandent “comment remettre l’homme et la nature au cœur du projet de société”.
Le projet prend forme en 2014. Une étude de faisabilité est financée par la mairie, une campagne de financement participatif permet de lever 11 000 euros, des subventions municipales sont votées, des billets sont dessinés et conçus de façon à ne pas pouvoir être falsifiés.
Sur chacun d’entre eux, on retrouve un slogan différent. “Le petit rien qui fait du bien” par exemple. Le tout en trois langues : français, allemand, alsacien. Car l’idée est d’abord de créer une monnaie complémentaire pour les Strasbourgeois, notamment afin de développer les circuits courts. À terme, l’association veut faire de son Stück l’unité d’échange parallèle du bassin transfrontalier franco-allemand.
Chaque unité du Stück vaut un euro. Pour l’heure, 125 personnes ont adhéré à son réseau d’utilisateur, moyennant une cotisation minimum de cinq euros par an. Une adhésion nécessaire pour pouvoir payer dans cette devise dans les commerces partenaires (signalés par un autocollant “Commerce en Transition”) et l’utiliser dans les échanges inter-entreprises.
Parmi ces commerces, des enseignes comme Biocoop, des librairies comme la Maison de la sagesse, des commerces de cosmétiques, des restaurants… Chacun d’entre eux s’acquittant d’une cotisation minimum de 10 euros par an.
En rejoignant le réseau, les commerçants et les entreprises partenaires acceptent aussi de bousculer leurs façons de fonctionner en interne.
Une façon, pour la vingtaine de bénévoles et les quatre futurs employés du Stück, “d’accélérer le changement vers une économie plus humaine, écologique et solidaire”.
Côté change, les utilisateurs pourront convertir leurs euros en Stück au sein de ces enseignes, mais aussi au siège de l’association. L’antenne strasbourgeoise de la Nef, première banque éthique française, et le Crédit municipal de Strasbourg mettront aussi en place des points de change, tout en créant des fonds de garantie pour cette nouvelle devise.
Voyant dans ce projet une “bataille culturelle”, l’élu veut croire que cette nouvelle monnaie permettra aux magasins situés dans les quartiers populaires de “retrouver un sens” à leur activité. Tout en fédérant les clients des différents quartiers de la ville autour d’une devise familière.
Lors des différentes réunions publiques organisées par la ville, l’association Kolibri, Eco-Quartiers et le Stück, les interrogations n’ont cependant pas manqué.
Pour les rassurer, les membres du réseau leur ont rappelé le concept et l’intérêt d’une monnaie locale complémentaire. En France, il en existe actuellement une quarantaine. Qu’il s’agisse de l’Abeille, dans le Lot-et-Garonne, ou de l’Eusko dans le Pays Basque, toutes servent le même objectif : revenir à la fonction première de l’argent, à savoir l’échange entre individus. Avec les monnaies complémentaires, pas de spéculation ni d’épargne possible.
Car la plupart de ces devises, dotées d’une date d’émission, perdent 2 % de leur valeur après trois mois sans utilisation. Les membres du Stück, eux, ont choisi que cette fonte se ferait sur neuf mois. La devise alsacienne perdra progressivement de sa valeur pour favoriser sa circulation rapide. Et ainsi stimuler l’activité économique locale.
Une espérance que partage le conseil municipal, qui a délibéré le 18 mai en faveur de la monnaie complémentaire locale. Avant de tenter la traversée du Rhin, les promoteurs du Stück entendent rassembler 500 à 3 000 usagers côté français.
Lara Charmeil
Journaliste à We Demain
@LaraCharmeil