À contre-courant des vagues de touristes émerveillés, je dois raser les murs pour ne pas me faire engloutir. Les guides de Venise brandissent le Tourist Guide Flag et s’assurent que personne ne s’est égaré, tout en s’égosillant pour décrire les lieux – une récente mesure prise à la suite des plaintes des habitants leur interdit désormais d’utiliser un haut-parleur. De même, les groupes de visiteurs ont été limités à vingt-cinq pour “réguler le surtourisme”, selon les termes de la municipalité. Il n’empêche : le centre historique est toujours aussi noir de monde.
Au milieu de cette cohue, j’aperçois un groupe de personnes en train de ramasser canettes, emballages et autres déchets abandonnés par les visiteurs, ou encore de nettoyer des tags sur les murs. Rien à voir avec des agents de la mairie, ce sont bel et bien des touristes. Mais d’un nouveau genre, ceux qui pratiquent le tourisme régénératif, comme le promeut Isabelle Kahna dans son association Les Ailes de Venise, créée il y a huit ans. “J’avais une obsession : prouver qu’un séjour peut laisser une trace utile pour la ville et ses habitants.” Selon cette adepte du voyage utile, la Sérénissime est la ville idéale pour expérimenter le concept de “responsabilité sociétale du voyageur” (RSV).