C’est une aventure collective, qui a démarré à la faveur d’une opportunité rare : celle de pouvoir utiliser un labo de transformation fonctionnel, au sein d’un ancien élevage de poulets, devenu O Champ du Coq, un tiers-lieu rural. La vapeur des marmites remplace désormais les plumes. Cet atelier de 200 m², à Plovan dans le Finistère, accueille des équipements de conserverie mutualisés, donnant vie à l’idée d’une poignée de paysans maraîchers du coin et de quelques bénévoles.
Grâce à des machines professionnelles, dont un autoclave – qui vient d’être prêté par une entreprise voisine – pour la stérilisation, ils y transforment leurs productions de fruits et légumes toute l’année. Conserves, potages, confitures, purées ou légumes lactofermentés y sont déjà produits à petite échelle, mais pourraient, à terme, nourrir la restauration collective du pays Bigouden.
Partager les coûts… mais aussi les bonnes idées
Né d’une réflexion collective sur la transformation alimentaire menée par sept maraîchers bio, soucieux de valoriser leurs productions localement, le projet “Laboco” (pour labo collectif) a vu le jour en 2022. “On parle souvent de l’alimentation du champ à l’assiette, mais on oublie la question centrale de la transformation. Soit on la fait faire par des entreprises spécialisées, soit il faut s’équiper, ce qui demande de gros investissements. Un atelier carrelé, c’est déjà plusieurs dizaines de milliers d’euros”, détaille Juliette Quillivic, artisane semencière et productrice de petits fruits à Plouhinec (Finistère) qui a participé à la création du projet.
Et d’ajouter : “En mutualisant les outils au sein du labo, les producteurs peuvent rassembler leurs productions et donc trouver de nouveaux débouchés, tout en partageant les coûts de transformation et de transport.” Du bon sens paysan, qui offre la possibilité de revenus complémentaires pour les petits producteurs.
Une offre de produits bios en circuit court
L’association, qui s’est créée autour du projet, s’est donné plusieurs objectifs ambitieux pour répondre aux enjeux actuels de l’alimentation : promouvoir des pratiques agricoles durables et respectueuses de l’environnement, encourager la consommation de produits locaux et de saison, éduquer la population sur les bénéfices d’une alimentation saine et équilibrée et soutenir les initiatives d’économie circulaire dans le secteur alimentaire.
Pour se lancer, le projet s’est inspiré de plusieurs exemples de coopératives et d’ateliers de transformation collective, comme Les Jardins de la Haute Vallée dans l’Aude ou La Nomali & Co en Gironde. Des initiatives locales qui permettent de valoriser les productions maraîchères, d’améliorer le revenu des paysans qui les produisent et de proposer des aliments bios et locaux aux particuliers ou à la restauration collective.
Proposer des solutions locales aux Projets alimentaires territoriaux
“Avec la loi Egalim, il y a une demande de produits locaux et bio dans la restauration collective à laquelle pour l’instant beaucoup de collectivités peinent à répondre, faute de productions locales suffisantes, poursuit Juliette Quillivic. Si on a des commandes régulières pour la restauration collective, ça pourrait aboutir à la création d’une filière coopérative et pourquoi pas même à installer de nouveaux paysans.”
“De plus en plus de collectivités locales mettent en place des Projets alimentaires territoriaux, c’est donc le bon moment pour leur proposer une solution locale et créer une résilience économique pour les petits producteurs”, confirme Marion Moenne-Loccoz, bénévole qui coordonne la recherche de financements de l’association.
Des ateliers de transformation pour les particuliers
Car l’association mise sur les politiques locales pour obtenir des aides et espère pouvoir compter sur des subventions du fonds européen Leader pour continuer sur sa lancée. Après trois années d’usage gratuit, les agriculteurs devront verser un loyer à partir de 2026. Et d’autres dépenses sont prévues.
“On a besoin de personnel opérationnel pour travailler les process et élaborer les bonnes recettes, car les producteurs n’ont pas le temps de s’y consacrer”, explique Marion Moenne-Loccoz, qui aimerait aussi aller à la rencontre des paysans du coin, dans l’ouest du pays de Cornouaille, afin d’identifier leurs besoins et envies concernant l’utilisation du labo. “Le but est que cet outil serve au plus grand nombre !”
Un terrain d’expérimentation pour développer des pratiques alimentaires durables
En attendant les financements nécessaires au développement du projet, les maraîchers impliqués dans l’association peuvent déjà tester leurs méthodes de production et de transformation grâce au labo. Au fil des mois, il est devenu pour eux un terrain d’expérimentation pour développer des pratiques alimentaires durables. En ce début d’automne, les équipements professionnels du labo tournent d’ailleurs à plein régime : ils profitent aux particuliers, qui participent aux ateliers de transformation organisés par les membres de Laboco.
“Cette semaine par exemple, on a fait plusieurs ateliers compote animés par Claire, une bénévole, qui ont tous été complets. Les participants viennent avec leurs fruits et peuvent utiliser les éplucheuses, tout en faisant leurs pots ensemble, dans de bonnes conditions d’hygiène”, indique Juliette Quillivic.
Le labo est aussi ouvert aux associations du territoire qui souhaiteraient animer des ateliers de transformation et de sensibilisation à l’alimentation locale et de saison. Les membres de Laboco multiplient de leurs côtés les actions auprès du grand public, des élus et des producteurs locaux pour se faire connaître… Et recruter. “On a besoin de monde et pas que de producteurs. On cherche des bénévoles prêts à s’investir pour animer les ateliers, nous aider en cuisine ou dans les tâches administratives ou simplement juste pour faire vivre le lieu”, conclut Marion Moenne-Loccoz.