Lu, aimé, recommandé… 10 livres pour mieux comprendre notre époque
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Publié le par Jean-Louis Marzorati et Sophie Pujas
De l’Amérique hantée par la tentation autoritaire aux promesses de la révolution des algues, en passant par les corps féminins, les origines de Sapiens ou la puissance discrète des fleurs, ces livres éclairent notre époque par des regards pluriels. Entre récits visionnaires, enquêtes scientifiques et mémoires engagées, ils invitent à penser autrement notre rapport au monde.
Visionnaires de l’Amérique
Les lanceurs d’alerte traditionnels s’appuient sur des faits. D’autres parviennent souvent aux mêmes conclusions par le biais de la fiction. Ce sont les écrivains, certains écrivains. Qui a le plus lucidement mis en garde contre les dérives totalitaires qu’Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes ou Georges Orwell dans 1984 ? Et si l’on veut resserrer la focale sur le cataclysme puissance 47 (Trump est le 47e président des États-Unis) qui ébranle la démocratie américaine, alors il faut lire, et faire lire, Sinclair Lewis et Philip Roth. “Cela peut donc arriver ici, se disait Doremus ?” personnage d’Impossible ici, le roman du premier, sorti en 1935. “Des choses pareilles se produire en Amérique, est-ce possible ? Comment des gens pareils peuvent-ils diriger notre pays ?”, s’affole le père du narrateur dans Le Complot contre l’Amérique, ouvrage du second (2004).
À soixante-dix ans d’intervalle, les deux romanciers ont été habités par une sorte d’urgence face à ce qu’ils ressentaient comme une véritable menace, celle de voir l’Amérique se soumettre à un régime dictatorial. Dans Impossible ici, Lewis imagine l’accession au pouvoir d’un président fasciste à l’issue de la présidentielle de 1936. Il n’a pas eu à chercher très loin la source de son inspiration: dans la réalité en effet, un inquiétant candidat menaçait alors sérieusement la réélection de Franklin Roosevelt. Gouverneur de Floride, Huey Pierce Long y avait décrété la loi martiale et interdit notamment les journaux “non coopératifs”. Son assassinat ne lui a pas permis d’appliquer ses idées à l’échelle fédérale. Windrip, le personnage de Lewis, oui. Élu sur un programme populiste promettant de rétablir “la grandeur de l’Amérique”, il nomme ses amis aux postes régaliens, met au pas le Congrès et la Cour suprême, dérase les droits des femmes et des minorités, jette au rebut des dizaines de milliers de fonctionnaires, épure l’université (adieu philo, adieu science pure !). Et aussi, “le pays va être géré comme sa fortune privée”, profère un des personnages. Toute ressemblance avec…
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