Depuis Matignon, vendredi 10 avri 2026 en fin de journée, Sébastien Lecornu a posé les mots sans détour : “L’énergie n’est pas seulement un marché. C’est un enjeu de sécurité nationale. Un rapport de force. Quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres.”, a affirmé le Premier ministre. Derrière cette formule, une ligne politique claire. L’électrification n’est plus seulement un levier climatique, elle devient un outil de souveraineté.
Le plan présenté aujourd’hui marque un changement d’échelle. Le soutien public passera de 5,5 à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030. Objectif : basculer massivement les usages du gaz et du pétrole vers une électricité produite sur le sol français. Une transformation profonde, qui touche à la fois les logements, les transports et l’appareil productif. Et une nécessité : en 2025, la réduction des gaz à effet de serre de la France s'est limitée à 1,5 %, selon le Citepa, nettement en dessous du rythme nécessaire à l’atteinte des objectifs climatiques du pays.
Le pari du logement électrique
Premier chantier : le logement. À compter de 2027, les chaudières à gaz seront interdites dans les constructions neuves, individuelles comme logements collectifs. En parallèle, l’exécutif veut accélérer le remplacement des équipements existants par des pompes à chaleur, avec un objectif spectaculaire : un million d’installations par an d’ici 2030.
Le gouvernement cible aussi le logement social. Deux millions de logements devront sortir du gaz d’ici 2050, avec une priorité donnée aux ménages les plus exposés aux hausses de prix de l’énergie. Cent territoires seront sélectionnés pour expérimenter des trajectoires “zéro gaz”, dans une logique locale assumée.
Sur le papier, l’équation est séduisante : moins d’importations, des factures allégées, une filière industrielle relancée. Dans les faits, elle suppose une montée en compétences rapide, des investissements lourds et une acceptabilité sociale encore incertaine.
Deux voitures neuves sur trois en électrique
Deuxième front : les transports. D’ici 2030, deux voitures neuves sur trois devront être électriques. Pour y parvenir, le gouvernement relance le leasing social, avec 50 000 véhicules supplémentaires dès juin, et cible aussi les classes moyennes “gros rouleurs” – aides à domicile, infirmières, artisans – avec 50 000 aides supplémentaires. Des aides inédites sont prévues pour les utilitaires et poids lourds, jusqu’à 100 000 euros par véhicule afin d’électrifier aussi les outils de travail, des fours des boulangers aux équipements agricoles.
L’argument est autant économique qu’écologique : rouler électrique coûterait deux à trois euros pour 100 kilomètres, contre environ onze euros au diesel. Mais là encore, la bascule dépendra de nombreux facteurs : prix des véhicules, accès aux bornes, capacité du réseau. En toile de fond, un enjeu industriel, et même de réindustrialisation. Le gouvernement Lecornu mise sur un million de voitures électriques produites par an dans l’Hexagone en 2030. Une manière d’éviter de remplacer la dépendance au pétrole par une dépendance aux importations. Et de renforcer à la fois la compétitivité et la résilience de l’économie.
L’ombre du système électrique
Reste une question centrale, presque en creux : l’électricité. Produire plus, distribuer mieux, gérer les pics… L’électrification massive des usages implique une transformation profonde du système énergétique. Le plan s’appuie sur la relance du nucléaire et le développement des renouvelables, sans trancher complètement les tensions entre les deux. Car électrifier n’a de sens que si l’électricité reste abondante, pilotable et bas carbone.
Derrière les annonces, une réalité s’impose : la transition ne sera pas linéaire. Elle se jouera dans les détails – les coûts, les usages, les infrastructures – et dans la capacité à embarquer l’ensemble de la société. L’électrification, ici, n’est pas une fin. C’est un basculement.