Décentralisation : 86 % des Français font d'abord confiance à leurs régions

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Publié le par Isabelle Jacques

Dix ans après la réforme territoriale de François Hollande, les Français semblent avoir adopté la carte des treize grandes régions. Selon un sondage IFOP pour Régions de France, 64 % souhaitent désormais un système fédéral dans lequel chaque région pourrait créer ses propres lois dans certains domaines. Un glissement culturel majeur dans un pays longtemps attaché à la centralisation jacobine.

“Le vieux jacobinisme d’État est à bout de souffle”, constate Frédéric Potier, directeur général de Régions de France interrogé par La Tribune du Dimanche. Pour lui, ce résultat traduit une prise de conscience du rôle des territoires comme leviers d’action : “Les politiques régionales sont plus visibles et leurs résultats mieux perçus, qu’il s’agisse de développement économique ou des transports collectifs.”

Quand la proximité redevient un moteur politique

La confiance est nette : 86 % des Français font confiance à leurs régions, contre seulement 14 % à l’État. Une inversion spectaculaire par rapport à 2021. Pour un Français sur deux, la réforme de 2015 a renforcé le poids politique des régions.

Cette préférence pour la proximité traduit aussi une fatigue démocratique envers Paris. Dans un contexte d’instabilité politique depuis la dissolution de 2024, les collectivités locales apparaissent comme les seules capables d’agir concrètement. Cela vaut notamment pour la transition écologique. Pour que les Français s’accaparent du sujet, l’échelon territorial – la Région… ou encore plus local comme le niveau communal ou intercommunal – semble le plus adapté.

Le “fait régional” s’impose

Bretagne, Normandie, région Sud ou Auvergne-Rhône-Alpes : ces territoires concentrent le plus fort taux d’attachement de leurs habitants, en moyenne 80 %, selon l’IFOP. À l’inverse, le Centre-Val-de-Loire reste en retrait, preuve que la réussite d’une région repose autant sur son identité que sur ses politiques.

Cette dynamique s’observe aussi dans l’opinion : dans 10 régions sur 12, les habitants jugent leur territoire “en expansion”. Une exception française dans un pays souvent en proie au pessimisme.

Vers un nouvel acte de décentralisation ?

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, élu local en Normandie, semble trouver dans ces chiffres un appui politique à sa volonté de lancer un nouvel acte de décentralisation. Mais l’obstacle reste culturel : “La bataille de l’opinion est gagnée, mais le plus difficile sera de passer à l’acte”, prévient Frédéric Potier.

Car donner aux régions une vraie autonomie de décision suppose de bousculer l’État profond, cette machine administrative peu encline à lâcher prise. Un défi qui dépasse les clivages partisans.

Ce sondage fait écho à une conviction partagée par de nombreux observateurs : l’avenir de la France s’écrit désormais dans ses régions. Navi Radjou, chercheur en innovation et essayiste, en témoigne dans ce post :

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