Service militaire 2026 : ce que le nouveau dispositif va changer pour les jeunes Français

À compter de l'été 2026, le service militaire national, basé sur le volontariat, concernera 3 000 jeunes de 18 à 25 ans la première année. - © Bumble Dee / stock.adobe.com

Publié le par Coline Bérard

Le 27 novembre 2025, lors d’une visite à la 27e brigade d’infanterie de montagne (BIM), à Varces, en Isère, qu’Emmanuel Macron a détaillé les grandes lignes du futur service militaire national. L’exécutif présente cette réforme comme une réponse à la fois au contexte géopolitique et aux besoins de renforcement des armées. Les candidats volontaires seront sélectionnés dès le mois de janvier, avant un lancement progressif à partir de l’été prochain.

A qui s'adresse-t-il ?

Le service national s’adresse aux jeunes femmes et hommes de nationalité française âgés de 18 à 25 ans, qu’ils soient diplômés ou non. Après une présélection effectuée par les armées selon leurs besoins – basée sur le profil, les compétences et la motivation – les candidats passeront une visite médicale et un contrôle d’habilitation.

Parmi les incompatibilités recensées par le ministère des Armées figurent notamment le fait de se trouver en situation de handicap ou de refuser de porter une arme. Toutefois, un candidat non retenu pourra déposer une nouvelle candidature l’année suivante, sauf dans les cas "d'inaptitude définitive" liées à des raisons médicales ou de sécurité.

Le dispositif doit concerner 3 000 jeunes en 2026, et viser un objectif de 10 000 par an en 2030, et jusqu'à 50 000 en 2035. Le chef de l’État a par ailleurs rappelé que si le service militaire est aujourd'hui facultatif et fondé sur le volontariat, il pourrait devenir obligatoire dans un “cas exceptionnel”. “En cas de crise majeure, le Parlement pourra autoriser de faire appel au-delà des seuls volontaires”, a-t-il déclaré.

En quoi consiste le service national ?

Le premier mois sera consacré à la formation. “Ils acquerront l’esprit de discipline, se formeront au maniement des armes, à la marche au pas, aux chants, à l’ensemble des rituels qui nourrissent la fraternité de nos armées, et concourent à la grandeur de la Nation”, le présentait Emmanuel Macron. Les volontaires rejoindront ensuite leur unité d’affectation, en métropole ou outre-mer, mais ni en opération extérieure ni en zone de conflit. Le président a tenu à préciser qu’il n’était pas question “d’envoyer nos jeunes en Ukraine” – de quoi rassurer les familles échaudées par les propos du général Fabien Mandon, qui avait estimé quelques jours plus tôt que le pays devait être prêt à “accepter de perdre ses enfants”.

Une fois affectés, les postes proposés couvriront un large éventail : unités combattantes, missions Sentinelle, soutien logistique, restauration, organismes de formation, protection des bases aériennes, cybersécurité… D'après un sondage Ipsos-CESI École d’ingénieurs publié en mars par Le Parisien, le retour du service militaire était plutôt attendu par les Français, puisque 86 % d’entre eux souhaitent son retour, à condition qu'il soit facultatif. En revanche, dans l’hypothèse d’un service obligatoire, seuls 53 % y sont favorables, et cette proportion tombe à 41 % chez les moins de 35 ans, les premiers concernés.

Comment va se passer le quotidien ?

Les volontaires seront nourris et logés en caserne, même si un logement extérieur pourra être accordé selon les situations. Les week-ends seront libres, selon le rythme opérationnel de l’unité. Il sera possible de communiquer avec ses proches par téléphone, même si celui-ci pourra être temporairement restreint durant la formation, et certaines casernes disposeront d’une connexion Wi-Fi.

Les effets personnels sont autorisés et les colis acceptés. Les volontaires disposeront d’un mois probatoire, renouvelable une fois, pendant lequel ils pourront démissionner. Ce mois probatoire est présenté comme une période d’adaptation permettant aux jeunes de confirmer leur engagement.

Quelles seront les conditions et avantages ?

Les volontaires percevront une solde d’au moins 800 euros brut mensuels, non imposable et non prise en compte dans l’évaluation des ressources pour l’attribution des bourses. En plus de l’hébergement et de la restauration, ils bénéficieront de la carte SNCF “militaire” offrant 75 % de réduction sur les trajets en train. Le service national sera compatible avec Parcoursup. À partir de 2027, il pourra s’inscrire dans le cadre d’une année de césure. Le vœu d’affectation pourra être maintenu ou une nouvelle candidature sera valorisée grâce à l’expérience acquise.

À l’issue du service, les jeunes intégreront automatiquement la réserve opérationnelle “de second niveau”, qui prévoit jusqu’à cinq jours de disponibilité par an pendant cinq ans en cas de besoin. Cette réserve renforcée participe, selon l’exécutif, à l’effort global de montée en puissance des armées.

Combien ça coûte ?

Le coût du dispositif pour la période 2026-2030 est estimé à 2,3 milliards d’euros, dont 1,4 milliard pour les infrastructures, selon l’exécutif. Il sera financé par l’actualisation de la loi de programmation militaire 2026-2030, qui prévoit plus de 2 milliards d’euros supplémentaires pour le service national. “C’est un effort important. Il est indispensable”, a insisté Emmanuel Macron. Le gouvernement justifie cette enveloppe par la nécessité de moderniser les infrastructures d’accueil et de formation.

Quelle est la situation chez nos voisins européens ?

Le service militaire obligatoire a été abandonné dans de nombreux pays européens entre la fin des années 1990 et les années 2000. Mais la dégradation du contexte géopolitique a conduit plusieurs États à le rétablir ou à le renforcer. Aujourd’hui, la conscription est obligatoire dans dix pays de l’Union européenne, dont certains, comme l'Autriche, Chypre, le Danemark, l'Estonie, la Finlande et la Grèce ne l’ont jamais abolie. D’autres l’ont réintroduite récemment : Lituanie (2015), Suède (2017), Lettonie (2023), Croatie (2026). À l’inverse, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, la République tchèque, la Hongrie, l’Italie, la Roumanie ou encore la Bulgarie ont supprimé la conscription.

Les soldes varient fortement selon les pays. Au Danemark, les jeunes appelés perçoivent environ 1 900 euros par mois. En Grèce, où le service est obligatoire pour les hommes dès 18 ans, les rémunérations restent symboliques : de 8,80 euros mensuels pour un soldat à 140 euros pour un conscrit avec deux enfants.

En Allemagne, un projet de loi examiné en décembre prévoit le retour d’un service volontaire visant 20 000 recrues dès 2026. D’après le quotidien Bild, un salaire mensuel brut de 2 600 euros est envisagé. En Belgique, un service volontaire d’un an sera instauré en 2026 avec une rémunération d’environ 2 000 euros. La tendance générale en Europe montre ainsi un mouvement de réarmement et de renforcement des capacités humaines, motivé autant par les tensions internationales que par le besoin de soutien aux armées professionnelles.

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