Santé

Les "pisseurs involontaires de glyphosate" attaquent Monsanto en justice

Une cinquantaine d'Ariégeois ont décidé de porter plainte contre Monsanto après avoir découvert que leurs organismes contenaient en moyenne une dose de glyphosate 14 fois supérieure au niveau autorisé.

Par Pauline Vallée I Publié le 23 Octobre 2018


Le glyphosate pénètre dans notre organisme par inhalation ou par le biais de notre alimentation.
Le glyphosate pénètre dans notre organisme par inhalation ou par le biais de notre alimentation.

1,43 nanogramme par millilitre. C’est la quantité moyenne de glyphosate relevée dans les urines de 60 habitants de l’Ariège, suite à une vaste campagne d’analyses lancée par le collectif des Faucheurs volontaires dans la région. Le taux de pesticides chez ces "pisseurs involontaires de glyphosate", comme ils se surnomment, atteint des niveaux astronomiques… plus de 14 fois la dose autorisée dans l’eau potable en France.
 

Cet herbicide controversé, breveté et utilisé dès 1974 par la multinationale Monsanto dans la composition de son célèbre Roundup, entre dans la composition de plus de 190 produits phytosanitaires en France. Il est classé comme potentiellement cancérogène depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (une agence de l’Organisation mondiale de la santé), bien que d’autres études contestent sa dangerosité.

"Le glyphosate est une molécule de synthèse créée par l’homme et impossible à trouver naturellement dans l’environnement", souligne l'Association Campagne Glyphosate, un groupe de bénévoles qui a repris le flambeau de l'action des Faucheurs Volontaires. "100% des analyses [d'urine] ont été positives, preuve de la présence des pesticides dans notre corps." On se souvient de l'expérience menée par  Julia, Gilles et leurs deux enfants pour We Demain, où la petite famille avait dû changer radicalement d'alimentation pour se débarrasser du pesticide...  


Objectif pour les "pisseurs involontaires de glyphosate" : faire plier Monsanto

Une cinquantaine de personnes ont donc porté plainte au tribunal de Foix pour "mise en danger de la vie d’autrui", "tromperie aggravée", et "atteinte à l’environnement" contre les responsables des grands groupes mais aussi des acteurs qui ont joué un rôle dans la mise sur le marché de la substance.

"Nous portons plainte contre des personnes et non contre des firmes", explique Dominique Masset, coprésident de l'Association Campagne Glyphosate, à We Demain. "Nous visons les PDG et membres des Conseils d'Administration de toutes les boîtes qui fabriquent des pesticides à base de glyphosate, le président et les membres de la Commission européenne, le comité d'appel de la Commission européenne, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (ESSA) qui a permis la mise sur le marché des produits, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), les laboratoires qui ont falsifié les résultats ou fait des signatures de complaisance... Ça fait un paquet de monde !"

Une nouvelle salve de plaintes devrait être déposée dans les prochaines semaines au tribunal, assure-t-il en se félicitant des milliers de mails envoyés par de potentiels volontaires. Les nouveaux résultats d'analyse reçus depuis le 15 octobre sont "toujours aussi inquiétants". 

L'objectif pour l'Association Campagne Glyphosate est de lancer une vaste campagne d’analyses sur tout le territoire, et de créer une mobilisation citoyenne nationale autour de la question du glyphosate. “Cette campagne a vocation à se répandre partout en France et, si possible, en Europe”, déclare l’association dans son appel aux dons sur la plateforme Helloasso.

Le mouvement, en plein essor, a déjà recueilli plus de 14 000 euros pour avancer les frais de justice et aider des volontaires à financer leur analyse urinaire (environ 85€ par personne). Une trentaine de groupes se montent à travers la France pour relayer la campagne, et rien qu'en Bretagne 400 personnes se sont déjà inscrites. Plus nous aurons de résultats et plus la prise de conscience de l’absolue nécessité d’interdire les pesticides chimiques grandira dans la population, chez les utilisateurs et les décideurs.” 













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