Budget 2026 : la double peine pour les associations

Le monde associatif face à la double menace des coupes budgétaires et du contrôle idéologique. - © motortion / stock.adobe.com

Publié le par Coline Bérard

“Une chute vertigineuse” ; “une saignée sans précédent”, ou encore “une offense aux plus pauvres parmi nous” : dans un post LinkedIn daté du 15 octobre 2025, Benoît Hamon alerte sur les coupes budgétaires massives que devrait subir le milieu associatif dans le projet de budget 2026 préparé par le gouvernement de Sébastien Lecornu.

Selon les informations d’ESS France, l’enveloppe consacrée à l’économie sociale et solidaire (ESS) passerait de 26,7 millions en 2025 à 12,3 millions d’euros en 2026, soit une baisse de 54 %. “Ces choix politiques auront de graves conséquences : ce sont des dizaines de milliers d’emplois dans l’ESS qui sont menacés”, écrit encore Benoît Hamon, président de cette association qui représente les acteurs et réseaux de l’économie sociale et solidaire. En effet, ce secteur constitue 2,6 millions d’emplois, soit 10 % du nombre d’emplois en France et 14 % dans le seul secteur privé.

“Ça ne tient plus !” : un secteur déjà sous pression financière

Pour Pauline Raufaste, responsable des affaires publiques d’ESS France, cette restriction budgétaire aura des effets en cascade, comme elle l’explique à carenews.com : “L’ESS est à peu près dans tous les programmes budgétaires de l’État, comme elle est présente dans tous les secteurs de l’économie.” Ainsi, l’effort demandé aux collectivités territoriales retentira nécessairement sur les structures d’ESS, dans tous les domaines, de l’insertion professionnelle à la transition écologique.

Mais, comme le soulignait Timothée Duverger, responsable de la Chaire Territoires de l’ESS (TerrESS) dans une tribune, cette baisse des financements publics n’est ni récente ni conjoncturelle : “La crise du capitalisme de 2008 l’avait déjà amorcée. Si l’on étudie les ressources des budgets associatifs, on s’aperçoit que la part des subventions publiques est passée de 34 % à 20 % entre 2005 et 2017.”

Le tissu associatif, un secteur vital pour l’emploi

Cette baisse participe, selon Timothée Duverger, à une mutation du modèle économique des assos, soumises à une marchandisation et mises en concurrence croissante, “au détriment de leur contribution à l’intérêt général et de leur caractère non lucratif”.

Cette nouvelle coupe intervient dans un contexte déjà tendu. Le Mouvement associatif, qui regroupe quelque 700 000 structures, appelait le 11 octobre à une mobilisation collective et inédite, avec plus de 350 actions, menées partout en France sous le mot d’ordre “Ça ne tient plus !” afin d’alerter sur la situation d’urgence financière que les associations traversent.

Le Secours catholique a, dans la foulée, annoncé vendredi 17 octobre un projet de plan social prévoyant la suppression de 130 postes, en raison de “contraintes financières”. À la fragilisation économique s’ajoute une autre forme de pression, plus insidieuse : la sélection politique des bénéficiaires.

Le Secours Catholique va supprimer 130 postes pour cause de “contraintes financières”.

Des associations soumises à une censure financière

À ces difficultés économiques s’ajoute un filtrage idéologique des financements publics. D’après Mediapart, certaines associations jugées “trop militantes à gauche”, notamment dans les domaines de l’écologie, du féminisme ou de l’altermondialisme, seraient exclues des dispositifs de subvention. En effet, le journal révèle avoir eu accès à une note non publiée de l’Observatoire des libertés associatives qui explique comment, depuis 2022, le ministère de l’Intérieur demande aux services des renseignements territoriaux d’écrémer de la liste des associations demandant une subvention au titre du Fonds de développement de la vie associative (FDVA) les structures considérées comme trop revendicatives.

Ironie du calendrier : ces annonces interviennent alors que la France accueillera, du 27 au 31 octobre à Bordeaux, le Sommet mondial de l’innovation sociale et de l’économie sociale. Un rendez-vous censé célébrer l’engagement et la créativité des acteurs de terrain – mais qui risque de se tenir dans une atmosphère amère.

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