Douglas Kennedy : “Trump, c'est le retour de la ploutocratie américaine”

L’écrivain Douglas Kennedy. Crédit : Belfond,

Publié par Frederic Joignot  |  Mis à jour le

En lisant votre dernier livre, Ailleurs, chez moi (Belfond), on a l’impression que votre père, dans les années 1960-70, incarnait déjà l’Américain conservateur d’aujourd’hui…

Je commence à mieux comprendre mon père aujourd’hui, la dureté de sa vie, et ce qu’il m’a apporté. Il est mort il y a onze ans de cela. Les dernières années, il ne voulait plus me voir. C’était un homme très manichéen, en fait le produit d’une époque difficile. Il est né en 1927, juste avant la Grande Dépression, et il a grandi pendant. Il a retrouvé sa mère morte d’un infarctus à l’âge de 13 ans. À 18 ans, il a participé à la bataille d’Okinawa pendant la guerre du Japon, 82 jours de massacre, presque 200 000 morts dans les deux camps. La plupart de ses amis d’enfance, de ses compagnons d’arme, sont morts là-bas. De retour au pays, il n’a pas réussi ses études de médecine, payées par l’armée, et s’est embringué dans une carrière commerciale qu’il n’aimait pas.

Ensuite, il a fait un mariage catastrophique. Ma mère juive avait étudié à l’université et s’était retrouvée coincée dans l’existence préféministe de femme au foyer, frustrée par la vie, dépressive. Ils se disputaient sans cesse. Se séparer était une idée impensable à l’époque, la famille étant le pilier de la société. À 36 ans, mon père s’est retrouvé avec trois enfants, croulant sous les responsabilités, dans un 65 m2 de l’East Village new-yorkais, avec l’impression d’avoir raté sa vie. Si bien que, dans les années 1960, lui et sa génération d’anciens vétérans reprochaient à leurs enfants, les baby-boomers, ma génération, d’être des pourris gâtés, de ne pas respecter leurs valeurs, les vraies valeurs américaines.

Il vous reprochait quoi, par exemple ?

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