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Naomi Klein : “Vous êtes optimiste?” “Non. Désolée…”

Le Double, le dernier livre de Naomi Klein, a été traduit aux éditions Actes Sud. Crédit : Actes Sud.

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Écrit par Frederic Joignot

Depuis No Logo (2009), tous les livres de Naomi Klein sont des best-sellers internationaux, qu’ils décrivent les désastres climatiques ou appellent à un “Green New Deal”. Reporter, journaliste primée, activiste du mouvement Occupy Wall Street, cette figure de la gauche nord-américaine est aujourd’hui professeure de justice climatique à l’Université de Colombie-Britannique (Canada). Dans son dernier ouvrage, Le Double, voyage dans le monde miroir (Actes Sud, octobre 2024), elle décrit comment le monde souterrain de la désinformation et de la haine en ligne a fini par vider de leur contenu toutes les idées écologistes et progressistes.

Vous dites que les résultats des élections américaines étaient prévisibles ?

Naomi Klein : Je n’ai pas été surprise, non… En observant la manière dont Trump a forgé une coalition bien plus diversifiée qu’auparavant en termes d’âge, d’ethnicité et de revenus, il est impossible d’échapper à la réalité… l’extrême droite conspiratrice a mieux réussi à se connecter aux problèmes des travailleurs américains que les libéraux et l’extrême gauche. C’est profondément dérangeant ! Je m’y attendais, hélas…

Vous savez, pour mon dernier livre, j’ai passé des centaines d’heures sur les médias Maga [Make America great again, c’est-à-dire les médias pro-Trump, NDLR], en particulier sur la War Room, de Steve Bannon (émission télévisée, ndlr), l’ancien conseiller de Trump. Je vous le certifie, il nous observe de près ! Il s’empare de nos thématiques, il repère les problèmes que nous négligeons, les débats que nous évitons, les gens que nous diabolisons, et en tire un contre-programme déformé, récupérateur, virulent, appelé “Maga Plus”, repris par Trump, qu’il savait très efficace en période électorale. Et ça a marché…

En 2016, pendant la première présidentielle de Trump, un large secteur de travailleurs syndiqués se sentait trahi par les démocrates du monde des affaires qui avaient signé des accords commerciaux tueurs d’emplois, puis renfloué les banques, mais pas les travailleurs ni les propriétaires après le krach de 2008. Bannon le savait. Il s’est emparé d’une partie de la main-d’œuvre masculine syndiquée, qui avait toujours voté pour les démocrates, en assurant que le candidat Trump tiendrait tête à Wall Street, abolirait les accords commerciaux défavorables, fermerait la frontière aux immigrants, préserverait les programmes sociaux comme le Medicare et la sécurité sociale. Bien sûr, c’était un leurre. Trump a rempli son administration d’anciens dirigeants de Wall Street, cinq anciens cadres de Goldman Sachs responsables de la crise financière de 2008, qui ont aussitôt accordé de substantielles réductions d’impôts aux riches…

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