Sucre : la vraie histoire d'un complot mondial
Le sucre, une dépendance banalisée mais bien souvent ravageuse pour notre santé. Crédit : Maksud / stock.adobe.com. - © Maksud - stock.adobe.com
Publié par Jean-Marie Hosatte | Mis à jour le
L’ère des soupçons est révolue depuis longtemps. Le nom du coupable est connu de tous : le sucre. C’est un fait, l’aliment préféré des enfants et des grands empoisonne insidieusement les produits transformés Et nos habitudes alimentaires. Fléau planétaire, il est à l’origine de la pandémie d’obésité qui sévit, de la flambée du diabète, des maladies cardiovasculaires et des cancers. Soit des millions de morts. Un crime de masse commis par l’industrie agro-alimentaire. Retour sur des décennies de stratégies pour nous rendre addicts et de coups bas pour imposer la poudre blanche.
C’est l’histoire d’une trahison. L’abusé s’appelle John Harvey Kellog. Le traître, c’est son plus jeune frère, Will. En cette fin du XIXe siècle, John Harwey, qui a fait des études de médecine, se désole de voir les Américains ruiner leur santé à cause de leur consommation phénoménale de viande. On commence sa journée en engloutissant des saucisses, des steaks, du bacon et du jambon frit. On la poursuit avec du porc salé. Dans les usines, sur les chantiers de construction, on mange du Corned Beef.
Pour satisfaire la demande, les propriétaires des abattoirs géants de Chicago ont inventé le travail à la chaîne avant même que Ford n’ait produit son premier modèle T. Des millions de personnes disent souffrir « d’Americanitis », une maladie qui se signale par des estomacs gonflés, des difficultés à digérer, des flatulences, mais aussi par une irritabilité parfois associée à une excitation sexuelle incontrôlable.
Deux frères, deux visions antinomiques
Pour sauver les tripes autant que les âmes de ses concitoyens, l’aîné des Kellog crée une clinique à Battle Creek dans le Michigan. On s’y soigne en revenant à la “vie biologique”. Les patients sont soumis à un régime sans viande rouge, sans café et bien sûr sans alcool. Tisanes à volonté, mais le sucre est interdit dans la clinique. Le sel, tout juste toléré. Et on use avec parcimonie des épices, soupçonnées d’enflammer la libido féminine. La base du régime alimentaire prôné par John Harwey Kellog, ce sont les céréales. En 1894, ce croisé de l’avoine, du blé et de l’eau claire met au point un procédé pour transformer les grains en flocons. Les clients apprécient la nouveauté. Les affaires marchent bien.
La renommée de John Harwey grandit bien au-delà du Michigan. En 1906, le docteur Kellog est invité à donner une série de conférences à l’étranger. C’est le moment pour Will Kellog d’entrer en scène. Profitant de l’absence de son frère, il achète un stock de sucre dont il accommode les fades flocons de John Harwey. Le mélange est délicieux. Les ventes explosent… Tout comme la colère de l’aîné des frères Kellog, de retour à Battle Creek. Il considère le sucre comme un instrument de Satan. L’affaire finit devant les juges. En 1922, Will-le-Traître, l’emporte définitivement. Il gagne le droit de donner le nom de Kellog à une entreprise qui va produire et vendre des céréales sucrées.
Le sucre, un ingrédient incroyablement rentable
Mais son triomphe n’est pas complet. C.W. Post, un ancien patient de la clinique de Battle Creek, décide de créer sa propre marque de céréales sucrées. Post investit des sommes colossales dans les premières campagnes de publicité de masse. Il dépense sans compter pour convaincre les consommateurs que ses produits sont bons pour leur cerveau. Will Kellog et W.C. Post se soucient moins du bien-être des Américains que de leur portefeuille, et amassent des fortunes aussi considérables que celles que Philip Danforth Armour et Gustavus Franklin Swift ont constituées en faisant abattre 15 millions de têtes de bétail, chaque année, à Chicago. Mais pour cela, il faut que les céréales sucrées se fassent une place à côté de la viande comme élément de base de la nourriture des Américains.
En ce début de xxe siècle, le sucre se voit paré de toutes les vertus. Si la plupart d’entre elles sont niées aujourd’hui, il en est une que personne ne peut lui contester : c’est le meilleur moyen de produire de la calorie à vil prix, puis de la vendre sous une forme plus ou moins élaborée en réalisant des marges faramineuses. Son incroyable potentiel de rentabilité économique est le fruit de l’évolution.
D’instinct, l’être humain aime le sucre
Pour les premiers hominidés, le sucre est une source d’énergie immédiate, très rare mais très utile pour être en capacité de réagir face à une menace. Voilà pourquoi nous l’aimons tous, d’instinct et ce, dès la naissance. Pour comparaison, un nouvel aliment doit être présenté entre dix et treize fois à un nourrisson avant qu’il accepte d’en consommer, alors qu’un seul contact avec le sucre suffit à un bébé pour le convaincre que rien n’est meilleur.
Au cours des centaines de milliers d’années qui nous séparent des premiers Sapiens et des Néanderthaliens, nous avons appris une autre chose vitale : dans la nature, il n’existe aucun aliment toxique sucré. Tout ce qui en contient est consommable sans danger.
Quand le capitalisme transforme nos goûts
Le capitalisme industriel a transformé ce savoir acquis depuis la nuit des temps en principe économique : “Tout ce qui est sucré est rentable.” D’innombrables alchimistes ont construit leurs fortunes en l’introduisant dans tout ce que les humains mangent ou boivent, et dans des proportions toujours plus importantes. Ces apports massifs de sucre dans notre alimentation ont totalement transformé nos goûts.
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