Comprendre la ruée vers le solaire : chiffres clés, réalités et illusions

Ferme solaire de Puimichel, dans les Alpes-de-Haute-Provence. - © BTWImages / stcok.adobe.com

Publié le par Yves Heuillard

Dans le numéro 52 de WE DEMAIN (décembre 2025), l’article “Objectif soleil !” se penche sur le nouvel ordre mondial que dessine l’essor de l’énergie photovoltaïque partout dans le monde. Plus qu’une simple révolution, le solaire remet en cause nos dépendances aux géants de l’énergie. Mais encore faut-il bien comprendre concepts, ordres de grandeur et chiffres-clés autour du sujet pour bien appréhender cette problématique majeur. Voici donc des explications complémentaires pour une meilleure compréhension de l’économie de l’énergie.

La France étant le pays le plus nucléarisé du monde (par habitant), nos chiffres sont souvent exprimés en “équivalents réacteur nucléaire” plutôt qu’en mégawatts ou en mégawattheures, des unités parfois difficiles à appréhender pour le profane. Encore faut-il définir précisément ce que nous entendons par là, sachant que, dans nombre de médias – même les plus sérieux –, les auteurs confondent souvent puissance et production électrique.

Faire le distingo entre puissance et production électrique

La puissance d’une installation de production électrique s’exprime en watts, plus généralement en mégawatts (MW, soit un million de watts) ou en gigawatts (GW, soit un milliard de watts). La puissance moyenne d’un réacteur nucléaire de notre parc historique (56 réacteurs en fonctionnement), et plus largement de l’ensemble des réacteurs installés dans le monde, est de l’ordre de un gigawatt. C’est ce chiffre que nous utilisons comme référence lorsque nous nous exprimons en “équivalent réacteur nucléaire”, même si le nouveau réacteur EPR de Flamanville, qui vient de démarrer, atteint 1,62 gigawatt.

La puissance des installations solaires s’exprime elle aussi en kilowatts (pour une installation domestique), en mégawatts (pour des centrales au sol) ou en gigawatts (pour des installations à très grande échelle dans les déserts). En France, à la fin de l’année 2025, la puissance totale des installations solaires sera de l’ordre de 30 GW.

À puissance égale, une production bien différente

Mais bien sûr, à puissance égale, la production diffère fortement : les réacteurs nucléaires peuvent fonctionner 70 à 80 % du temps, alors que les panneaux solaires produisent 10 à 20 % du temps selon les conditions d’ensoleillement. En France, selon le Bilan électrique 2024 de RTE, le facteur de charge (le pourcentage de temps de fonctionnement à plein régime) a été de 71,5 % pour le nucléaire en 2024, contre 13 % pour les panneaux solaires. Cela signifie qu’à puissance égale, en France, un réacteur nucléaire produit 5,5 fois plus d’électricité (en kilowattheures) qu’une installation solaire.

Aux États-Unis, avec une exploitation plus poussée des réacteurs mais un meilleur ensoleillement, un facteur 4 serait plus approprié. Par précaution, nous avons retenu un facteur 6 pour comparer “en équivalent de production d’électricité” une installation nucléaire à une installation solaire. Autrement dit, nous considérons que 6 GW de solaire équivaut à 1 GW de nucléaire en termes de production annuelle approximative.

Le solaire photovoltaïque installe l’équivalent de 100 réacteurs nucléaires par an

Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2025, la puissance cumulée des nouvelles installations solaires atteindra environ 600 GW, soit l’équivalent productif d’environ 100 nouveaux réacteurs nucléaires. Dès 2030, les prévisions varient selon les sources entre 700 GW et 1 000 GW d’installations par an. En adoptant une position médiane, nous avons estimé que cela correspondrait à 140 équivalents réacteurs nucléaires par an à partir de 2030.

Depuis la publication de notre article dans le numéro 52, début décembre 2025, ces prévisions ont toutefois été revues à la baisse en raison des changements de politique énergétique en Chine et aux États-Unis. Néanmoins, plusieurs facteurs maintiennent notre estimation de 140 équivalents réacteurs comme réaliste : la dynamique très forte du photovoltaïque dans les régions à fort ensoleillement (notamment en Asie du Sud-Est), l’augmentation attendue du rendement des nouveaux panneaux solaires, et les marges de prudence intégrées à nos calculs.

Pour mettre ces chiffres en perspective, rappelons qu’en 2024, seulement sept réacteurs nucléaires ont été mis en service dans le monde, tandis que quatre ont été arrêtés. Entre 2006 et mi-2025, la croissance nette du parc nucléaire opérationnel mondial est d’ailleurs inférieure à deux équivalents réacteurs, selon le World Nuclear Industry Status Report.

Référence complémentaire : “Global solar installations surge 64% in first half of 2025”, Ember, 2 septembre 2025.

500 euros pour faire 100 000 km

“Un simple panneau solaire d’un kilowatt “prêt à brancher”, acheté 500 euros […] produira, sur vingt-cinq ans de durée de vie garantie, suffisamment d’électricité pour rouler 100 000 kilomètres avec une voiture électrique haut de gamme.”

Dans notre calcul, nous retenons une durée de 20 ans, afin de prendre en compte la légère baisse de performance des panneaux solaires au fil du temps. Un kilowatt de photovoltaïque produit en moyenne 1 000 kWh par an (jusqu’à 1 400 kWh dans les zones les plus ensoleillées). Sur 20 ans, cela représente 20 000 kWh au total.

Une automobile électrique consommant 20 kWh aux 100 kilomètres pourra donc parcourir 100 000 kilomètres grâce à cette production. Attention, cette estimation repose sur un ordre de grandeur moyen, la consommation réelle variant, bien sûr, selon les modèles et les conditions d’usage.

Baisse du prix des panneaux solaires de 90 % en dix ans

Deux références ici :

  • Solar panel prices have fallen by around 20% every time global capacity doubled”, Our World in Data, juin 2024.
  • Selon le Photovoltaïc Price Index publié par PVXchange, le prix moyen des panneaux solaires de qualité courante est de 0,1 euro par watt en octobre 2025.

Pour une étude plus approfondie du marché du photovoltaïque, le lecteur pourra consulter le Fraunhofer ISE Photovoltaic Report, mai 2025, qui détaille l’évolution des coûts, des rendements et des filières industrielles.

Une baisse formidable du prix des batteries qui change la donne

Dans notre article, nous faisons référence à une baisse du prix des batteries de 90 % depuis 2010, et de 20 % pour la seule année 2024. Ces chiffres concernent les batteries lithium-ion, aujourd’hui la technologie dominante pour les véhicules électriques et le stockage résidentiel. Pour les systèmes de stockage par batteries destinés aux installations industrielles – un secteur en plein essor avec la montée des énergies renouvelables –, la baisse est encore plus marquée : 40 % pour la seule année 2024, et 90 % sur dix ans.

Attention, ces systèmes incluent non seulement les cellules, mais aussi l’électronique de puissance et les convertisseurs nécessaires au fonctionnement en réseau.

Références :

  • Lithium-Ion Battery Pack Prices See Largest Drop Since 2017, Falling to $115 per Kilowatt-Hour, BloombergNEF, décembre 2024.
  • Battery Energy Storage Systems: Key to Renewable Power Supply-Demand Gaps, IRENA, 27 août 2025.
  • Solar electricity every hour of every day is here and it changes everything 2024, Ember, juin 2025.

Les villes les plus ensoleillées pourraient fonctionner 95 % du temps avec du solaire

Selon le rapport d’Ember cité plus haut, les villes les plus ensoleillées pourraient fonctionner 97 % de l’année grâce au solaire couplé à des batteries, pour un coût du kWh déjà inférieur à 0,11 dollar et en forte baisse. Bien sûr, cette estimation repose sur un mix solaire + stockage de courte durée. Et elle ne préjuge pas des besoins en flexibilité saisonnière.

Rentabilité difficile des nouveaux réacteurs nucléaires

Pour ce point, voir le rapport de la Cour des comptes intitulé “La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants”, publié en janvier 2025.

Sujets associés