Ralentir  > “Changer de banque, c’est bien moins difficile que d’arrêter de manger de la viande”

Written by 18 h 49 min Ralentir

“Changer de banque, c’est bien moins difficile que d’arrêter de manger de la viande”

Quel est le pouvoir de notre argent ? Comment connaître l’usage fait par les banques de nos économies et comment influer sur leurs choix ? Décryptage.

Le 06/09/2022 par Florence Santrot
argent vert
Changer de banque ou changer les banques ? À vous de choisir. Crédit : Krailath / Shutterstock.
Changer de banque ou changer les banques ? À vous de choisir. Crédit : Krailath / Shutterstock.

Comment connaître l’usage fait de l’argent des clients par les banques et transformer ses habitudes ? Quels choix privilégier pour donner du sens à ses ressources financières et ses placements ? Comment les inciter à faire des choix forts pour l’environnement ? Une table ronde organisée dans le cadre du Forum mondial 3Zéro, initié par Convergences, s’interroge sur le pouvoir de notre argent et sur le choix de sa banque pour faire la différence.

Selon l’Observatoire du sens de l’argent, réalisé par Viavoice-Crédit Coopératif, 67 % des Français estiment qu’ils utilisent leur argent plutôt en adéquation avec leurs valeurs. Mais 57 % reconnaissent ne pas savoir ce que les banques font avec leur argent placé. Un vrai problème sachant que les trois entreprises qui polluent le plus en France, selon l’association Oxfam, ne sont autres que trois banques. Il s’agit des trois premières : BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale.

Banques françaises : pollution maximale

“En prenant en compte l’ensemble de leurs investissements de part le monde, notamment le financement de projets autour d’énergies fossiles, ces trois banques affichent une empreinte carbone supérieure à celle du territoire français”, affirme Alexandre Poidatz, chargé de plaidoyer Finance et Climat à Oxfam France. En un an, les émissions de gaz à effet de serre issues des activités de financement et d’investissement des six principales banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE, La Banque Postale et Crédit Mutuel – ont ainsi atteint plus de 3,3 milliards de tonnes équivalent CO2 , soit 7,9 fois les émissions de la France. Vertigineux.

Les banques françaises se révèlent très peu regardantes sur l'empreinte carbone de leurs investissements. Crédit : Oxfam.
Les banques françaises se révèlent très peu regardantes sur l’empreinte carbone de leurs investissements. Crédit : Oxfam.

“Les banques françaises, à quelques exceptions près comme La Banque Postale et le Crédit Mutuel, financent énormément les énergies fossiles. Pire, elles continuent à augmenter leur financement dans le pétrole et le gaz non conventionnels. C’est-à-dire qui sont produits ou extraits en ayant recours à des techniques autres que la méthode traditionnelle et qui sont souvent bien plus polluantes. Comme les gaz de schiste, par exemple”, ajoute Alexandre Poidatz.

Comment choisir la banque en véritable adéquation avec ses valeurs

“La difficulté est que les banques ne sont pas tenues d’être très transparentes sur la question, souligne Léo Garnier, directeur général de Rift, une application qui permet de faire un point sur son épargne et de calculer l’empreinte de ses produits d’épargne. Autant, elles doivent en dévoiler un peu sur les placements à risques, autant elles n’expliquent généralement pas ce qu’elles font de nos économies mises sur un Livret A par exemple.” Rift, qui a déjà été téléchargé par 50 000 personnes, permet de faire la lumière sur ces placements. Et d’avoir une idée de son empreinte carbone financière. Un exercice intéressant à faire au moins une fois.

“Il faut vraiment se méfier car, à l’heure actuelle, les banques peuvent vous vendre des placements ‘vert’ ou ‘décarboné’ ou ’empreinte zéro’ qui sont en réalité des investissements dans des énergies fossiles. Il n’y a pas de législation sur ces termes actuellement mais cela devrait évoluer. Si vous recherchez une vraie garantie, tournez-vous vers les produits d’épargne portant le label ‘GreenFin. Celui-là est sûr”, insiste Léo Garnier. À chacun aussi d’alerter son conseiller financier et de lui demander des comptes. Ce n’est que comme cela qu’on obtiendra davantage de transparence sur les produits d’épargne proposés.

Et si on changeait de banque ?

Face à ce constat, vous pourriez avoir l’envie de quitter les grands mastodontes pour vous tourner vers des banques véritablement soucieuses de l’avenir de la planète. Car il existe aussi des enseignes qui jouent la carte de la transparence. Et qui sont particulièrement impliquées dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est le cas par exemple du Crédit Coopératif ou encore de la NEF, parmi d’autres. “On se fait souvent une montagne à l’idée de quitter sa banque mais, finalement, c’est bien moins difficile que d’arrêter de manger de la viande”, s’amuse Léo Garnier.

Les deux banques citées ci-dessus permettent de décarboner son épargne grâce à des placements réellement “verts” et tournés vers les énergies renouvelables notamment. Le Crédit Coopératif propose également, avec Visa, des cartes de paiement affublées du label “Agir”.

Leur particularité ? Chaque achat et chaque retrait déclenchent un micro don à l’association de votre choix. Surfrider Foundation Europe, WWF, Mountain Riders, ATD Quart Monde, Fonds Adie, Aides, Ligue des Droits de l’Homme, Agir contre la Faim… 21 partenaires bénéficient des ces micro-gestes dont vous choisissez le monde à chaque transaction. Et que vous pouvez plafonner annuellement. Une belle idée pour la planète, pour une société plus juste et pour la solidarité internationale.

SOUTENEZ WE DEMAIN, SOUTENEZ UNE RÉDACTION INDÉPENDANTE
Inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire et abonnez-vous à notre magazine.

Tags:

A lire aussi :