Sommeil : les Français dorment moins… et leurs nuits racontent l'époque

Près d’un tiers des Françaises et Français s’endort avec un appareil électronique en fonctionnement. - © Suzi Media / stock.adobe.com

Publié le par Florence Santrot

Bonne nouvelle : les Français ont pris conscience de l’importance du sommeil. Selon l’enquête annuelle de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), 42 % d’entre eux considèrent désormais “bien dormir” comme le premier pilier de la santé, devant l’alimentation (38 %) et l’activité physique (20 %). Cette évolution marque un tournant culturel. Longtemps considéré comme une variable d’ajustement – une heure que l’on grignote pour travailler davantage ou prolonger la soirée – le sommeil s’impose aujourd’hui comme un déterminant majeur de la santé physique et mentale.

Les pouvoirs publics s’en emparent également. Une feuille de route interministérielle, publiée en juillet 2025, a inscrit le sommeil comme enjeu de santé publique, avec des actions visant à améliorer les environnements de vie, l’éducation à la santé ou encore l’organisation du travail. Car derrière cette prise de conscience se cache un constat plus inquiétant : nos nuits se raccourcissent et se fragmentent.

Des nuits trop courtes pour une grande partie des Français

En moyenne, les Français dorment 6 h 50 par nuit en semaine et 7 h 48 le week-end. Ces chiffres restent inférieurs aux recommandations internationales (de sept à neuf heures, selon les âges). Un quart de la population dort même moins de six heures par nuit, signe d’une “dette” de sommeil chronique. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’aggrave. La durée moyenne de sommeil en semaine a encore diminué de 14 minutes en un an par rapport à 2024.

Cette privation se traduit concrètement au réveil, où près d’une personne sur deux se dit fatiguée le matin. Et 62 % des moins de 35 ans ont conscience de manquer de sommeil. La sieste devient alors un palliatif. Environ un Français sur trois s’accorde une sieste, souvent d’une heure. Mais celle-ci compense rarement un manque de sommeil nocturne.

38% des gens souffrent de troubles du sommeil, l'insomnie étant la plus fréquente.
© INSV

Les troubles du sommeil touchent plus d’un Français sur trois

Le constat le plus frappant concerne l’ampleur des troubles du sommeil. 38 % des Français déclarent souffrir d’au moins un trouble du sommeil, selon l’enquête OpinionWay menée pour l’INSV. En la matière, l’insomnie arrive largement en tête avec 21 % des Français qui déclarent en souffrir. À noter que le problème est encore plus élevé chez les femmes. Derrière viennent les troubles du rythme circadien, l’apnée du sommeil ou encore le syndrome des jambes sans repos.

Les spécialistes insistent sur un point : le sommeil est à la fois symptôme et facteur aggravant de nombreux problèmes de santé. Les maladies chroniques augmentent fortement le risque de troubles du sommeil – notamment les maladies dermatologiques, psychiques, rhumatismales ou cardiovasculaires.

Un paradoxe français : bien dormir… mais avec des troubles respiratoires fréquents

Les données issues des objets connectés par la marque française Withings apportent un éclairage complémentaire – et parfois surprenant. Elle révèle que, selon les données remontées et fusionnées, notre pays se classe à la deuxième place mondiale pour la qualité du sommeil, avec un score moyen de 74 sur 100. Juste derrière la Finlande et devant l’Allemagne et le Royaume Uni.

Les utilisateurs français de Withings dorment plus longtemps que la plupart des autres pays, avec une moyenne enregistrée (et lissée sur la semaine) d’environ 7 h 20 de sommeil par nuit en moyenne en 2025.

Mais ce tableau flatteur cache un paradoxe. Les analyses de Withings montrent qu’environ 18 % des utilisateurs présentent des signes d’apnée du sommeil modérée à sévère (soit plus de 15 apnées par heure). Près d’un utilisateur sur cinq souffre donc de cette pathologie dans l’Hexagone, parmi les personnes équipées d’un appareil Withings (montre connectée ou capteur sous le matelas).

En volume total de signes détectés, la France se classe même troisième mondiale. L’apnée du sommeil reste souvent silencieuse, mais ses conséquences peuvent être importantes. Elle entraîne des microréveils répétés et un stress cardiovasculaire susceptible d’augmenter le risque de maladies métaboliques ou cardiaques.

Quand l’environnement dérègle l’horloge biologique

Pourquoi dormons-nous si mal alors que nous savons que le sommeil est essentiel ? Pour les spécialistes, la réponse tient en grande partie à nos environnements et à nos rythmes de vie. L’enquête de l’INSV met en évidence plusieurs facteurs :

  • 71 % des Français passent moins d’une heure par jour à l’extérieur en semaine, limitant leur exposition à la lumière naturelle qui régule l’horloge biologique.
  • 58 % dorment avec leur smartphone allumé dans la chambre.
  • Près d’un tiers s’endort avec un appareil électronique en fonctionnement.

À ces facteurs technologiques s’ajoutent les contraintes urbaines comme le bruit nocturne, cité par 36 % des Français comme source de perturbation. Autre source de désagrément : la chaleur, qui a perturbé le sommeil de 81 % de la population lors des épisodes caniculaires récents. Le sommeil devient ainsi un révélateur des inégalités sociales et territoriales : conditions de logement, stress, horaires atypiques ou précarité influencent fortement la qualité des nuits.

Une question individuelle… mais aussi collective

Face à ces constats, les spécialistes appellent à dépasser la simple responsabilité individuelle. Améliorer le sommeil passe aussi par des choix collectifs : des politiques urbaines pour réduire le bruit en ville, des logements mieux isolés du bruit et de la chaleur ou encore des horaires scolaires et professionnels mieux alignés avec les rythmes biologiques.

Car le sommeil n’est pas seulement une affaire de chambre à coucher. Il est aussi le miroir de notre époque : hyperconnectée, accélérée et souvent en décalage avec nos besoins biologiques fondamentaux.

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