Champ de fleurs sauvages avec panneaux solaires en arrière-plan sous un ciel bleu.
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Et si les parcs solaires devenaient des refuges pour la biodiversité ?

Sous les panneaux photovoltaïques, une végétation diversifiée peut offrir nourriture, abris et sites de nidification à de nombreuses espèces d’oiseaux, à condition que le sol soit géré en faveur de la biodiversité.

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En bref

  • Une étude menée sur 13 centrales photovoltaïques du Midwest américain montre qu’elles peuvent accueillir davantage d’espèces d’oiseaux de prairie que les champs de maïs et de soja voisins.
  • En début de saison, la richesse en espèces est environ deux fois plus élevée dans les sites écovoltaïques étudiés.
  • Les chercheurs ont recensé 236 nids actifs sur ou dans les structures photovoltaïques, mais sans mesurer leur succès reproducteur.
  • Le bénéfice ne vient pas des panneaux seuls : il dépend surtout de la végétation plantée sous et entre les rangées, ainsi que de la gestion du site.

Vu du ciel, ce sont d’abord des hectares de panneaux photovoltaïques. Au ras du sol, l’image change. Dans douze des treize centrales solaires étudiées par des chercheurs américains, une partie au moins des terrains a été semée de graminées et de plantes à fleurs pérennes : asters, échinacées, asclépiades, rudbeckies… Une végétation beaucoup moins uniforme que les champs de maïs et de soja qui dominent les paysages alentour.

Et les oiseaux semblent avoir remarqué la différence. Une étude publiée fin 2025 dans le Journal of Applied Ecology montre qu’en début de saison, les centrales dites "écovoltaïques" étudiées accueillent environ deux fois plus d’espèces d’oiseaux de prairie que les terres agricoles voisines. Les chercheurs ont même découvert, au fil de leurs visites, 236 nids actifs installés sur ou dans les structures photovoltaïques.

Plus de 11 000 heures à écouter les oiseaux

Pour arriver à ce résultat, les scientifiques de l’Argonne National Laboratory et du National Renewable Energy Laboratory ont suivi en 2023 et 2024 treize fermes photovoltaïques situées dans cinq États du Midwest américain, ainsi que douze sites agricoles servant de témoins. Toutes les centrales avaient été construites sur d’anciennes terres cultivées, principalement consacrées au maïs et au soja. Leur taille variait fortement, d’environ 7,5 à 550 hectares, pour des puissances comprises entre 3,5 et 200 MW.

Des micros autonomes placés à environ deux mètres du sol ont enregistré les chants quatre heures par jour, autour du lever et du coucher du soleil, entre mai et septembre. Plus de 11 000 heures d’enregistrement ont ensuite été analysées grâce à BirdNET, un algorithme aidé de l’IA capable d’identifier les espèces à partir de leurs vocalisations. Seize espèces associées aux prairies ont été retenues. Pour limiter les erreurs de l’intelligence artificielle, les chercheurs ont vérifié manuellement des échantillons et écarté les résultats dont la précision était insuffisante.

Le résultat est particulièrement net au printemps et au début de l’été : avant la mi-juillet, la richesse en espèces est environ deux fois plus importante sur les terrains dotés de panneaux solaires. L’avantage s’amenuise ensuite progressivement jusqu’à devenir presque nul à la fin de la saison. Sur les treize espèces suffisamment présentes pour faire l’objet d’une modélisation, dix affichent néanmoins une probabilité d’occupation supérieure dans les sites photovoltaïques.

Le véritable héros pousse sous les panneaux

Faut-il en conclure que les oiseaux aiment les panneaux solaires ? Ce serait aller un peu vite. La comparaison porte d’abord sur deux usages très différents d’un même type de terrain : d’un côté, des cultures annuelles intensives ; de l’autre, des centrales où une végétation pérenne a été réinstallée.

Dans les plus petites installations étudiées, toute la surface avait généralement été semée avec des mélanges destinés à favoriser l’habitat. Dans les plus grandes, ces zones représentaient parfois seulement 5 à 10 % du site, le reste étant occupé par du gazon ou pâturé. Les terrains n’étaient d’ailleurs pas totalement laissés à eux-mêmes : une fauche pouvait intervenir en début de saison et des traitements herbicides localisés étaient utilisés, si nécessaire, contre certaines espèces invasives.

Ce changement suffit néanmoins à modifier profondément l’habitat. Des plantes pérennes offrent davantage de couvert, de graines et de fleurs qu’un champ de maïs ou de soja. Elles accueillent aussi plus d’insectes, donc davantage de nourriture pour les oiseaux. Des travaux antérieurs menés sur ces mêmes types de centrales avaient déjà observé une progression rapide des communautés d’insectes après la restauration de la végétation.

Même les structures deviennent des nichoirs

Les panneaux ajoutent malgré tout une caractéristique absente d’une prairie : une multitude de supports, poutrelles, tubes et recoins. Au cours de leurs déplacements sur les sites, les chercheurs ont compté 236 nids actifs sur ou à l’intérieur de ces infrastructures dans douze centrales écovoltaïques.

Merles d’Amérique, hirondelles rustiques et tourterelles tristes étaient les occupants les plus fréquents. Mais des espèces davantage associées aux prairies, comme le dickcissel d’Amérique ou le carouge à épaulettes, y avaient également installé leurs nids. Les structures peuvent ainsi fournir des perchoirs et des emplacements protégés des intempéries ou de certains prédateurs.

Attention toutefois à ne pas confondre présence et succès reproducteur. Les scientifiques n’ont pas suivi ces nids jusqu’à l’envol des jeunes. Impossible donc de savoir si davantage d’oiseaux signifie aussi davantage de poussins arrivant à l’âge adulte. Les auteurs soulignent eux-mêmes la nécessité de mesurer le succès de reproduction et d’étudier d’éventuels effets négatifs. Certaines espèces appréciant les paysages très ouverts, comme le bruant sauterelle ou l’alouette hausse-col, étaient d’ailleurs davantage associées aux parcelles agricoles qu’aux centrales photovoltaïques.

Un parc solaire peut en cacher un autre

Une autre étude britannique publiée en 2025 renforce justement l’idée que la manière d’aménager le parc compte presque autant que sa présence. Dans six centrales solaires de l’est de l’Angleterre, les chercheurs ont comparé des installations aux habitats diversifiés – avec végétation haute, fleurs, haies ou arbres – à des centrales gérées de manière beaucoup plus uniforme et à des terres agricoles.

Dans les sites photovoltaïques les plus favorables à la biodiversité, ils ont estimé une richesse moyenne de 13,5 espèces d’oiseaux pour quatre hectares, contre seulement 5,3 dans les centrales aux habitats simplifiés et 5,5 dans les terres arables. Autrement dit, poser des panneaux sur un terrain et maintenir dessous une végétation pauvre ne suffit pas à transformer une centrale en refuge pour la faune.

Même constat avec les chauves-souris. Une étude menée en parallèle dans douze centrales écovoltaïques du Midwest a mesuré une activité environ 50 % supérieure à celle des parcelles agricoles voisines pendant la première moitié de la saison. L’écart disparaissait à partir du milieu de l’été, lorsque les cultures avaient suffisamment poussé pour abriter à leur tour davantage d’insectes. À aucun moment, en revanche, l’activité des chauves-souris n’était significativement supérieure dans les champs.

Pas un blanc-seing pour couvrir les espaces naturels

Ces résultats arrivent dans un contexte alarmant : les populations d’oiseaux de prairie ont chuté de 53 % en Amérique du Nord depuis 1970, notamment sous l’effet de la disparition de leurs habitats. En France, 32 % des oiseaux nicheurs sont en danger de disparition du territoire. Transformer un champ cultivé intensivement en centrale solaire végétalisée peut donc, dans certains paysages, redonner de l’espace à des espèces qui en ont perdu beaucoup.

Mais la comparaison est essentielle. Une centrale solaire installée sur une monoculture intensive n’a pas le même bilan qu’une centrale construite à la place d’une prairie naturelle, d’une forêt ou d’une garrigue déjà riche en biodiversité. En France, l’Office français de la biodiversité rappelle que les effets des centrales photovoltaïques varient fortement selon le site et leur conception. Une méta-analyse menée par PatriNat a notamment mis en évidence une diversité végétale significativement plus faible sous les panneaux qu’entre les rangées. Les effets sur le fonctionnement hydrologique des sols font encore l’objet de recherches.

En France, 45 centrales sous surveillance

La question commence justement à être étudiée à grande échelle dans l’Hexagone. L’OFB et l’Ademe ont lancé les programmes ENVOLtaïque Sud-Est et ICARE afin de mesurer les conséquences des centrales photovoltaïques sur les oiseaux. Quarante-cinq parcs, répartis du Nord-Ouest au Sud-Est de la France, doivent être suivis pendant cinq ans. Dans le Sud-Est, les chercheurs travaillent notamment sur des parcs implantés dans des paysages de forêts et de garrigues ; dans le Nord-Ouest, ICARE se concentre davantage sur des environnements agricoles. Les premières analyses sont attendues début 2027.

Elles permettront peut-être de préciser jusqu’où l’expérience américaine est transposable. Une chose apparaît déjà clairement : un panneau solaire ne fabrique pas de biodiversité. En revanche, lorsqu’une centrale remplace une agriculture intensive, le choix de semer des plantes pérennes, de diversifier les habitats et de limiter les perturbations peut transformer les hectares situés entre et sous les panneaux. La question n’est donc plus seulement de savoir où installer du photovoltaïque, mais aussi ce que l’on décide de laisser vivre dessous.