Camping en montagne avec deux tentes près d'un lac sous un ciel bleu clair.

Trois jours en Vallée d'Aoste : le luxe discret d'une montagne presque vide

Il suffit parfois de traverser un tunnel pour changer de monde. Côté français, les parkings débordent, les refuges affichent complet et les sentiers du Tour du Mont-Blanc voient défiler des marcheurs venus du monde entier. Quelques kilomètres plus loin, après le tunnel du Mont-Blanc, les sommets sont tout aussi majestueux, les vallées sentent toujours le foin et les mélèzes chauffés au soleil. Mais la foule a disparu. En trois jours d'itinérance légère, nous ne croiserons que huit personnes.

La Vallée d'Aoste reste étonnamment absente de l'imaginaire des randonneurs français. On pense au Beaufortain, à la Vanoise, au massif du Mont-Blanc… rarement à cette petite région italienne coincée entre la France et la Suisse. Elle cumule pourtant les avantages : des bus relient Chamonix à Courmayeur sous le Mont-Blanc, le réseau régional dessert ensuite les vallées (ou les taxis restent abordables), et un maillage dense de refuges permet d'y dormir, d'y déjeuner ou de commander un pique-nique pour le lendemain. Une vraie itinérance sans voiture, dans une montagne généreuse et bien moins fréquentée que sa voisine.

Fleurs d'edelweiss blanches et duveteuses entourées de végétation verte dans un environnement naturel alpin.
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Des edelweiss poussent dans les pâturages.

Toujours commencer par un cappuccino

Départ à Vetan Dessus, petit hameau accroché au-dessus de la vallée. Sur la terrasse de l'hôtel Notre Maison, le premier cappuccino donne le ton : ralentir, profiter. Le chemin n°13 attaque sec puis s'adoucit dans les alpages fleuris, entre épicéas et mélèzes. Surprise : des edelweiss parsèment les pelouses d'altitude comme de petites étoiles ivoire.

Puis, au détour d'un virage, une première sculpture en bois. Il faut ouvrir l'œil : une chouette sur une branche, un écureuil qui pointe le bout de son nez, des bouquetins sur un promontoire, des loups attaquant un cerf… À l'approche du refuge, des personnages apparaissent – un vieil homme assis sur un tronc, un curé contemplant les sommets… ou ce couple surpris en pleins ébats derrière un rocher. Ces œuvres sont celles de Siro Viérin, propriétaire du refuge Mont Fallère et sculpteur autodidacte, qui a passé des années à peupler la montagne. Les enfants les cherchent du regard, les adultes ralentissent sans s'en rendre compte.

Statues d'animaux dans un paysage de montagne avec des sommets enneigés en arrière-plan.
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Des sculptures de Siro Viérin, sur le chemin vers le Refuge Mont Fallère.

Un vrai repas à 2 374 mètres d'altitude

Après un peu plus de 600 mètres de dénivelé, la terrasse du refuge Fallère est animée. Des familles italiennes sont montées, marchant environ deux heures, pour déjeuner : ici, le refuge est une destination en soi, avec son musée attenant pour mieux comprendre l’art de Siro Viérin. Polenta, fontina (sorte de fromage à raclette local), jambon de pays, et cette crème de Cogne (mousse au chocolat relevée d'une note de rhum) circulent sur la table entre deux salades mélangées. On oublie aussitôt les barres énergétiques tassées au fond du sac.

Tandis que les familles redescendent, nous montons. Le silence s'installe ; il ne reste que le bruit de nos pas et notre souffle qui se raccourcit passé 2 500 mètres. C'est là que le voyage commence vraiment.

Refuge de montagne Mont Fallère avec fenêtre reflétant un paysage alpin.
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Pour y manger ou pour y dormir, le refuge Mont Fallère est une étape incontournable, réputée autant pour sa cuisine que pour son panorama.

Monter léger au sommet

En milieu d’après-midi, nous laissons les sacs pour la nuit sur un replat en contrebas du Lago Morto. Une gourde, un coupe-vent : direction le sommet du Mont Fallère, 3 059 mètres. Les derniers mètres se font aériens sans être techniques avec quelques chaînes et des rochers entre lesquels se faufiler. Puis, presque sans prévenir, le sommet. À notre arrivée, un spectacle hypnotique : un jeune aigle décrit de larges cercles au-dessus de la vallée, porté par les courants ascendants.

Le panorama à 360° justifie à lui seul le voyage. Face à nous, la Grivola dresse son élégante pyramide ; plus loin, le Grand Paradis pointe le bout de son nez. Surtout, les quatorze vallées de la région s'ouvrent les unes après les autres dans une lumière d'une rare limpidité. Parfait pour comprendre la géographie de la Vallée d’Aoste qui accueille deux mythiques voies commerciales, les cols du Petit-Saint-Bernard et du Grand-Saint-Bernard, donnant accès à la France et à la Suisse.

Paysage montagneux avec sentier rocheux, vue sur vallée et montagnes enneigées à l'horizon.
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Vue depuis le sommet du Mont Fallère, 3 059 mètres, dans le massif du Grand Combin.

Premier bivouac

Nous redescendons vers notre camp, installé à plus de 2 500 mètres, à une heure du refuge comme l'impose la réglementation valdôtaine. La tente – un tarp en dyneema de 600 grammes à peine, dressé avec les bâtons de randonnée – est montée en quelques minutes, sous les sifflements des marmottes. Duvet 0 °C confort, matelas gonflant, frontale à portée de main. Le dîner tient dans un sachet lyophilisé : poulet tikka masala, neuf minutes d'attente une fois l’eau chaude versée. Juste le temps de lever la tête et de constater que les sifflements des marmottes ont disparu.

Deux personnes en plein air utilisant un récipient métallique avec un couvercle bleu.
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Un réchaud, de l'eau des ruisseaux et un plat lyophylisé : le bonheur.

Le soleil disparaît derrière les crêtes. La Grivola se teinte d'orange puis de rose, les neiges du Grand Paradis s'embrasent avant de replonger dans le bleu du crépuscule. Aucun moteur, aucun brouhaha. Seulement le vent qui glisse sur les pierres et le bruit du ruisseau non loin. Le vrai luxe n'est pas la douche d'un quatre-étoiles : il est là, sous une toile de tente, face à une montagne qui semble n'appartenir qu'à ceux qui ont pris le temps de venir jusqu'ici.

Campement de tentes en montagne avec des randonneurs sous un ciel nuageux.
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En Italie, le bivouac est toléré au-dessus de 2 500 mètres d'altitude et à plus d'une heure d'une route ou d'un refuge. Comme ailleurs, on installe et défait sa tente au coucher et au réveil.

Les Alpes sans laisser de trace

6 h 30. L'air est frais – 9 à 10 °C, même en pleine canicule estivale – et pousse à enfiler une petite doudoune dès la sortie du duvet. Café et muesli chauffent pendant que les premiers rayons touchent les sommets. En quelques minutes, tout est rangé. Il ne reste de notre passage que quelques touffes d'herbe écrasées, qui retrouveront leur vigueur dans la journée.

Le sentier repart vers le col de Vertosan, puis un crochet rapide valide le mont du même nom, à 2 822 mètres. Après un joli passage de crête, voilà que nous perdons de l’altitude pour retrouver davantage de végétation. Sur le chemin, une rencontre inattendue : une mère chamois traverse un névé, son petit bondissant derrière elle. En redescendant vers le fond de vallée, la chaleur estivale revient brutalement. Les sandwichs préparés la veille par l'équipe du refuge (prosciutto et fontina glissés dans du pain) tombent à point nommé. C'est l'une des forces des refuges italiens : les gardiens préparent volontiers un pique-nique généreux pour les marcheurs qui poursuivent leur route. Une façon simple de voyager léger.

Randonneurs avec sacs à dos marchant sur un sentier montagneux avec vue panoramique.
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Sa vie qui tient dans un sac à dos : la liberté.

Reprendre de la hauteur

Personne debout sur un rocher, vue panoramique sur montagnes et ciel bleu dégagé.
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Au loin, le Mont-Blanc domine.

L'après-midi réserve une dernière montée, bien chaude, vers les lacs de Dziule. En haut d'un à-pic, le Bivacco Brédy : une cabane non gardée contemporaine de six couchettes, avec une grande baie vitrée qui permet d’admirer, depuis sa couchette, plusieurs 4 000 des Alpes. De jeunes Italiens l'occupent déjà. Sans regret : nous camperons plus haut, au bord du lac principal, dans un cirque minéral où les herbes rases côtoient les dalles de gneiss.

Cabane moderne en montagne avec une personne dans l'entrée, vue sur chaîne de montagnes.
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La cabane non gardé Brédy est accessible à toutes et tous. Mais attention : premiers arrivés, premiers servis.

L'eau, à plus de 2 500 mètres, a cette transparence presque irréelle des lacs alpins. La baignade est tentante, mais notre crème solaire suffirait à déstabiliser l'écosystème. On se contente de lire au bord de l'eau et de regarder les grenouilles sauter ça et là.

Eau claire sur des rochers avec herbe à droite, lumière créant des motifs aquatiques.
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L'eau du lac de Dziule.

Les gestes du bivouac deviennent des automatismes, et c'est presque les mains dans les poches que nous filons vers le col Serena en fin de journée. En haut, le Mont-Blanc apparaît dans toute sa splendeur. Cette habitude de laisser le camp pour une balade du soir change profondément la manière de marcher : on cesse de courir après les kilomètres, chaque sommet devient une parenthèse plutôt qu'une étape à cocher.

Vue depuis une tente sur un lac alpin entouré de montagnes au lever du soleil.
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Vue depuis la tente à 6 heures du matin.

Retour dans la vallée

Le troisième jour ressemble à un retour en douceur. Le sentier ondule sur les plateaux avant une longue descente vers le hameau de Challancin, entre les troupeaux de vaches valdôtaines à la robe sombre et aux longues cornes. Plus bas, un couple fait déjà les foins dans un champ. Lui dans le tracteur, elle avec sa fourche.

En arrivant dans la vallée, une évidence s'impose. Ce qui nous aura le plus marqués n'est ni le mont Fallère, ni les lacs de Dziule, ni même les couchers de soleil sur le Grand Paradis. C'est le silence. Trois jours, huit randonneurs croisés, des paysages qui n'ont rien à envier aux itinéraires les plus célèbres des Alpes.

Des randonneurs sur un sentier de montagne avec un ciel bleu et des sommets en arrière-plan.
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Randonner en itinérance, c'est prendre le temps de partager, sans regarder sa montre mais en suivant les balisages.

On associe souvent le slow travel aux longs périples en train ou aux destinations lointaines. Il tient parfois à un tunnel qui ouvre sur une pépite méconnue. À un cappuccino bu avant l'aventure. À la liberté de cheminer à la vitesse que l’on choisit. À une tente dressée face aux sommets après une quête de l’endroit parfait. Et à cette sensation, de plus en plus rare, d'avoir trouvé un coin de montagne qui n'a pas encore oublié le silence.

Une marmotte sortant de son terrier parmi les rochers et l'herbe verte en montagne.
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Prendre le temps, c'est aussi se poser sur une pierre pour observer les marmottes sortir et rentrer de leur terrier.

Voyager léger pour profiter

Un sac à dos trop lourd et quelques jours d’itinérances peuvent devenir un calvaire : mal de dos, dénivelé avalé à grand peine, ampoules aux pieds… le secret d’un trek de plusieurs jours, c’est un matériel et un équipement réduit à l’essentiel.

Dans notre sac à dos de 880g (Simond T900 UL), nous avions glissé :

  • un sac de couchage de 615g (900 CUIN, confort à 0 °C) de la gamme Simond Sprint.
  • une tente Tarp Sprint (510g) en Dyneema, un tissu ultra léger et résistant. Elle n’est plus en stock actuellement mais le sera de nouveau en septembre 2026.
  • Une paire de bâtons réglables de randonnée Sprint (ils serviront aussi de piquets pour la tente).
  • un matelas gonflant avec sa poche de gonflage intégré (570g).
  • une gourde de 1 litre compressible et intégrant un système de filtration de l’eau.
  • un réchaud à gaz ultra-léger (attention, il faut emporter un petit briquet pour l’allumage) et une petite bonbonne (suffisant pour 3 jours d’itinérance).
  • une popote de chez Forclaz pour accueillir l’eau pour les lyophilisés.
  • un Opinel néo7.
  • une petite doudoune compressible (type Nano Puff Jacket chez Patagonia), un pantalon pour le soir et/ou en cas de mauvais temps, une deuxième couche un peu chaude type polaire (et éventuellement un bonnet très fin pour la nuit), une veste Gore-Tex en cas de mauvais temps (ex : Arc’teryx Beta) une paire de chaussettes de rechange (utile en cas de pluie).
  • une petite lampe frontale comme la Petzl Swift LT (utile le soir / la nuit au bivouac).
  • des boules quiès et un masque de nuit (il fait jour tôt !).
  • un sac à zip pour glisser ses déchets.
  • quelques barres énergétiques et/ou fruits secs.
  • des lyophylisés pour la durée de votre itinérance (la gamme Simond/Forclaz chez Decathlon fait très bien le job)
  • un petit nécessaire de toilettes : une brosse à dent et du dentifrice, une mini serviette pour se rincer le soir avec l’eau du ruisseau (on évite le savon), un produit antimoustiques qui vous sauvera la vie si vous bivouaquez près d’un lac, une crème solaire.
  • sur soi et pour plusieurs jours : un short léger et respirant, des chaussettes pas trop épaisses (il fait quand même chaud), un t-shirt en laine mérinos fine (marque Icebreaker par exemple) qui pourra être porté plusieurs jours d’affilée sans sentir mauvais, des sous-vêtements également en laine mérinos (même problématique), une paire de lunettes de soleil, une casquette ou un buff.
  • un petit kit d’urgence.
  • un peu d’argent liquide (utile dans certains refuges ou pour prendre un taxi au besoin).

Sources