Souvent pointés du doigt pour leur impact carbone très élevé, les grands événements culturels tentent d’adopter des pratiques durables. Festival de référence pour les musiques extrêmes en France, le Hellfest entend montrer l’exemple. Implanté depuis 2012 à Clisson, en Loire-Atlantique, ce rassemblement est devenu le plus grand festival français de fans de rock, dépassant même les Vieilles Charrues.
Pendant quatre jours, 280 000 festivaliers ont vibré aux sons de Muse, Korn, Scorpions, Linkin Park ou encore des Sex Pistols, répartis sur six scènes géantes installées sur les 127 hectares du site. Pendant ces quatre jours, près de 500 000 litres de bière ont été bus, tandis que le Hellfest génère plus de 17 000 tonnes de CO2 par édition, soit l’équivalent de 17 vols Paris-New York. Les organisateurs ont fait le pari de la revalorisation pour progresser, un pas après l’autre, vers un modèle plus bas carbone.
Rock (plus) vertueux
Cette année, comme en 2024, les fûts de bière entamés et non finis – représentant 5 % des volumes consommés, soit près de 8 mètres cubes – ont été collectés par l’entreprise Guy Challancin, spécialisée dans les prestations d’assainissement, puis acheminés vers l’unité de méthanisation du Gaec Le Nord Vendéen, sur la commune voisine de Cugand. Située à seulement 5 kilomètres de Clisson, cette proximité a été privilégiée pour limiter les émissions liées au transport.
Une fois livrés, les résidus de bière sont versés dans les cuves à lisier pour y être méthanisés. Grâce à un partenariat avec GRDF, le gaz vert ainsi produit est injecté dans le réseau local de Cugand, permettant à une dizaine de foyers de se chauffer et de cuisiner en toute autonomie pendant plusieurs mois. Si les quantités de biogaz générées peuvent sembler modestes, cette initiative marque un tournant en prouvant qu’un événement festif peut optimiser dans le détail ses externalités négatives, en apportant une réponse concrète au gaspillage.
“Un chemin long qui demande beaucoup d’engagement”
Cette gestion responsable des résidus alcoolisés, qui évite leur évacuation vers des filières polluantes, s’inscrit dans une démarche plus large visant à réduire significativement l’impact carbone du festival, au-delà de la seule valorisation des bières invendues. Dans une interview accordée à l’Hebdo de Sèvres et Maine, Benjamin Barbaud, fondateur du Hellfest, expliquait en 2023 ce repositionnement : “Nous avons conscience de l’empreinte écologique de notre événement et de tous les événements de ce type, et nous ne voulons pas nous cacher derrière des postures de façade ou des stratégies de greenwashing. Nous revalorisons déjà 70 % de nos déchets, ce qui, à notre échelle, est un exploit. Nous avons engagé cette transition, mais il ne faut pas se mentir, c’est un chemin long qui demande beaucoup d’engagement.”
Actuellement, le Hellfest expérimente différentes sources d’énergie renouvelable susceptibles d’alimenter ses infrastructures dans les années à venir. Et cette stratégie verte n’est pas un cas isolé.
Un mouvement de fond parmi les festivals
D’autres festivals en France suivent cette même voie. Précurseur en matière d’écologie, le festival parisien We Love Green, qui accueille en moyenne 100 000 participants chaque année depuis 2012 au bois de Vincennes, a mis en place un système de tri prenant en compte 12 flux – ordures ménagères, déchets recyclables, mégots, biodéchets, litières et urines, verre, bois, huiles alimentaires, films plastiques, ordures encombrantes, piles et ampoules, bouchons de liège – et permettant de revaloriser plus de 80 % des 149 tonnes de déchets produits sur quatre jours.
En complément, les organisateurs insistent sur les mobilités douces et privilégient la restauration bio, tout en œuvrant à “sensibiliser, à grande échelle, aux enjeux du développement durable, dans un contexte original et festif, propre à susciter la curiosité.” Entre deux concerts, bercés par la musique de Kavinsky ou de LCD Soundsystem, les participants à l’édition 2025 ont pu découvrir et expérimenter des solutions écoresponsables pour le secteur événementiel et le spectacle vivant.
Même son de cloche à l’autre bout de la capitale avec le festival Rock en Seine, installé dans le domaine de Saint-Cloud près de Paris, qui place la préservation de l’environnement au cœur de son engagement. Les 180 000 festivaliers attendus chaque année disposent de gobelets réutilisables, de toilettes sèches et de poubelles de tri, tandis que 80 % des besoins énergétiques sont couverts par de l’électricité verte.
À l’international, une dynamique similaire
Au Danemark, le festival Roskilde, qui a fait jouer les plus grandes stars du rock et du hip-hop depuis sa création au début des années 70 – Bob Dylan, Wu Tang Clan, Iron Maiden –, fonctionne en grande partie grâce à des panneaux solaires depuis 2019. Les organisateurs ont aussi lancé le Circular Lab, un laboratoire d’économie circulaire où 200 start-ups testent des solutions de recyclage auprès du public.
En Islande, le festival Secret Solstice utilise uniquement l’énergie géothermique locale pour alimenter ses installations, tout en visant une consommation minimale. En Italie, le festival Terraforma propose des menus végétariens et des ateliers de sensibilisation à l’écologie. Aux États-Unis, le mythique Lollapalooza, qui réunit en moyenne 400 000 participants près de Chicago chaque année, utilise un système de batterie hybride pour sa scène principale, réduisant ainsi le recours aux groupes électrogènes au diesel.
Longtemps resté en retrait des enjeux environnementaux, l’écosystème des festivals, et plus largement celui de la musique, chemine peu à peu vers le bas carbone. Un virage parfaitement illustré par le groupe Metallica, légende absolue du heavy metal avec 150 millions d’albums vendus en 40 ans de carrière, qui avait choisi, lors de sa tournée européenne en 2024, une flotte de véhicules électriques et à hydrogène.