Whympr explore la montagne autrement grâce à la cartographie LiDAR et satellite HD

Les abonnés premium de Whympr vont pouvoir bénéficier dès cet hiver de nouvelles fonctionnalités cartographiques poussées. - © Whympr

Publié le par Florence Santrot

Il y a encore dix ans, préparer une sortie en montagne ressemblait à un savant mélange de topos papier, de récits d’amis, de consultation de forums spécialisés sur le Net, de météo incertaine et d’intuition. Aujourd’hui, l’outdoor vit une révolution silencieuse : celle d’outils numériques capables de rendre le relief presque tactile.

Whympr, l’application née à Chamonix en 2017, franchit cet hiver un pas inédit. Elle lance aujourd’hui, jeudi 4 décembre 2025, une carte 3D enrichie par la technologie LiDAR, avec une précision d’un mètre horizontal et de dix centimètres verticaux, quand la plupart des applis reposent encore sur des maillages de 30 mètres. Une densité de données qui fait apparaître crêtes, ruptures de pente, arêtes et barres rocheuses avec une finesse impressionnante.

Une innovation qui dépasse le cadre de la performance

À première vue, l’outil semble être le rêve des randonneurs, skieurs ou alpinistes. Mais il raconte aussi autre chose : notre besoin croissant de repères dans un environnement en plein bouleversement. Dans un contexte de climat qui déstabilise les massifs – parfois jusqu’à l’effondrement complet d’une paroi, comme ce fut le cas en juin 2005 pour le pilier Bonatti aux Drus –, de fonte accélérée du permafrost et de fréquentation touristique en hausse, mieux visualiser le terrain n’est plus un luxe. C’est un levier de sécurité, de compréhension… et d’humilité.

Whympr ajoute à cela une innovation spectaculaire : la “meilleure carte satellite hivernale HD au monde”, selon l’équipe. À première vue, on croirait observer une photo tant la précision est étonnante. Il s’agit pourtant d’un rendu 3D. Avec une résolution de 30 cm par pixel, ce nouvel outil révèle, via des images datées de février 2025, les couloirs de neige, les champs de bosses et même les traces laissées par les skieurs. Impressionnant.

Paroi escarpée de montagne couverte de neige avec des ombres accentuant les reliefs abrupts.
Vue d'une corniche dans le rendu 3D enrichi par la technologie LiDAR. © Whympr / Capture d'écran

L’outil numérique comme apprentissage du réel

Ces images – jusque-là réservées à des projets scientifiques, militaires ou d’ingénierie – ne servent pas qu’à tracer une belle sortie. Elles permettent d’acquérir un véritable alphabet du relief : comprendre comment naît une cassure, repérer les zones d’accumulation, anticiper un passage exposé.

Pour une génération d’usagers parfois peu formée à la lecture de terrain, cet outil devient un espace pédagogique. Il complète – sans jamais remplacer – l’expérience, l’analyse des risques et cette transmission qui reste au cœur des pratiques de montagne. En filigrane, une question persiste : comment les outils tech peuvent-ils nous reconnecter au vivant plutôt que nous en éloigner ?

Whympr a d’ailleurs choisi d’ancrer cette innovation dans un fonctionnement participatif : les utilisateurs votent pour les prochains massifs qui bénéficieront de l’imagerie HD – des Alpes à Whistler (Canada), de la Sierra Nevada (Espagne) à l’Himalaya. Une manière d’impliquer une communauté qui compte désormais près de 600 000 téléchargements, et qui rassemble novices comme pratiquants aguerris.

Relief montagneux enneigé avec vallées profondes et sommets escarpés, vu en perspective aérienne.
© Whympr

Une technologie qui interroge nos façons d’explorer

À l’heure où Fatmap a été absorbée par Strava et où la pratique outdoor se massifie, Whympr revendique une approche plus artisanale et plus locale. Un outil né à Chamonix, pensé pour mieux observer avant de s’engager et non pour empiler les performances. Une autre façon d’imaginer sa saison de ski, son prochain trail ou sa prochaine ascension.

La version 3D en ligne, encore en bêta, va dans ce sens : on y tourne autour des sommets comme autour d’un objet précieux, on scrute leurs fragilités, leurs lignes, leurs plis. Une invitation à redécouvrir la montagne autrement – ni comme un terrain de jeu, ni comme un décor, mais comme un monde vivant qui impose le respect.

Et c’est sans doute là que se loge la vraie promesse de Whympr. Cette innovation n’est pas seulement esthétique : elle crée un nouvel espace mental, une manière de “rencontrer” la montagne avant d’y mettre les pieds. Une façon, peut-être, de renouer avec une attention fine aux détails, à un moment où nos paysages exigent que nous redevenions de meilleurs observateurs.

Sujets associés