Parité obligatoire aux municipales 2026 : le casse-tête des communes de moins de 1 000 habitants

Seules 20 % des mairies françaises sont dirigées par des femmes, un déséquilibre encore plus marqué dans les villages de moins de 1 000 habitants. - © NLshop / stock.adobe.com / WD

Publié le par Coline Bérard

Dans les petites communes françaises, les municipales de 2026 marquent un tournant. Pour la première fois, les villages de moins de 1 000 habitants devront présenter des listes strictement paritaires, avec une alternance femmes-hommes. Une règle qui met fin à des décennies de souplesse électorale : jusque-là, les listes se bâtissaient au fil des volontaires – souvent en majorité des hommes – et les électeurs pouvaient pratiquer le panachage en raturant ou en ajoutant des noms. Avec la loi du 21 mai 2025, cette pratique disparaît et les modalités du scrutin s’alignent sur celles des communes plus grandes.

Un retard persistant dans les communes rurales

L’enjeu est de taille : seuls 20 % des maires en France sont des femmes, selon le ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales. Et dans les communes de moins de 1 000 habitants, elles représentent 37,6 % des conseillères municipales, contre 48,5 % dans les zones plus peuplées.

En imposant la parité là où elle manque le plus, le législateur veut corriger un déséquilibre ancien et encourager l’accès des femmes aux responsabilités locales. Ces villages, qui constituent 70 % des communes françaises, sont des maillons essentiels de la démocratie locale. Mais sur le terrain, la réforme soulève un défi immédiat : trouver des candidates. Dans certaines communes, le vivier reste limité, malgré une présence féminine active dans la vie associative ou les comités locaux.

Revitaliser la démocratie en diversifiant les profils

La réforme poursuit cependant un triple objectif. Elle harmonise les règles électorales sur tout le territoire, renforce la parité dans les zones où elle est la plus fragile, et répond à la crise de l’engagement qui touche nombre de communes rurales. Or, les communes de moins de 1000 habitants  représentent 70 % des communes françaises.

En obligeant ces dernières à diversifier leurs équipes, le texte espère redonner du souffle à des conseils municipaux parfois vieillissants ou peu renouvelés. Beaucoup d’élus saluent l’intention, reconnaissant qu’elle pourrait attirer de nouvelles voix – notamment celles de femmes déjà investies localement mais jamais sollicitées pour un mandat.

 “Trouver deux femmes, et retirer deux hommes”

Dans les faits, les maires doivent réapprendre à composer leurs listes. Bernard Diana, maire de Gimat (231 habitants, Tarn-et-Garonne), résumait son problème dans La Dépêche : “Je vais devoir enlever deux hommes et trouver deux femmes. En plus, ce n’est pas agréable de demander à deux personnes impliquées depuis longtemps dans la vie locale de se mettre en retrait.” La situation est loin d’être isolée : des élus évoquent des semaines de porte-à-porte, des refus répétés et des discussions parfois délicates.

La future loi sur le statut de l'élu local pourrait jouer un rôle crucial. En rendant les mandats plus compatibles avec la vie personnelle – un frein particulièrement marqué chez les femmes – elle pourrait créer de véritables conditions d’engagement. Comme le rappelle la politologue Aurélia Troupel dans Libération, “beaucoup de femmes dans les villages sont à la tête d’associations, le vivier est là. Maintenant, il faut outiller les candidats d’argumentaires pour aller convaincre les gens, notamment les jeunes femmes actives.”

Que se passe-t-il si les listes restent incomplètes ?

Le législateur prévoit une certaine souplesse. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, une liste peut comporter jusqu’à deux candidats de moins que le nombre légal de conseillers. Pour un village de 500 habitants, par exemple, un conseil compte 15 membres, mais une liste à 13 candidats reste recevable.

Mais lorsque aucune liste ne parvient à se constituer, la situation devient plus délicate. La commune se retrouve sans conseil municipal élu. Le préfet peut alors nommer une délégation spéciale chargée d’expédier les affaires courantes, mais dépourvue de capacité à engager de grands projets. Dans les cas extrêmes, l’État peut aller jusqu’à envisager une fusion avec une commune voisine pour assurer la continuité du service public.

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