Chaque année, les dirigeants du monde entier se réunissent pour une grande rencontre appelée la COP, la “Conférence des parties”. Leur objectif : trouver des solutions pour limiter le réchauffement climatique, protéger les écosystèmes et aider les pays les plus touchés. Bref, décider de ce que sera notre futur. Sauf que souvent, les décisions sont prises… sans les jeunes. Et pourtant, ce sont eux qui vivront le plus longtemps avec les conséquences du dérèglement climatique.
C’est pour ça que des jeunes activistes du monde entier se battent pour être entendus. Marcele Oliveira fait partie de cette génération qui refuse de rester spectatrice. À 26 ans, elle vient des favelas de Rio de Janeiro et a été choisie comme “Championne de la jeunesse” lors de la COP30. Son rôle : porter la voix des jeunes, dénoncer les injustices environnementales et rappeler que la justice climatique ne se fera pas sans celles et ceux qui sont en première ligne. Rencontre avec une activiste qui transforme sa colère en action.
Comment est né ton engagement ?
Je suis de Rio de Janeiro, j’habite dans la favela Réalengo. Quand j’ai commencé à aller à l’université, je traversais la ville et j’étais surprise de voir des espaces verts et de loisirs, alors que dans mon quartier les places étaient abandonnées et il y avait très peu d’arbres. Avec mes voisins, nous nous sommes donc mobilisés pendant plusieurs années pour demander un parc et nous avons réussi à l’obtenir.
C’est à ce moment-là que j’ai découvert le concept de racisme environnemental : c’est le fait que les injustices environnementales touchent beaucoup plus les populations les plus pauvres et les minorités raciales. Parce que les décisions prises sur nos territoires, pour nous, sont prises sans nous considérer. Et je me suis rendu compte que ça arrive partout dans le monde et que ce sont les jeunes qui en souffrent le plus.
Je suis devenue activiste par nécessité, en me disant, “je ne veux plus qu’on prenne des décisions pour mon futur ou pour ma planète sans moi”. Nous la jeunesse, nous devons avoir le droit de décider ce qui est bon pour nous !
Quel a été ton rôle au sein de la COP30 ?
Mon rôle pendant la COP a été d’empêcher que les décideurs de la Convention pour le Climat ferment les yeux sur les conséquences du changement climatique. Par exemple, en Amazonie, si ma rivière s’est asséchée et que je ne peux plus aller à l’école en bateau, que je n’ai plus de quoi pêcher, que l’eau est contaminée, je suis très touché par le problème.
Mais ceux qui ne vivent pas en Amazonie ne le voient pas. Pourtant on vit sur la même planète, donc c’est un problème qui concerne tout le monde. Personne ne peut s’endormir tranquillement le soir en sachant que des gens meurent à cause des émissions des énergies fossiles ! Donc je suis là pour faire que la COP30 donne aussi la parole à la jeunesse, aux périphéries, à ceux qui sont les plus touchés par le changement climatique.
Est-ce que tu as pu faire bouger les choses ?
Parfois, ce qu’on fait hors de la COP, nos actions concrètes, sont plus utiles pour vraiment protéger la planète. Les décideurs de la COP eux ne savent pas, ils ne savent pas comment planter un arbre alors ils inventent des solutions pour le climat avec une vision du développement durable qui ne répond pas à nos besoins. Donc nous avons besoin de faire entendre notre voix à l’intérieur des discussions.
Mais ma voix, seule, est inutile. Nos voix, ensemble, peuvent faire la différence et faire pression. La création du parc dans mon quartier, c’est grâce à ma mobilisation, à celle de mes amies et de tout un groupe. Et ce groupe a permis de développer des actions d’éducation environnementale pour sensibiliser à la question climatique et engager encore plus de jeunes avec nous. C’est l’idée du “Mutirão”, un mot utilisé pendant la COP30 pour parler du travail collectif avec un objectif commun.
Et c’est aussi ce que j’ai fait pendant la COP30, réunir nos forces, pousser les leaders de chaque région du monde avec une stratégie commune et un même message. Nous avons besoin d’être là pour exiger une justice climatique, une justice sociale et donc combattre les inégalités.